L’objectif du milliard d’arbres en 10 ans d’Emmanuel Macron laisse les scientifiques et les ONG sceptiques

Le président français, Emmanuel Macron s’est engagé à planter un milliard d’arbres en France sur 10 ans, mais les écologistes et les chercheurs se demandent si ce programme permettra d’atteindre les objectifs fixés en matière de biodiversité et de climat.

Euractiv.com
11856657 (1)
Le président français Emmanuel Macron plante un arbre lors de sa visite dans les forêts du Jura en novembre 2023. [<a href="https://epaimages.com/search.pp?page=1" target="_blank" rel="noopener">EPA-EFE/TERESA SUAREZ</a>]

Emmanuel Macron s’est engagé à planter un milliard d’arbres en France sur 10 ans, mais les ONG environnementales et les scientifiques se demandent si ce programme permettra d’atteindre les objectifs nationaux fixés en matière de biodiversité et de climat.

Emmanuel Macron a annoncé ce plan ambitieux lors de la COP27 qui s’est tenue en Égypte en novembre 2022. Concrètement, cet objectif équivaut à planter environ 100 millions d’arbres sur une superficie de trois à quatre fois la taille de Marseille chaque année jusqu’en 2032.

Depuis longtemps, les forêts sont reconnues pour leur potentiel à répondre à la double crise du changement climatique et de la biodiversité. Les décideurs politiques soulignent surtout la capacité des arbres à absorber le carbone de l’atmosphère.

Pour soutenir l’objectif du président, une commission interministérielle, le « Conseil supérieur de la Forêt et du Bois », a publié en juillet 2023 un rapport indiquant qu’il existerait entre 1,5 et 1,7 million d’hectares de zones forestières potentielles à renouveler en France.

Toutefois, certains scientifiques et ONG environnementales craignent que l’initiative de M. Macron ne soit trop axée sur les aspects économiques de la sylviculture, au détriment des objectifs écologiques déclarés du programme.

Sylviculture commerciale et durabilité

Si les arbres absorbent le carbone et constituent des habitats naturels, l’impact de l’exploitation forestière à des fins commerciales sur les objectifs climatique et de biodiversité est plus complexe et varie selon les méthodes de culture et de récolte utilisées.

Les pratiques commerciales telles que la plantation d’une seule espèce d’arbre et la « coupe rases » (récolte de tous les arbres d’une zone en même temps) peuvent avoir un impact dévastateur sur la biodiversité locale.

De fait, les arbres mal adaptés aux conditions locales ont moins de chances de survivre jusqu’à maturité, stade qui présente le plus d’avantages pour la biodiversité et le climat.

Les conséquences climatiques du bois récolté dépendent de son utilisation. Par exemple, le bois employé en construction peut emprisonner le carbone pendant de longues périodes. À l’inverse, lorsque le bois est utilisé comme combustible pour produire de l’énergie, le carbone qu’il contient est rapidement libéré dans l’atmosphère.

Des financements publics contestés

Le cabinet de du ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, Marc Fesneau, a informé Euractiv que 67,5 millions d’arbres avaient déjà été plantés via des financements publics.

Grâce au plan d’investissement gouvernemental « France Relance », le ministère a alloué un fonds d’aide de 250 millions d’euros pour les propriétaires forestiers publics et privés. Les propriétaires privés, qui possèdent les trois quarts des forêts françaises, recevront 60 % de ce financement.

Bruno Doucet, responsable des campagnes de l’ONG française Canopée, a déclaré à Euractiv que 10 000 hectares de forêts saines et bien établies, dont 6 500 hectares dans des zones Natura 2000, ont été rasés pour bénéficier de cette aide et replantés à des fins industrielles.

Selon Canopée, cette pratique est très répandue. Un rapport de mars 2022 affirmait que 87 % des projets financés par le plan « France Relance » impliquaient des coupes rases.

Contacté par Euractiv, le ministère de l’Agriculture a justifié l’abattage de ces arbres en expliquant que c’était nécessaire « pour stopper la propagation des parasites et pour replanter des espèces résistantes au changement climatique ».

Le financement public exige également que les propriétaires forestiers se conforment à plusieurs conditions strictes pour assurer la résilience des futures forêts. Ils doivent notamment avoir un plan de gestion et une diversité minimale d’espèces d’arbres.

Cependant, les propriétaires forestiers peuvent bénéficier de cette subvention et procéder à l’abattage de tous leurs arbres si cela est jugé nécessaire pour des questions sanitaires, pour leur vulnérabilité au changement climatique, ou à cause de la faible rentabilité économique de la plantation.

Régénération naturelle

En France, la couverture forestière a augmenté de plus de 3 millions d’hectares depuis 1985, grâce à la régénération naturelle des terres agricoles abandonnées.

S’appuyant sur cette tendance, Henrik Davi, député de l’opposition de gauche (La France insoumise, LFI), a appelé à « laisser la nature suivre son cours » comme moyen de reboiser la France.

L’homme politique, ancien directeur de recherche en écologie forestière à l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), a également appelé à l’introduction d’une sylviculture plus « durable ».

Cette méthode d’entretien des forêts consiste à réduire la densité des groupements d’arbres dans certaines zones, en n’enlevant que les arbres les plus gros ou les plus vieux, en sélectionnant les essences les plus résistantes au climat futur de la France et en permettant une plus grande régénération naturelle.

Les propriétaires forestiers privés sont opposés à cette technique, selon Antoine d’Amécourt, président du syndicat Fransylva, qui a expliqué à Euractiv que la sylviculture commerciale pourrait accélérer la régénération des forêts et les rendre plus résilientes face au changement climatique.

Néanmoins, les appels à adopter une approche plus durable de la sylviculture ont trouvé un écho au niveau politique. En effet, un groupe transpartisan de 118 parlementaires propose une nouvelle loi pour augmenter la résiliences des forêts françaises et limiter les « coupes rases ».

Le parti présidentiel (Renaissance) souhaite également légiférer sur la question, mais se heurte à un désaccord entre les ministères de l’Agriculture et de la Transition écologique, rapporte Radio France.