Meloni pourrait retirer l'Italie du programme européen de prêts de défense en raison des règles budgétaires

La Première ministre italienne souligne que la sécurité « ne se mesure pas uniquement à l'aune des capacités militaires »

EURACTIV.com
[Photo : Marco Iacobucci/SOPA Images/LightRocket via Getty Images]

Rome a menacé de se retirer du programme phare de réarmement de l’UE, SAFE, à moins que Bruxelles n’étende les mesures de « clause dérogatoire » budgétaire afin de permettre des dépenses visant à protéger l’Italie de la crise énergétique au Moyen-Orient.

Dans une lettre adressée à Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, Giorgia Meloni, Première ministre italienne, lui demande de suspendre les règles de dépenses de l’UE, actuellement assouplies pour les dépenses de défense ou de réarmement, afin de couvrir également les mesures énergétiques.

« Nous ne pouvons pas justifier auprès de nos citoyens que l’UE autorise une flexibilité financière à des fins de sécurité et de défense au sens strict, mais pas pour protéger les familles, les travailleurs et les entreprises d’une nouvelle crise énergétique qui menace d’avoir de graves répercussions sur l’économie réelle », indique la lettre, consultée par Euractiv

« La sécurité de l’Europe ne se mesure pas uniquement à l’aune de ses capacités militaires. Elle se mesure également à sa capacité à permettre aux entreprises de continuer à produire, aux ménages de couvrir leurs coûts énergétiques et aux États d’assurer la stabilité économique et sociale. »

Elle a averti que si sa demande n’était pas satisfaite, l’Italie pourrait se retirer du fonds de réarmement SAFE de l’UE, doté de 150 milliards d’euros, ce qui porterait un coup dur aux efforts européens visant à renforcer la sécurité et la défense.

« En l’absence d’une telle cohérence politique nécessaire, il serait très difficile pour le gouvernement italien d’expliquer à l’opinion publique un éventuel recours au programme SAFE dans les conditions envisagées actuellement », a-t-elle écrit.

Cette lettre fait suite à plusieurs jours de tensions au sein de la coalition gouvernementale italienne, la Ligue de Matteo Salvini faisant pression sur l’exécutif pour qu’il adopte une position plus ferme en matière d’austérité budgétaire, creusant ainsi un fossé de plus en plus profond concernant les dépenses liées à la défense.

Guido Crosetto, ministre de la Défense, membre du parti de Meloni, Fratelli d’Italia, a déclaré publiquement qu’il avait déjà écrit à deux reprises au ministère de l’Économie, dirigé par Giancarlo Giorgetti (Lega), pour demander des orientations sur l’activation des contrats SAFE, sans obtenir de réponse de ce dernier.

La lettre établit un lien entre la hausse des pressions énergétiques et les tensions au Moyen-Orient et dans le détroit d’Ormuz, ainsi que les répercussions persistantes de la guerre menée par la Russie en Ukraine, soulignant que ces facteurs entraînent déjà des hausses brutales et inégales des prix de l’énergie, « avec des conséquences pour les ménages, les entreprises, la compétitivité et le pouvoir d’achat ».

(bw)