L’UE dévoile sa proposition de prêt de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine

La Commission européenne a officiellement présenté mercredi 14 janvier son programme de prêts de 90 milliards d’euros en faveur de l’Ukraine, Bruxelles s’efforcant de soutenir Kiev dans un contexte d’attaques russes intensifiés et alors que les États-Unis redoublent d’efforts diplomatiques pour mettre fin au conflit.

EURACTIV.com
European Council Summit In Brussels – December 2025
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. [Getty Images/Nicolas Economou_NurPhoto]

Selon la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, près des deux tiers de cette enveloppe serviront à financer l’aide militaire à Kiev, y compris l’achat d’armes et de munitions en dehors de l’Union européenne. Les 30 milliards d’euros restants viseront à combler le déficit budgétaire imminent de l’État ukrainien.

D’après les estimations de la Commission, l’Ukraine aura besoin de 135,7 milliards d’euros d’aide militaire et budgétaire sur la période 2026-2027, dont 83,4 milliards pour la défense et 52,3 milliards pour le soutien budgétaire. Sans financement supplémentaire, Kiev pourrait manquer de liquidités dès le mois d’avril, affirme l’exécutif de l’UE.

« Grâce à cette aide, nous veillons à ce que l’Ukraine puisse, d’une part, renforcer sa défense sur le champ de bataille et ses capacités de défense — c’est-à-dire tous ses besoins militaires — et, d’autre part, maintenir le fonctionnement de l’État et des services de base », a expliqué Ursula von der Leyen aux journalistes mercredi.

L’aide militaire sera mise en œuvre selon un « principe en cascade », a-t-elle précisé : l’Ukraine devra d’abord se fournir en équipements produits dans l’UE avant de se tourner vers des fournisseurs extérieurs si aucune alternative européenne adéquate n’est disponible. « La préférence européenne d’abord, puis, si cela n’est pas possible, l’achat à l’étranger », a résumé l’Allemande.

La France défend depuis longtemps cette logique de « préférence européenne ». À l’inverse, l’Allemagne et plusieurs pays d’Europe centrale et orientale estiment que l’Union doit continuer à pouvoir acheter du matériel militaire aux États-Unis, malgré le soutien américain de plus en plus incertain et les tensions récentes liées aux menaces du président Donald Trump d’annexion du Groenland, territoire danois semi-autonome.

Le prêt fonctionnera sur la base d’une « coopération renforcée » entre les États membres de l’UE, permettant à la Hongrie, à la République tchèque et à la Slovaquie de se retirer du programme. Ces pays se montrent particulièrement réticents à l’octroi d’une aide financière supplémentaire à l’Ukraine.

Un haut responsable de la Commission a indiqué que le dispositif, garanti par le budget pluriannuel de l’Union, entraînerait pour les États membres un coût annuel en intérêts compris entre 3 et 4 milliards d’euros.

La proposition de prêt intervient également après le récent échec des tentatives de la Commission et de l’Allemagne pour convaincre la Belgique de soutenir un « prêt de réparation » pour l’Ukraine, basé sur les avoirs souverains russes gelés. La Belgique détient en effet la majeure partie des quelque 185 milliards d’euros d’actifs russes immobilisés par l’UE depuis l’invasion de 2022.

Ursula von der Leyen a toutefois laissé entendre que l’option du prêt de réparation « restait sur la table ».

« Il est […] très important de rappeler clairement à la Russie que nous nous réservons le droit d’utiliser les avoirs russes immobilisés », a-t-elle affirmé, ajoutant que ces avoirs resteraient gelés jusqu’à la fin de la guerre et que l’Ukraine ne devrait rembourser le prêt qu’une fois que Moscou aurait versé des réparations à Kiev.

La présentation du plan intervient au lendemain d’une nuit de frappes russes particulièrement intenses sur plusieurs régions ukrainiennes, dont Dnipro, Jytomyr, Zaporijjia, Kharkiv, Kherson, Tchernihiv et Kiev.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré sur les réseaux sociaux que le barrage comprenait 113 drones d’attaque ainsi que trois missiles balistiques. « Il est très important de renforcer nos guerriers maintenant », a-t-il insisté.

Le prêt présenté mercredi doit être approuvé par le Parlement européen et les capitales de l’UE. La Commission envisage d’effectuer le premier versement d’ici avril, selon Ursula von der Leyen.