Prêt pour l’Ukraine : l’utilisation des actifs russes est « de plus en plus difficile », selon Kaja Kallas

Le projet de l’UE d’utiliser les actifs souverains russes gelés pour financer le prêt de réparation pour Kiev devient « de plus en plus difficile », a déclaré la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, quelques jours après que plusieurs pays ont soutenu l’appel lancé par la Belgique en faveur d’alternatives.

EURACTIV.com
EU High Representative for Foreign Affairs and Security Policy Kaja Kallas
Kaja Kallas, Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. [Getty Images/Dursun Aydemir_Anadolu]

« L’option la plus crédible est le prêt de réparation, et c’est ce sur quoi nous travaillons », a expliqué Kaja Kallas avant une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE à Bruxelles lundi 15 décembre. « Nous n’en sommes pas encore là, et cela devient de plus en plus difficile, mais nous y travaillons. »

Kaja Kallas a ajouté que les responsables de l’UE « disposaient encore de quelques jours » avant un sommet européen décisif jeudi 18 décembre, où ils espèrent persuader la Belgique de soutenir le prêt envisagé malgré des mois de résistance farouche.

Euroclear, la société où sont détenus la grande majorité des 210 milliards d’euros d’actifs immobilisés qui seraient utilisés pour financer le prêt, est basé en Belgique, ce qui fait du pays un acteur clé dans les négociations.

Le Premier ministre belge Bart De Wever a appelé à plusieurs reprises l’UE à émettre une dette commune garantie par le budget à long terme de l’Union pour soutenir Kiev, dénonçant l’option privilégiée par la Commission comme « fondamentalement erronée ».

Bart De Wever a également fait valoir que ce projet présentait de graves risques juridiques et financiers.
Vendredi dernier (12 décembre), dans une déclaration commune, la Belgique, l’Italie, la Bulgarie et Malte ont exhorté l’UE à envisager des « options alternatives » au prêt, notamment l’émission d’une dette commune. Leurs appels ont été repris ce week-end par la République tchèque.

Le dirigeant hongrois pro-Moscou, Viktor Orbán, s’oppose également fermement au projet de prêt, tandis que le dirigeant slovaque, Robert Fico, lui aussi favorable au Kremlin, a fait savoir qu’il ne soutiendrait aucune utilisation des actifs russes pour financer les dépenses militaires ukrainiennes.

Kaja Kallas a fait remarquer que les autres moyens de financer Kiev « ne sont pas vraiment viables », Viktor Orbán opposant également son veto à toute tentative d’émettre des titres de créance communs pour combler le déficit budgétaire ukrainien.

Selon la Commission, l’Ukraine devrait être à sec en avril prochain et faire face à un déficit budgétaire et militaire total de 135 milliards d’euros en 2026 et 2027.

L’option de la dette commune nécessite l’unanimité des 27 États membres de l’UE, tandis que le prêt de réparation ne nécessite que le soutien d’une majorité qualifiée de pays, soit au minimum 15 pays représentant au moins 65 % de la population du bloc.

Tout en reconnaissant sa faisabilité technique, la Haute représentante de l’UE a suggéré qu’il ne serait pas politiquement possible de procéder au prêt si la Belgique ne participait pas.

« Sans la Belgique, je pense que cela ne serait pas très facile, car elle détient la majorité des actifs, et je pense qu’il est important qu’elle adhère à tout ce que nous faisons », a-t-elle expliqué.

Ses remarques ont été reprises lundi par des ministres des Affaires étrangères de l’UE, dont l’Irlandaise Helen McEntee.

« Je pense qu’il est vraiment important que nous travaillions ensemble, et je pense qu’il est important que nous répondions à toutes les préoccupations que nos collègues pourraient avoir », a affirmé la ministre irlandaise.

D’autres ministres ont quant à eux laissé entendre qu’ils refuseraient même d’envisager des alternatives au programme de prêt envisagé par la Commission.

« Le prêt de réparation n’est pas la meilleure solution, ni la plus importante, mais c’est la seule option qui nous permette de mobiliser des fonds pour répondre aux besoins de l’Ukraine », a affirmé le ministre lituanien des Affaires étrangères, Kęstutis Budrys.

Les ambassadeurs de l’UE se réunissent également ce lundi à Bruxelles en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères, où ils discuteront selon plusieurs diplomates des modifications apportées par la Commission européenne à la proposition de prêt afin de répondre aux préoccupations belges.