L'UE et l'Australie concluent un accord commercial après huit ans de négociations

Bruxelles prévoit que cet accord stimulera les échanges bilatéraux d'environ 30 % au cours de la prochaine décennie

EURACTIV.com
Sam Mostyn, gouverneure générale d’Australie, et Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne [Commission Européenne - Service audiovisuel, photographe : Christophe Licoppe]

L’UE et l’Australie ont conclu mardi leurs négociations et signé un accord de libre-échange qui supprimera les droits de douane sur la quasi-totalité des marchandises des deux côtés.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre Anthony Albanese ont confirmé à Canberra que les négociations avaient abouti. Bruxelles estime que cet accord permettra aux entreprises de l’UE d’économiser plus d’un milliard d’euros par an en droits d’exportation vers l’Australie.

« Cet accord est avantageux pour les deux parties », a assuré von der Leyen lors d’une conférence de presse conjointe avec Albanese. « Du côté de l’UE, notre réseau d’accords de libre-échange continue de s’étendre régulièrement. Nous nous efforçons de diversifier nos relations commerciales dans un monde de plus en plus incertain. »

Albanese a qualifié le pacte de « complet, équilibré et significatif sur le plan commercial », ajoutant qu’il réduirait les coûts pour les consommateurs australiens et ouvrirait de nouveaux marchés aux producteurs nationaux. « Il renforcera encore nos relations. »

Les exportations de l’UE vers l’Australie ont atteint 37 milliards d’euros en biens en 2025 et 31 milliards d’euros en services en 2024, selon les données de la Commission. Bruxelles s’attend à ce que l’accord stimule le commerce bilatéral de biens et de services d’environ 30 % au cours de la prochaine décennie.

S’adressant aux journalistes lundi, le commissaire européen au commerce, Maroš Šefčovič, a qualifié l’accord de « très ambitieux », précisant que la quasi-totalité des marchandises serait libéralisée — à l’exception de l’acier, tant du côté européen que du côté australien.

L’accord facilitera l’accès au marché pour les prestataires de services de l’UE, favorisera les investissements et garantira que les entreprises européennes puissent rivaliser à armes égales avec les entreprises australiennes dans le domaine des marchés publics.

Bruxelles et Canberra ont également adopté un partenariat en matière de sécurité et de défense, signé virtuellement par Kaja Kallas et son homologue australien le 18 mars.

Rassurer les agriculteurs

Cet accord, fruit de huit années de négociations, était sur le point d’être conclu en 2023 avant de capoter à la dernière minute en raison de la pression exercée par l’Australie pour obtenir un meilleur accès pour ses exportations de bœuf.

Alors que les agriculteurs australiens réclamaient un contingent préférentiel de 50 000 tonnes, l’UE a accepté 30 600 tonnes, craignant la récente levée de boucliers des agriculteurs européens face à l’accès supplémentaire au marché accordé dans le cadre de l’accord avec le Mercosur.

Ce quota sera réparti entre la viande bovine issue d’animaux nourris à l’herbe – 16 830 tonnes en franchise de droits – et la viande bovine issue d’élevages conventionnels, qui sera soumise à un droit de douane réduit de 7,5 %.

En ce qui concerne la viande ovine, autre secteur sensible, les importations seront plafonnées à 25 000 tonnes en franchise de droits, dont 27 % réservées à la viande congelée. Toutes les importations doivent provenir d’animaux nourris à l’herbe.

La Commission a également confirmé, comme l’avait initialement rapporté Euractiv, que l’accord comprendra une clause de sauvegarde de type Mercosur, distincte du texte principal de l’accord, visant les produits agroalimentaires sensibles.

« Nous préparons également une mesure de sauvegarde autonome afin de rassurer nos agriculteurs : si un afflux soudain de produits venait à se produire, nous aurons les moyens de gérer cette situation », a expliqué Šefčovič.

Les droits de douane sur des produits tels que le vin, le chocolat et certains fruits et légumes seront supprimés dès le premier jour de l’entrée en vigueur de l’accord.

D’autres produits plus sensibles pour l’Australie, comme le fromage, verront leurs droits de douane supprimés progressivement sur trois ans.

Mineraux stratégiques et automobiles

Cet accord est également essentiel pour garantir l’accès de l’UE aux matières premières stratégiques de l’Australie, offrant ainsi une alternative pour réduire la dépendance vis-à-vis de la Chine.

Šefčovič a déclaré que l’Australie disposait des minéraux dont l’Europe a besoin, tandis que l’UE peut apporter des investissements, des capacités de transformation et un accès au marché.

L’accord réduira les droits de douane sur ces produits et interdira les taxes à l’exportation, rendant le marché « beaucoup plus prévisible et stable » pour les entreprises européennes, a affirmé la Commission.

L’Australie conservera la possibilité d’appliquer des politiques de double tarification – en facturant davantage aux entreprises étrangères qu’aux acheteurs nationaux –, mais l’accord comprend un mécanisme de rééquilibrage permettant à l’UE de suspendre les concessions tarifaires si cela se produit, a souligné Šefčovič.

En ce qui concerne les voitures, l’Australie libéralisera totalement l’accès au marché mais conservera sa taxe sur les voitures de luxe. Toutefois, le seuil sera relevé à 120 000 AUD (72 000 €) pour les véhicules électriques, ce qui exemptera tous les véhicules dont le prix est inférieur à ce montant.

(adm, aw)