L’UE et les États-Unis finalisent l’accord commercial trouvé en juillet

Près d’un mois après avoir trouvé un compromis en Écosse, Bruxelles et Washington ont précisé jeudi 21 août les contours de leur accord commercial.

EURACTIV.com
Maroš Šefčovič
Maroš Šefčovič, le commissaire européen en charge du Commerce. [UE, 2025]

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le président américain Donald Trump étaient parvenus à un accord sur les droits de douane fin juillet, mais les détails concrets du deal étaient encore flous et sujets à négociation.

Ce jeudi, l’UE et les États-Unis ont dévoilé dans une déclaration commune précisant leur accord commercial qui plafonne à 15 % les droits de douane américains sur la plupart des produits européens, garantit des exemptions pour certaines industries clés et précise les engagements en matière d’énergie, de commerce numérique et de sécurité des chaînes d’approvisionnement.

Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, qui a mené les négociations avec la partie américaine durant des mois, évoque une « première étape » susceptible d’être étendue à d’autres secteurs.

Pour lui, cet accord « apporte stabilité et prévisibilité à nos relations ». Devant des journalistes à Bruxelles, il a ajouté que la Commission souhaitait que le processus législatif soit engagé dans le courant du mois afin que l’industrie automobile puisse bénéficier rétroactivement du plafonnement des droits de douane à partir du 1er août.

Concrètement, les deux parties s’engagent à réduire les obstacles, à renforcer les chaînes d’approvisionnement et à favoriser des conditions de concurrence équitables pour les entreprises. L’accord servira de base à de nouvelles négociations sur l’accès au marché, la coopération règlementaire et le règlement des différends.

Le cadre accorde notamment des exemptions pour les pièces d’avion, les médicaments génériques et les précurseurs chimiques, tandis que les droits de douane sur les voitures et les pièces automobiles seront abaissés par rapport aux taux qui actuellement en vigueur. Les deux parties se sont également engagées à coopérer sur la question des surcapacités dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium.

Le meilleur accord possible

Maroš Šefčovič a déclaré que cet accord commercial était « le plus favorable que les États-Unis aient atteint avec quelque partenaire que ce soit ». Dès juillet, l’accord a été comparé avec celui conclu par le Royaume-Uni, qui a accepté plus tôt cette année un tarif de base de 10 % — un résultat très critiqué.

« Je ne qualifierais même pas cela d’accord commercial […] La base reste la même », avait déclaré le ministre suédois du Commerce, Benjamin Dousa, à ce sujet.

L’accord conclu par Bruxelles avec Washington avait lui aussi été critiqué, certains y voyant un accord déséquilibré et une preuve de soumission.

Un haut fonctionnaire de la Commission a défendu l’accord UE-États-Unis, citant les exemptions accordées pour les produits pharmaceutiques et précisant que le taux de 15 % appliqué à l’UE inclurait les droits existants. En effet, ces 15% ne s’ajoutent pas à d’éventuels tarifs douaniers existants sous la clause de la nation la plus favorisée (NPF).

Le secrétaire américain au Commerce, Howard Lutnick, a salué l’accord sur les réseaux sociaux, insistant sur les nouveaux engagements européens à investir des centaines de milliards d’euros dans l’énergie et les infrastructures américaines.

Du côté de l’UE, Anna Cavazzini, présidente de la commission du Marché intérieur du Parlement européen, a lancé une nouvelle offensive contre le deal commercial, y voyant la preuve que « les tactiques de chantage fonctionnent ». Dans une déclaration, elle a averti que cela marquait « une capitulation finale devant Trump » et affaiblissait l’ordre commercial mondial.

Les responsables politiques des deux parties ont averti qu’il ne s’agissait que d’un début. « Ce n’est pas la fin, c’est le début », a déclaré Maroš Šefčovič, soulignant que des négociations plus larges sur la coopération réglementaire et le règlement des différends restaient à mener.

Les vins et spiritueux durement touchés

Certains secteurs font la moue. Le secteur des vins et des spiritueux, par exemple, ne se verra pas appliquer d’exemptions. Les acteurs du secteur espèrent tout de même pouvoir parvenir à des exemptions plus tard.

Paris, par exemple, travaillera à des « exemptions additionnelles », a fait savoir le ministre délégué au Commerce extérieur, Laurent Saint-Martin. « La défense de nos secteurs à l’export reste notre priorité. L’accord laisse ouverte la possibilité d’exemptions additionnelles, nous y travaillerons », a écrit le ministre sur X, estimant que « l’histoire n’est pas finie ».

En 2024, l’UE a exporté pour 8 milliards d’euros d’alcools, dont plus de 5 milliards de vin aux États-Unis, son premier marché à l’exportation. La France représente rien qu’à elle environ la moitié de ce marché : 2,4 milliards d’euros de vin et 1,5 milliard de spiritueux ont été écoulés outre-Atlantique (environ 25 % de ses exportations), rapporte l’AFP.

(asg)