L’UE peine à afficher une position commune sur la guerre entre Israël et le Hamas

Lors d’une réunion extraordinaire sur la situation au Moyen-Orient mardi, les dirigeants de l’UE ont tenté de mettre de côté de leurs divergences de vues sur la question de la guerre entre Israël et le Hamas et de faire oublier leurs discours parfois contradictoires.

Euractiv.com
Video conference of the members of the European Council
Le sommet extraordinaire a été convoqué par Charles Michel, président du Conseil européen, par crainte que la réponse européenne quelque peu contradictoire à la guerre entre Israël et le Hamas ne nuise à l’image d’acteur international de l’UE et ne compromette ses relations avec les pays de la région. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Lors d’une réunion extraordinaire sur la situation au Moyen-Orient mardi (17 octobre), les dirigeants de l’UE ont tenté de mettre de côté de leurs divergences de vues sur la question de la guerre entre Israël et le Hamas et de faire oublier leurs discours parfois contradictoires sur la question.

Le sommet extraordinaire a été convoqué par Charles Michel, président du Conseil européen, par crainte que la réponse européenne quelque peu contradictoire à la guerre entre Israël et le Hamas ne nuise à l’image d’acteur international de l’UE et ne compromette ses relations avec les pays de la région.

Lors de la réunion, les dirigeants de l’UE ont notamment discuté de la poursuite des efforts diplomatiques avec les acteurs régionaux, tels que la Jordanie et l’Égypte, afin d’éviter que le conflit ne fasse tache d’huile au niveau régional.

Ils ont également coordonné leurs efforts visant à acheminer l’aide humanitaire à Gaza et à évacuer les quelque 1 000 ressortissants étrangers qui seraient encore présents dans la région.

Un changement de ton ?

Cependant, pour de nombreux États membres, le principal sujet de discorde est le sentiment que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a outrepassé ses compétences en annonçant un soutien sans faille de l’UE à Israël.

Le sommet virtuel des dirigeants européens a lieu une semaine avant le Sommet européen, qui se tiendra à Bruxelles les 26 et 27 octobre, et a fait suite aux critiques concernant l’attitude de Mme von der Leyen lors de sa récente visite à Tel-Aviv.

Aux côtés du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, Mme von der Leyen avait soutenu le droit d’Israël à se défendre, un message délivré sans la mise en garde faite par d’autres dirigeants européens ainsi que par le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, qui ont indiqué que toute action israélienne devait respecter le droit humanitaire international.

Selon des personnes au fait des discussions de mardi, certains dirigeants européens ont salué le voyage de Mme von der Leyen. Toutefois, la plupart des États membres s’étaient auparavant plaints de la position non coordonnée de Mme von der Leyen.

Dans ce qui a également été perçu comme une piqûre de rappel à Mme von der Leyen, Charles Michel a souligné, après les deux heures de discussions, que la politique étrangère de l’UE devait être basée sur l’« unité » et la « cohérence » en exigeant le respect du droit international partout où des conflits ont lieu.

« Nous devons tous défendre la paix, le droit international et le droit humanitaire partout dans le monde et à tout moment », a déclaré M. Michel. « C’est cela l’État de droit.»

M. Michel a déclaré que les dirigeants européens avaient cherché à assurer une « coordination maximale » entre leurs gouvernements et Bruxelles lors des discussions d’urgence, et qu’ils ont également été appelés à se rallier à la déclaration commune publiée avant le sommet de dimanche (15 octobre).

« Ce conflit génère beaucoup de fragmentation, de divisions, de polarisation au sein de nos populations, de nos sociétés », a expliqué M. Michel à la presse à Bruxelles. « C’est pourquoi nous devons également coopérer au niveau de l’Union européenne pour tenter de désamorcer les tensions. »

Les discussions ont été interrompues suite à l’annonce des autorités palestiniennes qu’une frappe aérienne israélienne avait touché un hôpital de la ville de Gaza mardi, faisant au moins 500 morts, selon le ministère de la santé dirigé par le Hamas.

Le Hamas a accusé Tel-Aviv d’être à l’origine du bombardement, mais l’armée israélienne a nié en être responsable et a soutenu qu’une roquette mal tirée par des militants palestiniens avait touché l’hôpital.

« Nous avons reçu cette information lorsque nous étions ensemble. Elle semble confirmée », a déclaré M. Michel à l’issue des discussions. « Une attaque contre des infrastructures civiles n’est pas conforme au droit international. »

S’adressant aux journalistes après le sommet, Mme von der Leyen s’est montrée plus prudente dans ses propos.

Répondant aux questions des journalistes, elle a déclaré que la Commission européenne organisait l’acheminement de l’aide humanitaire à Gaza via un pont aérien avec l’Égypte et qu’elle triplerait son aide humanitaire à destination des Palestiniens cette année.

« Nous expliquons également aux autorités israéliennes qu’il est essentiel de fournir de l’eau à Gaza. Il s’agit d’un droit fondamental », a-t-elle souligné.

Elle a brièvement évoqué son voyage à Tel-Aviv, déclarant qu’elle avait signalé aux autorités israéliennes que les « terroristes » étaient le Hamas, et non « le peuple palestinien ». « Nous devons donc nous occuper du peuple palestinien et de ses besoins humanitaires. »

« Il n’y a pas de contradiction à être solidaire d’Israël et à agir pour les besoins humanitaires des Palestiniens », a-t-elle affirmé.

Certaines divergences demeurent

Toutefois, des différences plus marquées sont apparues lorsqu’il a été demandé aux deux dirigeants s’ils soutenaient le point de vue de M. Borrell, qui a accusé le gouvernement israélien d’enfreindre le droit international en imposant un blocus total à la bande de Gaza.

« Lorsque vous coupez les infrastructures de base, lorsque vous coupez l’accès à l’eau, lorsque vous coupez l’électricité […] Cela n’est pas conforme au droit international », a déclaré M. Michel.

Parallèlement, Mme von der Leyen a demandé aux journalistes d’examiner attentivement la formulation de la déclaration commune des dirigeants de l’UE.

Des diplomates européens qui se sont exprimés sous couvert d’anonymat ont déclaré qu’ils avaient remarqué un changement de ton chez la cheffe de l’exécutif de l’UE.

« Les discussions ont été calmes et consensuelles — exactement ce dont nous avons besoin maintenant. Mais le message avait déjà été envoyé dimanche [avec la déclaration des Vingt-Sept] », a déclaré l’un des diplomates.

« Nous devons aller de l’avant et nous concentrer sur les défis actuels, alors espérons que nous n’aurons plus de problème avec ses débordements sur le sujet », a ajouté un autre diplomate.

Garder un œil sur la Russie

Charles Michel et Ursula von der Leyen ont tous deux mis en garde la Russie contre l’utilisation de la guerre entre Israël et Gaza pour affaiblir l’Occident, alors que Moscou continue de mener sa guerre en Ukraine.

« La Russie va essayer, et a déjà commencé d’exploiter cette situation pour alimenter un discours contre l’UE, contre les partenaires de l’UE », a déclaré le président du Conseil européen.

« Ne tombons pas dans ce piège. Restons attachés à nos principes, à nos valeurs, au respect des droits de l’homme et à la dignité des personnes », a-t-il poursuivi.

« Certains pensent qu’ils peuvent nous détourner du soutien à l’Ukraine et que nous devons choisir qui aider. Nous leur prouverons qu’ils ont tort », a déclaré Mme von der Leyen, ajoutant que le programme d’aide à long terme de l’UE pour Kiev était en bonne voie.

Le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, en voyage en Chine, était le seul dirigeant européen absent lors de la réunion et a été représenté par le chancelier autrichien Karl Nehammer, selon des représentants de l’UE.

M. Orbán était le seul dirigeant de l’UE à assister à un évènement anniversaire de l’initiative des Nouvelles routes de la soie.

Le président serbe Aleksandar Vučić était également en Chine, où il a signé plusieurs accords commerciaux et n’a pas participé au sommet du processus de Berlin qui s’est tenu en même temps à Tirana.

Lors de sa visite en Chine, M. Orbán a également rencontré le président russe Vladimir Poutine pour la première poignée de main photographiée entre le président russe et un dirigeant de l’UE depuis que Moscou a lancé son invasion massive de l’Ukraine en février 2022.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]