L’UE prête à exporter la quasi-totalité des céréales ukrainiennes, selon le commissaire à l’Agriculture
Les « couloirs de solidarité » de l’UE visant à exporter les céréales ukrainiennes par les voies européennes pourraient remplacer les routes de la mer Noire après le retrait unilatéral de la Russie de l’accord conclu sous l’égide des Nations unies, selon Janusz Wojciechowski.
L’initiative des « couloirs de solidarité » de l’UE visant à exporter les céréales ukrainiennes par les voies européennes pourrait remplacer celle des routes de la mer Noire après le retrait unilatéral de la Russie de l’accord conclu sous l’égide des Nations unies, selon le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski.
La semaine dernière, la Russie a suspendu sa participation à l’initiative céréalière de la mer Noire, un accord conclu sous l’égide des Nations unies qui a facilité le passage en toute sécurité de 32 millions de tonnes de céréales ukrainiennes par la mer Noire au cours de l’année écoulée.
La situation a été examinée par les 27 ministres de l’Agriculture de l’UE mardi (25 juillet) lors de leur réunion mensuelle à Bruxelles.
Pour le président du Conseil « Agriculture et pêche » (AGRIPECHE), le ministre espagnol de l’Agriculture, Luis Planas, le refus de la Russie d’étendre l’accord céréalier de la mer Noire « complique sans aucun doute les choses pour les marchés, en particulier pour ceux qui dépendent énormément des exportations ukrainiennes, comme l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine ».
Cependant, selon le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski, la solution réside dans les couloirs de solidarité. Il s’agit d’une initiative lancée par l’exécutif européen en mai 2022 qui a permis de mettre en place des itinéraires logistiques alternatifs permettant aux exportations ukrainiennes d’être acheminées par tous les modes de transport pertinents.
« Nous sommes prêts à exporter par les couloirs de solidarité presque tout ce que l’Ukraine a besoin d’exporter », a déclaré le commissaire.
De son lancement à la fin du mois de mai 2023, 37,4 millions de tonnes de céréales, d’oléagineux et d’autres produits alimentaires ont été exportés d’Ukraine via les couloirs de solidarité, ce qui représente 55 % des exportations totales de produits alimentaires ukrainiens.
Les couloirs de solidarité ont également permis à l’Ukraine d’exporter 37,6 millions de tonnes de produits non agricoles et de bénéficier d’une aide humanitaire, selon les chiffres fournis par le Conseil de l’UE.
Selon M. Wojciechowski, les besoins de l’Ukraine en matière d’exportation de céréales devraient s’élever à environ 4 millions de tonnes par mois.
« Nous avons atteint cette quantité par le passé », a-t-il souligné, précisant qu’en novembre 2022, près de 4 millions de tonnes de céréales et d’oléagineux ukrainiens avaient été exportées par les couloirs de solidarité, ce qui représentait 60 % du volume d’exportation de l’Ukraine à l’époque.
Le commissaire a également indiqué aux ministres de l’UE que Bruxelles avait la capacité logistique d’aider l’Ukraine à remplacer la route de la mer Noire. « Il n’y a qu’une seule possibilité : utiliser les couloirs de solidarité », a-t-il affirmé.
Des fonds européens pour couvrir le coût du transport
L’augmentation des importations de céréales et d’oléagineux en provenance de l’Ukraine voisine au moyen des couloirs de solidarité a suscité l’inquiétude des agriculteurs européens. Ils ont prévenu que de grandes quantités de céréales restaient bloquées dans les régions frontalières, évinçant ainsi les producteurs locaux du marché.
La Commission a déjà proposé deux paquets de soutien controversés afin d’indemniser les agriculteurs des États membres de l’UE proches de l’Ukraine, notamment la Bulgarie, la Hongrie, la Pologne, la Roumanie et la Slovaquie, en vue d’atténuer les goulets d’étranglement logistiques découlant du succès de l’initiative.
« Nous devons absolument améliorer et renforcer les couloirs de solidarité, bien sûr, sans perturber les marchés des pays voisins de l’Ukraine, ni de la Moldavie, qui occupe une position très sensible », a déclaré M. Planas lors d’une conférence de presse mardi.
En marge de la réunion du Conseil, M. Wojciechowski a rencontré les ministres de l’Agriculture des cinq États membres situés en première ligne, qui ont soulevé la question des coûts de transport supplémentaires qui rendent les marchandises exportées via les couloirs de solidarité inintéressantes sur le marché mondial.
« Il serait moins cher d’acheter des céréales à la Russie que de payer pour des céréales ukrainiennes transportées via la Pologne ou les ports baltes », a expliqué le commissaire européen, car les coûts opérationnels des couloirs de solidarité sont plus élevés que ceux de la Russie, sachant qu’il n’y a pas de coûts supplémentaires sur les produits agricoles russes puisque les denrées alimentaires du pays ne figurent pas sur la liste des sanctions.
C’est pourquoi M. Wojciechowski envisage une forme d’aide publique pour couvrir les coûts supplémentaires occasionnés par le transport de ces marchandises et présentera une proposition à ses collègues commissaires pour déterminer les modalités de prise en charge par les fonds de l’UE.
Toutefois, rien n’est encore sur la table. « Ce n’est que ma position pour l’instant », a-t-il expliqué aux journalistes. Et d’ajouter que, bien qu’il s’agisse d’une question urgente, il n’y a pas de date limite pour la présentation d’une telle proposition.
Selon une source européenne au fait de la question, cette proposition pourrait être financée par le budget de la direction générale de la Mobilité et des Transports (DG MOVE) de la Commission.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]