Sécurité alimentaire vs. durabilité — un faux dilemme ?
L’invasion de l’Ukraine a fait ressurgir de vieilles questions sur la nécessité de réviser les politiques de la Commission, dévoilées il y a plus de deux ans et demi et visant à rendre le système alimentaire européen plus durable grâce à une série d’objectifs stricts.
S’exprimant à l’issue d’une réunion spéciale avec les ministres de l’Agriculture des 27 États membres de l’UE mercredi, le commissaire à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a reconnu que l’Union devait « garder un œil attentif sur les objectifs de ces politiques en ce qui concerne la sécurité alimentaire ».
« Nous ne voulons pas balayer ces stratégies, nous ne voulons pas les remettre en question », a expliqué le commissaire. « Mais il y a d’autres éléments qui doivent être réexaminés, compte tenu de la situation actuelle », a-t-il poursuivi.
Pour sa part, le groupe de réflexion Farm Europe a appelé la Commission à « réviser fondamentalement » ses propositions sur la politique alimentaire et agricole phare de l’UE, la stratégie « de la ferme à la table », ainsi que sa stratégie en matière de biodiversité dans une déclaration lundi, affirmant que celles-ci « s’opposent frontalement à notre souveraineté alimentaire et à la sécurité alimentaire dans le monde ».
Cependant, pour Christiane Lambert, présidente du COPA, opposer ces deux dimensions est « non productif ».
« Comme pour l’énergie, nous [le secteur agricole] sommes fermement convaincus qu’il est possible de renforcer notre autonomie stratégique tout en continuant à progresser en matière de durabilité », a-t-elle déclaré.
Ceci étant dit, l’association des agriculteurs estime qu’un « changement de paradigme » est nécessaire dans la façon dont Bruxelles appréhende l’agriculture, en commençant par les objectifs fixés dans le cadre de la stratégie « de la ferme à la table ».
Concrètement, l’organisation demande de pouvoir cultiver toutes les terres disponibles en 2022 pour compenser la perte des productions russes et ukrainiennes, au lieu de laisser certaines parties des terres en jachère ou réservées à la biodiversité, comme le prévoit la stratégie.
La question sera discutée lors d’une réunion des ministres de l’Agriculture des 27 à la fin du mois (21 mars), mais les États membres ont déjà proposé à la Commission, la semaine dernière, de réserver des terres agricoles à la production de protéagineux.
Entre-temps, le ministre irlandais de l’Agriculture, Charlie McConalogue, convoquera mardi une réunion d’urgence avec les associations d’agriculteurs pour discuter des problèmes potentiels en matière de sécurité alimentaire. Les parties prenantes discuteront des mesures éventuelles qui viseraient à demander à tous les agriculteurs de cultiver des céréales sur leurs terres.