Lutte contre le trafic de migrants : des eurodéputés soutiennent l’élargissement des pouvoirs d’Europol, malgré les inquiétudes pour la vie privée
Les eurodéputés de la commission des Libertés civiles du Parlement européen ont voté pour renforcer le rôle d’Europol dans la lutte contre le trafic de migrants et la traite des êtres humains. La réforme suscite des critiques, certains craignant que les efforts humanitaires ne deviennent un outil de surveillance.
Le vote au sein de la commission des Libertés civiles (LIBE) fait suite à un accord politique conclu fin septembre entre le Parlement et le Conseil visant à renforcer le mandat d’Europol et à augmenter les ressources destinées à soutenir la coopération policière transfrontalière contre les réseaux de trafic.
Les nouvelles règles visent à renforcer le Centre européen de lutte contre le trafic de migrants, un organisme relevant d’Europol, et à améliorer la coopération avec les agences de l’UE telles qu’Eurojust et Frontex. Elles prévoient également un meilleur partage des informations entre Europol et les autorités nationales, ainsi qu’une extension des capacités de traitement des données biométriques. L’agence recevra également 50 millions d’euros supplémentaires et accueillera 50 nouveaux agents.
Initialement présenté par la Commission européenne en 2023, le règlement vise à accorder à Europol un rôle plus central dans la coordination des efforts de l’UE contre les réseaux de trafic.
Mais les groupes de la société civile ont vivement critiqué cette proposition, la qualifiant de « cheval de Troie » qui étend les pouvoirs d’Europol sous le couvert d’une action humanitaire. La coalition d’ONG #ProtectNotSurveil a averti que la réforme pourrait conduire à une « surveillance de masse », au profilage racial et à la criminalisation des migrants et des ONG, tout en ne contribuant pas au démantèlement des réseaux de trafic.
La position du Parlement, adoptée en mai, a répondu à certaines de ces préoccupations en supprimant des éléments controversés du texte, tels que les dispositions autorisant les opérations d’Europol dans des pays tiers. Cependant, les défenseurs de la vie privée font valoir qu’elle ne parvient toujours pas à empêcher les violations récurrentes des règles de protection des données par l’agence et accorde à la police des pouvoirs étendus pour traiter des données biométriques et personnelles sensibles avec un contrôle limité.
Au-delà des craintes liées à la vie privée, les groupes de défense des droits affirment que la réforme renforce l’approche de la « forteresse Europe » en présentant la migration comme un problème criminel et sécuritaire. Ils avertissent que la coordination accrue entre Europol et l’Agence européenne des garde-frontières et garde-côtes Frontex, ainsi que la possibilité de partager des données avec des États non membres de l’UE ayant un mauvais bilan en matière de droits humains, pourraient mettre davantage en danger les migrants et nuire à la crédibilité de l’UE en matière de droits humains.
Un vote en plénière confirmera désormais le vote de novembre.