Macédoine du Nord : controverse autour du refus de la présidente d’utiliser le nom officiel du pays

Le refus de la présidente nouvellement élue, Gordana Siljanovska-Davkova, d’utiliser le nom officiel du pays lors de son investiture dimanche (12 mai) a suscité des réactions en Grèce et ailleurs en Europe.

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Greece, FYROM to sign agreement settling their name dispute
Les anciens Premiers ministres de Grèce et de Macédoine du Nord, Alexis Tsipras et Zoran Zaev ont souligné l'importance de l'accord de Prespa pour la stabilité de la région des Balkans. [[EPA-EFE/NAKE BATEV]]

Le refus de la présidente nouvellement élue, Gordana Siljanovska-Davkova, d’utiliser le nom officiel du pays lors de son investiture dimanche (12 mai) a suscité des réactions en Grèce et ailleurs en Europe car il constitue pour certains une remise en question de l’accord de Prespa.

Cet accord, conclu en 2018 par la Grèce et la Macédoine du Nord, avait pour objectif de résoudre le conflit de longue date portant sur le nom de la Macédoine depuis que le pays était devenu indépendant en 1991.

Lors de son investiture dimanche, la présidente macédonienne, Mme Siljanovska, membre du parti nationaliste Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure – Parti démocratique pour l’unité nationale macédonienne (VMRO-DPMNE), a appelé son pays « Macédoine » au lieu de « Macédoine du Nord », le nom officiel du pays selon la Constitution du pays depuis l’accord de Prespa.

Lundi (14 mai), le bureau de Mme Siljanovska-Davkova a justifié son choix, affirmant que « lors de ses apparitions publiques, la présidente de la Macédoine a le droit d’utiliser le nom de “Macédoine” en tant qu’acte du droit individuel à l’autodétermination ».

Réactions en Grèce et en Macédoine du Nord

L’ambassadeur grec à Skopje a quitté la cérémonie de prestation de serment dimanche et le ministère grec des Affaires étrangères a déclaré que la poursuite des progrès des relations bilatérales de la Grèce avec la Macédoine du Nord et son parcours d’adhésion à l’UE dépendent de la mise en œuvre complète de l’accord de Prespa et, avant tout, de l’utilisation du nom constitutionnel du pays.

Le refus d’utiliser le nom convenu pour le pays a également contrarié le Parti populaire européen (PPE), son secrétaire général, le grec Thanasis Bakolas, n’ayant pas félicité le parti ou la présidente pour leur victoire lors d’une double élection parlementaire et présidentielle.

Le Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis, dont le parti, la Nouvelle Démocratie (membre du PPE), s’est fortement opposé à l’accord de Prespa lorsqu’il était dans l’opposition avant de finalement l’accepter, a souligné que la déclaration de Mme Siljanovska était « illégale ».

« Elle a violé l’accord de Prespa ainsi que la Constitution de son propre pays », a-t-il fustigé.

Plus récemment, les anciens Premiers ministres de Grèce et de Macédoine du Nord, Alexis Tsipras (parti de gauche SYRIZA) et Zoran Zaev (Union sociale-démocrate de Macédoine, SDSM) sont eux aussi intervenus, soulignant l’importance de l’accord de Prespa pour la stabilité de la région des Balkans.

Malgré l’opposition farouche des partis conservateurs de leurs pays respectifs, les deux hommes alors au pouvoir avaient choisi de signer l’accord en 2018.

Cependant, l’accord a eu un coût politique considérable, en particulier pour l’ancien Premier ministre grec, qui a ensuite subi une lourde défaite aux élections nationales face au parti conservateur de centre droit Nouvelle Démocratie.

Au cours d’un appel téléphonique, M. Tsipras et M. Zaev ont souligné l’importance de l’accord et de la coopération entre les deux pays, tant pour la perspective européenne de Skopje que pour la paix et la stabilité des Balkans occidentaux, dans une période de fortes tensions dans la région.

Selon un communiqué de presse, les deux hommes ont également mis en garde contre le populisme nationaliste qui s’est développé des deux côtés.

Ils ont convenu de prendre des initiatives communes spécifiques sur cette question, qu’ils estiment cruciale pour la stabilité des Balkans.

Réactions au niveau de l’UE

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, membre du PPE, a averti Skopje que pour continuer sur la voie de l’UE, il est « primordial » qu’elle respecte pleinement les accords contraignants, comme l’accord de Prespa.

Le président du Conseil européen, Charles Michel, a quant à lui qualifié l’incident de « décevant ».

La question a aussi été abordée en Allemagne, où le porte-parole du ministère fédéral des Affaires étrangères a déclaré que la situation était très claire : « Il existe un accord en vertu du droit international, l’accord dit de Prespa avec la Grèce, et la Macédoine du Nord est également liée par cet accord en vertu du droit international ».

Interrogé par Euractiv Allemagne sur l’éventualité de conséquences après l’incident de dimanche, le porte-parole a répondu :

« Il est tout à fait clair que les Balkans occidentaux appartiennent à l’UE et que nous, en tant que gouvernement allemand, sommes très actifs dans ce domaine parce que nous ne pouvons pas tolérer de zones grises en Europe, et si nous laissons ces zones grises, elles seront occupées par d’autres. À cet égard, nous sommes également engagés dans la politique des Balkans occidentaux. »

L’opposition grecque fait pression sur le gouvernement

En Grèce, le principal parti d’opposition, SYRIZA, tente de faire pression sur le Premier ministre, M. Mitsotákis, à ce sujet.

Le parti prévoit notamment de soumettre au vote du parlement une proposition sur trois protocoles de coopération qui font partie de l’accord de Prespa mais que le parti au pouvoir a laissé en suspens en raison de l’opposition de certains partisans de la ligne dure dans ses rangs.

« M. Mitsotákis tente de faire oublier aux citoyens, ainsi qu’à la communauté internationale, que son parti a été le meilleur soutien de l’extrême droite pendant la période des négociations et de la signature de l’accord de Prespa », a déclaré le parti de gauche SYRIZA dans un communiqué.

Pour sa part, le gouvernement a affirmé qu’il ne se précipiterait pas pour ratifier les trois mémorandums et prétend que sa décision de retarder la ratification était la bonne, compte tenu de la trajectoire prise par le VMRO-DPMN par rapport à l’accord.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]