Macédoine du Nord : la Commission européenne exhorte Skopje et Athènes à respecter l’accord de Prespa
Un porte-parole de la Commission a confié à Euractiv que l’accord de Prespa entre la Grèce et la Macédoine du Nord devait être mis en œuvre par « toutes les parties » et de « bonne foi », alors qu’une nouvelle querelle entre les deux pays menace de raviver un contentieux vieux de 25 ans.
Un porte-parole de la Commission européenne a confié à Euractiv que l’accord de Prespa de 2018 entre la Grèce et la Macédoine du Nord devait être mis en œuvre par « toutes les parties » et de « bonne foi », alors qu’une nouvelle querelle entre les deux pays menace de raviver un contentieux vieux de 25 ans.
Les nouvelles tensions diplomatiques entre les deux pays ont éclaté lorsque la présidente nouvellement élue, Gordana Siljanovska-Davkova, du parti nationaliste Organisation révolutionnaire macédonienne intérieure – Parti démocratique pour l’unité nationale macédonienne (VMRO-DPMNE), n’a pas utilisé le nom officiel du pays, « Macédoine du Nord », lors de son investiture le 12 mai, se référant simplement à la « Macédoine ».
L’incident a suscité de vives réactions en Europe et aux États-Unis, beaucoup craignant la réouverture d’un conflit de longue date dans les Balkans.
Le leader du VMRO-DPMNE, Hristijan Mickoski, a également jeté de l’huile sur le feu en déclarant qu’il nommerait son pays à sa guise et a même invité la Grèce à porter l’affaire devant la Cour internationale de justice si elle jugeait cela nécessaire.
L’accord de Prespa a ouvert la voie à l’adhésion de la Macédoine du Nord à l’OTAN et aux négociations d’adhésion à l’UE.
Cependant, en pleine crise, le Premier ministre grec Kyriákos Mitsotákis (Nouvelle Démocratie, PPE) a menacé de bloquer l’adhésion de la Macédoine du Nord à l’UE si le changement de nom n’était pas respecté.
« Si quelqu’un pense qu’il peut ignorer l’accord [de Prespa], il doit savoir que son chemin vers l’Europe restera fermé et que les protocoles ne seront pas ratifiés s’il n’y a pas de conformité avec ce que l’accord stipule », a déclaré M. Mitsotákis.
Le parti socialiste grec PASOK, actuellement troisième dans les sondages électoraux, a également déclaré qu’il ne donnerait pas son feu vert à la ratification des protocoles de l’accord de Prespa en suspens.
Pour sa part, la Commission européenne estime que « toutes les parties » devraient s’en tenir à l’accord.
« Les relations de bon voisinage et la coopération régionale restent essentielles au processus d’élargissement. Les accords bilatéraux existants doivent être mis en œuvre de bonne foi par toutes les parties, y compris l’accord de Prespa entre la Macédoine du Nord et la Grèce », a indiqué un porte-parole de la Commission européenne à Euractiv.
Les trois protocoles en attente
La ratification des trois protocoles encore en suspens a déclenché une controverse politique à Athènes.
Ces protocoles de l’accord de Prespa concernent les responsabilités de la Grèce concernant le contrôle de l’espace aérien de la Macédoine du Nord et fournissent à Skopje une formation et un savoir-faire sur les questions européennes.
Le principal parti d’opposition de gauche, SYRIZA, qui a signé l’accord quand il était au pouvoir, tente à présent d’accroître la pression sur la Nouvelle Démocratie (qui dirige actuellement le pays), en soumettant au parlement grec une proposition visant à ratifier les mémorandums en suspens.
Lorsqu’elle était dans l’opposition, la Nouvelle Démocratie s’était fermement opposée à l’accord, mais s’était ensuite engagée à le respecter.
La famille politique européenne de Nouvelle Démocratie, le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, a soutenu l’accord en 2018, mais se montre actuellement mécontente de l’attitude du VMRO-DPMNE, également affilié au du PPE.
Une source du PPE a déclaré à Euractiv la semaine dernière qu’après les élections européennes de juin, un « ménage » général aura lieu concernant l’adhésion de certains partis et que le parti VMRO-DPMNE « serait en tête de liste ».
Entre-temps, les anciens Premiers ministres de Grèce et de Macédoine du Nord, Alexis Tsipras (SYRIZA) et Zoran Zaev, se sont engagés à prendre des initiatives pour sauver l’accord de Prespa.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]