Malgré les scandales, Pedro Sánchez s’accroche et dévoile un arsenal anticorruption
Le Premier ministre tente de contenir un scandale de corruption qui prend de l’ampleur et menace la crédibilité du Parti socialiste et la stabilité de la coalition au pouvoir.
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, a rejeté mercredi 9 juillet toute idée de démission, malgré une série de scandales de corruption touchant son parti, le Parti socialiste-ouvrier espagnol (PSOE). À la place, il a présenté devant le parlement un ambitieux plan de lutte contre la corruption, alors que les enquêtes se multiplient sur de présumés abus dans l’attribution de marchés publics, des allégations de pots-de-vin et de trafic d’influence de la part de hauts responsables socialistes.
Les procureurs enquêtent également pour savoir si des fonds de l’UE ont été mal utilisés dans l’attribution illicite de marchés publics impliquant des dirigeants du PSOE.
« Je suis un homme politique propre, je ne vais pas jeter l’éponge », a lancé Pedro Sánchez en ouverture d’un débat parlementaire particulièrement tendu sur les affaires de corruption qui entachent son parti mercredi.
Le Premier ministre a présenté un nouveau plan de lutte contre la corruption comprenant une série de mesures : création d’une agence indépendante pour l’intégrité publique, contrôles plus stricts sur la gestion des fonds de l’UE, protections renforcées pour les lanceurs d’alerte, règles plus strictes sur le financement politique et protocoles de conformité obligatoires pour les entreprises qui passent des contrats avec l’État.
Le plan a été élaboré en coordination avec l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et intègre les recommandations du Groupe d’États contre la corruption du Conseil de l’Europe (GRECO), ainsi que le rapport de la Commission sur l’État de droit.
Le rapport, publié la veille, recommandait notamment à Madrid de « redoubler d’efforts pour relever les défis liés à la durée des enquêtes et des poursuites afin d’augmenter l’efficacité du traitement des affaires de corruption de haut niveau ».
Troubles au parlement
L’annonce de Pedro Sánchez a provoqué une certaine agitation au parlement espagnol, où les scandales dominent depuis plusieurs semaine les discussions.
Yolanda Díaz, cheffe de Sumar, parti de gauche et partenaire de coalition du PSOE, a salué la position de Pedro Sánchez mais a exhorté les socialistes à accélérer les réformes sociales, telles que la loi sur le droit au logement longtemps retardée. Celle-ci vise à freiner la spéculation immobilière par les fonds spéculatifs.
Les partis séparatistes catalans qui soutiennent la coalition gouvernementale se sont montrés moins conciliants avec le Premier ministre. Le parti séparatiste catalan JxCat, dirigé par Carles Puigdemont, aujourd’hui en exil, a averti que « le temps presse » et a déclaré que le gouvernement pourrait ne pas survivre jusqu’en 2027.
Dans le même temps, Gabriel Rufián, de la Gauche républicaine séparatiste de Catalogne (ERC), a menacé de retirer son soutien si les enquêtes révélaient que la corruption s’étendait au-delà du secrétariat organisationnel du parti, actuellement dans la ligne de mire de l’une des agences espagnoles chargées de l’application de la loi, la Guardia Civil.
Alberto Núñez Feijóo, leader du Partido Popular (PP) d’opposition de centre-droit, a demandé des comptes sur les « nominations personnelles » par Pedro Sánchez de personnalités faisant l’objet d’une enquête, telles que l’ancien ministre des Transports José Luis Ábalos et l’ancien secrétaire à l’organisation du PSOE, Santos Cerdán.
Plus à droite encore, le leader populiste de Vox, Santiago Abascal, a accusé le gouvernement « d’acheter le pouvoir par des faveurs politiques » et s’est moqué de Pedro Sánchez pour avoir « eu les couilles » de présenter un plan de lutte contre la corruption — une remarque qui lui a valu une réprimande formelle pour langage inapproprié.
Malgré la tempête politique, le chef du gouvernement s’est dit déterminé à poursuivre son mandat. Il a affirmé que son exécutif, à l’instar de celui de José Luis Rodríguez Zapatero, comptait parmi les plus « propres » de l’histoire démocratique espagnole.