Manon Aubry : le S&D et le PPE formaient une « alliance claire » pour protéger le Qatar

Les Socialistes et Démocrates (S&D) et le Parti populaire européen (PPE) formaient une « alliance claire » au sein du Parlement européen afin de protéger le Qatar. C’est ce qu’a confié l’eurodéputée de la France Insoumise (LFI) Manon Aubry à EURACTIV.

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« Nous ne voyons maintenant que la partie émergée de l’iceberg », a déclaré Manon Aubry. [[Parlement européen]]

Les groupes parlementaires des Socialistes et Démocrates (S&D) et du Parti populaire européen (PPE) formaient une « alliance claire » au sein du Parlement européen afin de protéger le Qatar. C’est ce qu’a confié l’eurodéputée de la France Insoumise (LFI) Manon Aubry à EURACTIV.

Fin novembre, la Gauche européenne a réussi à faire passer une résolution de dernière minute sur les droits humains dans le cadre de la Coupe du monde de la FIFA au Qatar, divisant ainsi le Parlement européen.

Six résolutions différentes ont été proposées, certaines évitant de faire référence aux « morts » des travailleurs dans le cadre de la préparation du plus grand tournoi de football au monde.

EURACTIV a parcouru les six projets de résolution, et seul celui du PPE ne comportait pas le mot « mort ». En effet, le PPE s’est plutôt concentré sur le potentiel énergétique du Qatar.

Mme Aubry, membre de LFI (groupe de la Gauche au Parlement européen), a déclaré que le comportement du PPE lors des négociations était similaire à celui du groupe S&D en ce qui concerne la protection des intérêts du Qatar.

« Nous ne voyons maintenant que la partie émergée de l’iceberg. Mais il y a probablement une partie plus importante sous l’eau », a-t-elle affirmé.

L’eurodéputée LFI a souligné que le PPE préférait une simple discussion plutôt qu’une résolution sur le sujet.

« S’ils ne voulaient pas d’une résolution, cela montre qu’ils ne sont pas à l’aise avec ce scandale, et qu’ils ne voulaient pas d’une forte réaction publique du Parlement européen », a-t-elle ajouté.

Une source du Parlement européen a confié à EURACTIV que l’on ne pouvait pas présumer que la corruption était la raison de tous les votes en faveur du Qatar.

« Certains faisaient leur travail pour soutenir les intérêts de l’UE, et d’autres en tiraient de l’argent », a déclaré la source.

Le parquet fédéral belge a publié une déclaration lundi indiquant que 20 perquisitions avaient été effectuées depuis le début des opérations, dont 19 au domicile de particuliers et une dans les bureaux du Parlement européen.

Les articles de presse suggèrent que les assistants faisant l’objet d’une enquête proviennent principalement du groupe S&D et que l’un d’entre eux vient du PPE.

Un courriel ambigu

Plusieurs sources du groupe S&D ont confirmé à EURACTIV que Francesco Giorgi — qui, avec sa partenaire Eva Kaili, vice-présidente du Parlement européen, ont été incarcérés dans le cadre de l’affaire — faisait pression sur d’autres eurodéputés pour qu’ils ne votent pas contre le Qatar.

« Il envoyait des messages, passait des appels téléphoniques aux eurodéputés S&D pour leur demander de prendre la parole dans les discussions et de soutenir le Qatar », a confié une source à EURACTIV.

Il aurait même proposé de fournir des arguments en faveur du Qatar au cas où certains eurodéputés n’étaient pas familiarisés avec le dossier, précise une autre source.

M. Giorgi est un assistant de l’eurodéputé italien Andrea Cozzolino (S&D), qui n’aurait rien à voir avec le scandale et ne ferait pas l’objet d’une enquête.

Des sources ont toutefois affirmé que M. Giorgi était le « patron » du bureau pour tout ce qui concerne le Qatar.

EURACTIV a obtenu un courriel envoyé par M. Cozzolino au groupe S&D, invitant ses collègues à rejeter un amendement alléguant que la Coupe du monde a été attribuée au Qatar par la FIFA au moyen de pots-de-vin et de corruption.

« Le Parlement européen ne devrait pas accuser un pays sans disposer de preuves émanant des autorités judiciaires compétentes », peut-on lire dans le courriel envoyé par M. Cozzolino

Pour sa part, M. Cozzolino a indiqué à la presse italienne qu’il avait exprimé son propre point de vue, qu’il n’avait rien à voir avec le « Qatargate » et que M. Giorgi n’avait jamais fait pression sur lui en faveur du Qatar.

Réponse de la Commission européenne

Hier (12 décembre), tard dans la soirée, la presse a rapporté que le vice-président de la Commission européenne, Margaritis Schinas, fait également l’objet d’une enquête liée au « Qatargate », étant donné qu’il a récemment apporté publiquement son soutien au Qatar.

Son conseiller en communication, Vangelis Demiris, a réagi sur Twitter en déclarant que les allégations concernant une prétendue enquête sur M. Schinas sont « fausses, non fondées et trompeuses ».

Au cours d’une conférence de presse, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a refusé de répondre à la question de savoir si M. Schinas faisait l’objet d’une enquête, suscitant alors de vives réactions parmi les journalistes présents.

« Je sens que la présidente de la Commission européenne n’est pas à l’aise parce qu’elle sait qu’au bout du compte, ce ne sont pas seulement quelques membres du Parlement européen qui sont visés », a commenté Mme Aubry.

L’eurodéputée LFI a conclu en affirmant ne pas croire qu’il ne s’agit que de « quelques brebis galeuses ». Selon elle, le problème est bien plus étendu.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]