Mercato à la Commission européenne, bataille d’influence pour les postes clés
Exercice d’équilibriste à la fois politique et géographique, Ursula von der Leyen devrait présenter la semaine prochaine son équipe de commissaires et leurs portefeuilles. Une bataille d’influence avec le Parlement européen, qui pourrait tenter de barrer la route à certains prétendants, est attendue.
Exercice d’équilibriste à la fois politique et géographique, Ursula von der Leyen devrait présenter la semaine prochaine son équipe de commissaires européens et leurs portefeuilles. Une bataille d’influence avec le Parlement européen, qui pourrait tenter de barrer la route à certains prétendants, est ensuite attendue.
La présidente de la Commission européenne échangera mercredi 11 septembre dans la matinée avec les chefs de file du Parlement sur le sujet, avant une probable conférence de presse dans les heures ou les jours qui suivent.
Avant ce rendez-vous, la polémique a enflé à Bruxelles sur le manque de parité dans le futur exécutif européen. À ce stade, le casting pourrait compter dix femmes sur 27.
Réélue à la tête de la Commission en juillet, Ursula von der Leyen avait pourtant demandé à chaque État membre de présenter les noms d’un homme et d’une femme pour constituer un collège paritaire des 27 commissaires — un par État membre. Mais l’Allemande n’a guère été entendue, en dépit d’un léger rééquilibrage dans la dernière ligne droite.
Ursula von der Leyen « fait le job », « elle a raison » de pousser pour la parité même si « elle ne l’a peut-être pas dit assez tôt et assez fortement », estime l’eurodéputée française Valérie Hayer, à la tête des centristes du groupe Renew.
La semaine prochaine, les regards vont aussi se tourner vers l’attribution des plus grands portefeuilles, un signal quant au poids de chaque pays et aux orientations politiques de la nouvelle commission, après la poussée de l’extrême droite aux élections européennes du mois de juin.
Quid de l’écologie par exemple ? « Le climat est très clivant », souligne un diplomate européen. « L’agenda de la précédente mandature était très ambitieux » mais « [Ursula] von der Leyen a eu l’air de rétropédaler pendant la campagne », ajoute cette source, rappelant que les Verts ont perdu des sièges lors des élections.
En la matière, la candidature de la socialiste espagnole Teresa Ribera, ancienne ministre de l’Écologie, sera scruté avec attention. Son profil « très antinucléaire » pourrait crisper certains États, dont la France, affirme cette même source.
Autour du casting d’Ursula von der Leyen, c’est plus largement un « jeu de pouvoir et d’influence » qui s’engage, relève l’analyste Eric Maurice, de l’European Policy Centre.
« Victime expiatoire »
Une fois les noms et les portefeuilles annoncés, les candidats passeront dans les semaines suivantes sur le gril des eurodéputés, avec des auditions et un vote des commissions parlementaires concernées par les portefeuilles des aspirants commissaires.
En 2019, la Française Sylvie Goulard s’était ainsi vu barrer la route, comme des prétendants hongrois et roumain.
Cette fois encore « au moins deux ou trois commissaires vont pâtir des jeux de pouvoir entre groupes politiques et entre Parlement et Commission. Il y a toujours une victime expiatoire », prévient Eric Maurice.
Le Parlement européen va vouloir « montrer ses muscles », abonde Mujtaba Rahman, un autre expert de l’écosystème bruxellois membre de l’Eurasia Group.
Plusieurs sources européennes considèrent que le commissaire hongrois sortant Olivér Várhelyi est sur la sellette, pour avoir défendu avec trop de zèle les positions de Premier ministre nationaliste Viktor Orbán ou ne pas suffisamment respecter les eurodéputés.
Autre visage très clivant, l’Italien Raffaele Fitto, l’actuel ministre italien des Affaires européennes du gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni. Peut-il obtenir une vice-présidence de la Commission comme l’évoquait la presse allemande ? Ce serait « intenable », a prévenu Valérie Hayer.
Sur fond de querelles entre les sociaux-démocrates et la droite, l’audition du Luxembourgeois Christophe Hansen (Parti populaire européen, PPE), évoqué pour l’agriculture, pourrait être corsée également.
Côté français, Thierry Breton entend de nouveau obtenir un vaste portefeuille — dont les contours exacts ne sont pas encore connus — autour des questions industrielles.
Une fois achevé le ballet des auditions, un vote final doit intervenir en plénière du Parlement européen. Selon les péripéties pendant les auditions, la nouvelle commission pourrait entrer en fonction début novembre ou début décembre.
Pour l’heure, les spéculations sur les noms et attributions des prochains commissaires se poursuivent. « C’est une semaine bizarre de “wait and see” à Bruxelles », résume l’eurodéputée Renew Marie-Pierre Vedrenne.