Métaux critiques : la France devrait aller au-delà des 2 milliards de fonds

Le gouvernement a annoncé mercredi (10 mai) le lancement d’un fonds d’investissement pour les métaux critiques. 2 milliards, dont 500 millions financés par la Caisse des Dépôts, qui ne seraient qu'une première étape, selon Philippe Varin. 

Euractiv France
Informal meeting of EU economy and finance ministers and central bank governors
Bruno Le Maire, ministre français de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, s'exprime lors de la réunion informelle des ministres de l'Économie et des Finances de l'UE et des gouverneurs des banques centrales au XPO scandinave à Marsta, près de Stockholm, en Suède, le 28 avril 2023. [EPA-EFE/CAISA RASMUSSEN SWEDEN OUT]

Le gouvernement a annoncé mercredi (10 mai) le lancement d’un fonds d’investissement pour les métaux critiques. 2 milliards, dont 500 millions financés par la Caisse des Dépôts, qui ne seraient qu’une première étape, selon Philippe Varin. 

« Le gouvernement français s’apprête à lancer un fonds qui pourra allier capitaux privés et publics pour assurer le financement des filières minières », déclarait le ministre de l’Industrie, Roland Lescure, fin février, dans les colonnes d’EURACTIV France.

C’est chose faite : le gouvernement a annoncé mercredi (10 mai) le lancement d’un fonds pour les métaux critiques doté de plus de 2 milliards d’euros.

Depuis la fin de la pandémie de Covid-19, les exécutifs européens s’interrogent sur la stratégie à adopter pour que l’UE assure plus aisément sa sécurité d’approvisionnement en ressources. Un élément clé pour réussir la transition énergétique et écologique, plus encore depuis que la guerre en Ukraine interroge sur les partenaires privilégiés de l’UE.

En janvier, le président des États-Unis présentait l’Inflation Reduction Act, un programme de subventions des entreprises et technologies américaines doté de plusieurs centaines de milliards de dollars.

« Une bonne nouvelle pour la décarbonation mondiale », déclarait le ministre de l’Industrie, Roland Lescure, mais un défi pour l’économie européenne. 

En réponse, l’UE s’est dotée de deux textes.

Mi-mars, le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, présentait le Critical Raw Material Act (CRMA) pour que l’UE puisse au moins produire et disposer, sur son sol, de 15 % de ses besoins en métaux critiques, stratégiques et terres rares.

Le même jour, M. Breton et le commissaire au Climat, Frans Timmermans, présentaient le Net-Zero Industry Act (NZIA), avec l’ambition de redévelopper une industrie en Europe qui soit décarbonée et plus autonome. 

En France, le ministre de l’Économie, Bruno Le maire, a souhaité profiter des réflexions au niveau européen pour annoncer, le 5 janvier, des travaux préparatoires pour une loi « industrie verte », dont les jalons seront présentés par le président de la République jeudi (11 mai).

L’objectif est de redévelopper l’industrie en France pour dynamiser l’emploi et la recherche ; mais une industrie verte, pour atteindre les objectifs de décarbonation européens et internationaux.

« Nous voulons ancrer dans les territoires les nouveaux champions de cette révolution industrielle – hydrogène, voitures électriques, etc. », avançait M. Lescure.

D’ailleurs, le président de la République se rendra, vendredi (12 mai), à Dunkerque (Hauts-de-France) pour annoncer l’installation d’une nouvelle usine de fabrication de batteries électriques pour véhicules.

Pour cela, il est donc nécessaire de s’assurer des approvisionnements clés en matières critiques, comme le lithium ou le cobalt, indispensable à l’industrie de demain.

Par conséquent, « Nous soutenons la mise en place d’un fonds de souveraineté européen, qui permettra la mise en commun de ressources financières », déclarait M. Lescure.

Ce soutien est partagé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, mais aussi par Philippe Varin, ancien patron de PSA Peugeot-Citroën, Orano, Suez et du syndicat professionnel France Industrie.

M. Varin déclarait, dans nos colonnes, qu’il était nécessaire de développer un fonds européen doter « de quelques milliards » au moins, « ce qui n’est pas beaucoup en comparaison des 369 milliards de dollars d’investissements de l’IRA américain ».

Dans un rapport rendu au gouvernement en janvier 2022 sur la « sécurisation de l’approvisionnement de l’industrie en matières premières minérales », M. Varin défendait la même approche au niveau français.

2 milliards, et après ?

Cette approche vient donc d’être appliquée et un fonds de 2 milliards d’euros pour les métaux critiques va être lancé, a confirmé mercredi le gouvernement et la société de gestion qui gérera le fonds, InfraVia.

Dans un premier temps, l’État apportera 500 millions d’euros au fonds par le biais de la Caisse des Dépôts. Le reste pourra être comblé par des capitaux privés. Pour l’heure, le gouvernement n’a pas souhaité annoncer les entreprises qui pourraient participer au dispositif.

« Cette annonce est une bonne nouvelle, après une ‘longue maturation’ », confie M. Varin à EURACTIV France jeudi. Concernant le montant, il ne s’agit, selon lui, que d’un « niveau de départ ». Il faut donc « être préparé à son élargissement ».

Selon des sources du média Les Echos, relayées par l’AFP, le fonds « va permettre d’aller de manière ciblée et stratégique, prendre des participations », minoritaires dans des mines, des unités de transformation et de recyclage, en France, en Europe et dans le reste du monde. 

« Nous devons aller chercher les ressources minières partout où elles se trouvent, dans le cadre d’une stratégie cohérente et coordonnée, de l’exploitation des ressources jusqu’au recyclage », avait avancé le ministre M. Lescure. 

Les premiers investissements sont attendus pour 2024. Dans un premier temps, 10 à 15 projets pourraient être soutenus, note Le Figaro.