Migrations : l’Autrichien Magnus Brunner sous le feu des questions de la commission LIBE

Le commissaire désigné aux Affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, est auditionné par la commission LIBE du Parlement européen mardi 5 novembre, alors que les États membres poussent pour un durcissement de la politique migratoire européenne.

EURACTIV.com
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Le ministre autrichien des Finances, Magnus Brunner, s'exprime lors d'une conférence de presse le 17 avril 2023 à Vienne, en Autriche. [Heinz-Peter Bader/Getty Images]

Le commissaire désigné aux Affaires intérieures et à la Migration, Magnus Brunner, est auditionné par la commission des Libertés civiles, de la Justice et des Affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen mardi 5 novembre, alors que les capitales européennes poussent pour un durcissement de la politique migratoire de l’Union. 

Magnus Brunner a été chargé par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de superviser le portefeuille des Affaires intérieures et de la Migration, un dossier au combien sensible et pour lequel l’Autrichien ne semblait pas au premier abord être le candidat le plus évident.

La nomination de ce dernier en a surpris plus d’un à Bruxelles, alors que l’Autriche semblait lorgner un portefeuille économique, et que le parcours professionnel de Magnus Brunner ne semblait pas le prédisposer pour ce poste. Vienne a aussi toujours affiché une position très ferme sur les questions migratoires.

« [Magnus Brunner] est considéré comme très coopératif et il n’a jamais été un petit soldat du parti », nuançait il y a quelques semaines pour Euractiv Reinhard Heinisch, professeur de politique autrichienne à l’Université de Salzbourg, évoquant la position très ferme du Parti populaire autrichien (ÖVP, Parti populaire européen/PPE) sur l’immigration.

« Il a essayé de maintenir une certaine distance et a évité de prendre des positions idéologiques fortes. En ce sens, il se présente comme un personnage raisonnable », a ajouté Reinhard Heinisch.

Magnus Brunner est connu pour occuper depuis 2021 le poste de ministre autrichien des Finances. Il était auparavant Secrétaire d’État à l’Action climatique et à l’Énergie et il a une expérience du monde de l’entreprise.

Sur le grill

Les questions migratoires sont au cœur de l’actualité européenne ces dernières semaines, et les eurodéputés ne manqueront pas d’interroger Magnus Brunner sur les politiques qu’il compte mettre en place, alors que les États membres ont insisté lors du dernier Conseil européen sur la nécessité de trouver de « nouveaux moyens » pour lutter contre l’immigration clandestine.

À cette occasion, les capitales européennes ont plaidé en faveur d’une rationalisation des retours et ont exhorté la Commission à présenter de nouvelles propositions juridiques « de toute urgence ».

Une volonté confirmée dans une lettre envoyée aux États membres par Ursula von der Leyen en amont du Conseil et dans laquelle elle mentionne le « développement de centres de retour en dehors de l’UE » et fait référence à l’accord controversé signé entre l’Italie et l’Albanie pour externaliser certaines procédures d’asile.

Le sujet des retours, ainsi que celui des « centres de retour », devrait donc être au cœur des discussions, même si Magnus Brunner ne les a jamais mentionnés dans ses réponses écrites aux questions de la commission LIBE en octobre, pas plus que l’accord migratoire entre l’Italie et l’Albanie.

S’il est confirmé à son poste, l’Autrichien sera amené à travailler avec les États membres et les différentes agences de l’UE, afin de superviser l’application du Pacte sur la migration et l’asile récemment adopté, les plans nationaux de mise en œuvre de ce dernier devant être finalisés d’ici le 12 décembre prochain.

Les eurodéputés interrogeront aussi le commissaire désigné sur les changements qu’il souhaite apporter au règlement de l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes (Frontex), dont les missions doivent être élargies.

Magnus Brunner s’est en effet engagé à soutenir l’objectif de la Commission de tripler les effectifs du corps permanent de l’agence Frontex pour les porter à 30 000 personnes, ce qui nécessiterait des changements législatifs « par le biais d’une modification du règlement relatif au corps européen de garde-frontières et de garde-côtes ».

La réouverture des discussions sur le cadre existant pourrait être une arme à double tranchant, car elle pourrait « dépasser les discussions sur le corps permanent de Frontex », a mis en garde Anastasia Karatzas, analyste politique pour le think tank European Policy Centre.

L’éventuel renforcement des capacités de Frontex devrait par ailleurs être abordé lors des discussions sur le cadre financier pluriannuel pour la période 2028-2034, qui commenceront  l’année prochaine.

Reste à savoir si Magnus Brunner arrivera à influer politiquement sur la nouvelle Commission, alors que le présidente Ursula von der Leyen semble vouloir s’investir sur les questions migratoires.

[Édité par Anna Martino et Laurent Geslin]