Mort de Jean-Marie Le Pen : quand le président du FN faisait ses armes au Parlement européen
Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, qu'il a dirigé pendant près de quatre décennies, est décédé mardi 7 janvier, à l’âge de 96 ans. Retour sur sa carrière européenne prolifique.
Jean-Marie Le Pen, le fondateur du Front national (FN), qu’il a dirigé pendant près de quatre décennies, est décédé mardi 7 janvier, à l’âge de 96 ans. Et c’est au Parlement européen que l’ancien chef du parti d’extrême-droite a engrangé ses premières victoires.
Avant d’affronter Jacques Chirac au second tout de l’élection présidentielle de 2002, Jean-Marie Le Pen a fait ses armes sur les bancs du Parlement européen. Aux européennes du 18 juin 1984, le Front national réalise 11% des suffrages, permettant au mouvement d’extrême-droite de placer pour la première fois dix représentants à Strasbourg.
Jean-Marie Le Pen allait rester eurodéputé 35 ans presque sans interruption, jusqu’en 2019.
Encore marginalisé en France dans les années 1980, le FN – fondé en 1972 par des anciens Waffen-SS, des sympathisants néonazis et des nostalgiques de l’Algérie française -, a de fait profité de la formidable caisse de résonance que lui ont donné les institutions européennes pour élargir sa base électorale.
À la tribune, Jean-Marie Le Pen multiplie les attaques et les invectives. Accusé d’antisémitisme par un socialiste allemand en septembre 1988, il répond dans l’hémicycle : « L’antisémitisme se prouve. Mais conviction pour conviction, moi j’ai la conviction que Mr Arndt est un pédophile pro-arabe et à tendance sadique. »
En 1987, il avait qualifié l’utilisation des chambres à gaz de « détail » de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Jean-Marie Le Pen a également été accusé de torture, lorsqu’il était officier de l’armée française durant la guerre d’Algérie, qu’il rejoint en 1956.
« Une sorte d’ovni » à Bruxelles
« Pour les parlementaires européens, Jean-Marie Le Pen a longtemps été un ovni, un nationaliste du début du XX siècle qui hurlait une fois de temps en temps dans les couloirs », note le sociologue Erwann Lecoeur, spécialiste de l’extrême droite.
« Il n’était jamais présent à Strasbourg, il n’a jamais travaillé sur quoi que ce soit, il ne comprenait pas l’anglais et ne voulait pas le parler. Il s’est contenté de se servir des institutions européennes pour faire vivre son parti ».
Bloqué en France par le scrutin majoritaire, le FN accumule les succès sur la scène européenne et ces derniers lui permettent dans les années 1980 d’avoir des élus, et donc des cadres qui vont devenir des professionnels de la politique, ainsi que des moyens financiers.
Jean-Marie le Pen est d’ailleurs lors de ses premières années à Strasbourg loin d’être un pourfendeur de ce qui s’appelle encore La Communauté économique européenne (CEE), soutenant « l’Europe des nations » et la « civilisation européenne » face à la menace de l’Union soviétique.
Dans son premier programme présidentiel, en 1974, Jean-Marie Le Pen défend même une « européanisation des forces armées » : « Il est évident que la menace soviétique rend illusoire une défense française isolée et peu crédible une coalition disparate », peut-on lire dans le document exhumé par Libération.
Le virage idéologique du chef du parti d’extrême-droite s’effectue avec le référendum de Maastricht qui fonde l’Union européenne (UE) et l’intégration politique de ses États membres.
Le soir des résultats, le 20 septembre 1992, il estime que ce sont les « tenants du parti de l’étranger » qui l’ont emporté. Il n’aura de suite de cesse de dénoncer « le machin européen », fustigeant la bureaucratie de Bruxelles qui aurait pour objectif de « détruire les nations » du continent.
Le passage de Jean-Marie Le Pen au Parlement européen est aussi marqué par de multiples scandales financiers. Inculpé dans l’affaire des assistants du Parlement européen, tout comme sa fille Marine Le Pen – dont le verdict est attendu le 31 mars prochain -, Jean-Marie Le Pen est accusé par l’Office européen de lutte antifraude (Olaf) d’avoir indûment facturé entre 2009 et 2018 des frais de mandat d’eurodéputé, à hauteur de 300 000 euros.
« Figure historique de l’extrême-droite, il a […] joué un rôle dans la vie publique de notre pays pendant près de soixante-dix ans, qui relève désormais du jugement de l’Histoire », a sobrement indiqué l’Élysée dans un communiqué, soulignant que le président de la République exprimait « ses condoléances à sa famille et à ses proches ».
Jean-Marie Le Pen laisse derrière lui ses trois filles, Marine, Marie-Caroline et Yann, ainsi que sa seconde épouse, Jany.