Nouveaux partenariats OTAN-Asie-Pacifique : entre certitudes sur le fond et doutes sur la forme

L’OTAN intensifie sa coopération avec quatre pays clés de la région Asie-Pacifique, même si des divergences subsistent au sujet de la forme que prendra le rapprochement entre l’alliance militaire et la région.

EURACTIV.com depuis Vilnius
NATO ?secretary general and Lithuanian president meet ahead of NATO Summit
« Ce qu’il se passe dans la région indopacifique est important pour l’OTAN et ce qu’il se passe à l’OTAN est important pour la région indopacifique », a déclaré le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg. [EPA-EFE/TOMS KALNINS]

L’OTAN intensifie sa coopération avec quatre pays clés de la région Asie-Pacifique, même si des divergences subsistent au sujet de la forme que prendra le rapprochement entre l’Alliance et la région.

Les dirigeants des pays membres de l’OTAN devraient rencontrer leurs homologues de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, du Japon et de la Corée du Sud à Vilnius ce mercredi (12 juillet).

L’OTAN travaille sur de nouveaux programmes de partenariat adaptés à chaque pays et destinés à témoigner de sa solidarité avec les quatre partenaires dits « AP4 ».

La Chine en ligne de mire

L’objectif de l’OTAN est d’envoyer un message de solidarité aux pays « qui sont sur la même longueur d’onde » et soutiennent l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, au cas où un conflit éclaterait dans leur région, ont expliqué deux diplomates de l’OTAN à EURACTIV.

« Ce qu’il se passe dans la région indopacifique est important pour l’OTAN et ce qu’il se passe à l’OTAN est important pour la région indopacifique », a déclaré le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, s’exprimant aux côtés du Premier ministre australien Anthony Albanese en amont des discussions.

La menace de la Chine et les menaces nucléaires sont au cœur des efforts de défense des quatre États de la région indopacifique.

Si un conflit ouvert avec Pékin ou Pyongyang reste pour l’instant une perspective lointaine, les quatre partenaires se sont efforcés de mobiliser leur solidarité en cas de menace future, ont également indiqué des personnes qui ont participé aux pourparlers.

Si la menace de Moscou semble lointaine pour des pays comme l’Australie et la Nouvelle-Zélande, elle reste une préoccupation majeure pour le Japon, qui partage une frontière maritime avec la Russie et la Corée du Nord.

De nouvelles menaces

Les détails du partenariat sont élaborés pour correspondre aux souhaits et aux besoins des partenaires, ont expliqué à EURACTIV deux personnes au fait des discussions. Elles ont ajouté que les partenaires le considéraient comme une « mise à niveau » des relations avec l’alliance militaire occidentale, à la fois sur le plan concret et sur le plan symbolique.

La Corée du Sud cherche par exemple à étendre la coopération dans de « nouveaux domaines tels que la cybernétique et les nouvelles technologies, le changement climatique et l’industrie de la défense ».

Le partenariat du Japon portera sur « les menaces émergentes dans de nouveaux domaines tels que le cyberespace, l’espace extra-atmosphérique, les sciences et technologies de pointe ainsi que les chaînes d’approvisionnement et améliorera en conséquence notre résilience face aux menaces hybrides ».

La Nouvelle-Zélande, de son côté, cherche à mieux coopérer dans le domaine des menaces liées au changement climatique, des nouvelles technologies et de la cybernétique, a indiqué M. Stoltenberg à la presse.

L’Australie s’est montrée moins volubile sur la coopération future, qui devrait également porter sur l’échange d’informations entre les partenaires, a déclaré M. Stoltenberg.

Canberra a également manifesté son intérêt pour le renforcement de la coopération entre ses propres industries et les industries transatlantiques, notamment en ce qui concerne le développement de nouvelles technologies et les travaux relatifs aux défis liés à la cybernétique.

Pas de bureau au Japon

L’OTAN peine encore à déterminer comment le rapprochement avec la région Asie-Pacifique fonctionnerait exactement dans la pratique.

La France se montre particulièrement réticente à l’idée de déplacer l’attention de l’Alliance trop proche du territoire de la Chine, ce qui contraste avec le tournant américain vers la région. Paris a également été contrarié par l’accord AUKUS, dans le cadre duquel l’Australie a annulé sa commande de 12 sous-marins français au profit de modèles issus d’un partenariat entre les États-Unis et le Royaume-Uni.

La perspective d’ouvrir un bureau de liaison au Japon semble très éloignée, la France ayant rejeté l’idée le mois dernier, comme l’a rapporté le Financial Times.

« Nous n’y sommes pas favorables pour des raisons de principe », a souligné une source de l’Élysée avant le sommet de Vilnius.

« L’OTAN, c’est l’Atlantique Nord. […] Les autorités japonaises nous ont dit elles-mêmes qu’elles n’étaient pas très enthousiastes à l’idée d’ouvrir ce bureau », a ajouté la source.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]