Nucléaire : accord entre Engie et l’État belge sur la prolongation de deux réacteurs

Un accord sur la prolongation des réacteurs Doel 4 et Tihange 3 a été conclu entre l’énergéticien français Engie et le gouvernement fédéral belge, qui assureront ensemble la gestion à parité des deux unités de production. C’est ce qu’ont annoncé lundi le Premier ministre belge et la ministre de l’Énergie.

Euractiv.com
Doel Nuclear Power plant
La centrale nucléaire belge Doel 4, en 2019. [Julien Warnand/EPA-EFE]

Un accord sur la prolongation des réacteurs nucléaires Doel 4 et Tihange 3 a été conclu entre l’énergéticien français Engie et le gouvernement fédéral belge, qui assureront ensemble la gestion à parité des deux unités de production. C’est ce qu’ont annoncé lundi le Premier ministre belge et la ministre de l’Énergie lors d’une conférence de presse.

Conformément à la loi belge de 2003 sur la sortie du nucléaire, les réacteurs nucléaires de Doel 4 et Tihange 3 — les plus récents de Belgique — devaient cesser leur activité le 1er juillet 2025 et le 1er septembre 2025 respectivement.

Toutefois, des discussions entre Engie et le fédéral sont en cours depuis plusieurs mois sur leur prolongation.

Lundi (9 janvier), l’énergéticien français et le gouvernement fédéral belge ont finalement signé un accord pour la prolongation des deux réacteurs pour dix ans à partir de 2026.

« Décision importante pour la sécurité d’approvisionnement aujourd’hui. Premièrement, avec cette décision, les travaux peuvent commencer demain pour la prolongation des deux réacteurs les plus récents. Ensuite, avec cette décision, nous reprenons notre destin énergétique dans nos propres mains », a déclaré le Premier ministre belge Alexander De Croo lors de la conférence de presse.

Un contexte énergétique tendu

L’objectif de la prolongation de ces réacteurs est d’éviter des pénuries d’électricité en Belgique. Sans ces réacteurs, l’hiver 2026-2027 pourrait s’avérer difficile, et il en serait de même pour les cinq à dix hivers suivants, si l’on en croit les prédictions formulées par le Premier ministre cet été.

En effet, pour plusieurs responsables politiques et organisations telles que 100TWh ou encore le Forum nucléaire belge, le développement des énergies renouvelables et le recours à des centrales à gaz pour compenser la capacité de production perdue avec la fermeture de ces deux réacteurs nucléaires auraient été insuffisants. De plus, les perturbations découlant de la guerre russe en Ukraine et la crise énergétique qui en résulte ont également été prises en compte dans la décision belge, tout comme les incertitudes entourant le parc nucléaire français, de nombreux réacteurs étant actuellement à l’arrêt pour réparations dans le pays.

Par ailleurs, la ministre belge de l’Énergie, Tinne Van Der Straeten a souligné lors de la conférence de presse que cette décision permettrait d’obtenir « des prix moins volatils » sur le marché de l’électricité et « une plus grande indépendance énergétique ».

La ministre écologiste, avait auparavant défendu avec ferveur la sortie du nucléaire, un véritable cheval de bataille pour son parti (Groen), qui affirmait encore en septembre 2021 que « les études chiffrées montrent que la prolongation de deux réacteurs nucléaires au-delà de 2025 freinerait les investissements dans le renouvelable en Belgique ». Le contexte énergétique actuel a toutefois poussé la ministre à revoir sa position. « Aujourd’hui, nous franchissons une étape importante pour notre sécurité d’approvisionnement et la transition vers une énergie 100 % renouvelable », affirme-t-elle à présent sur Twitter.

En marge de la conférence de presse, le Premier ministre belge a confié à LN24 que l’approvisionnement de son pays était sécurisé pour les hivers à venir. « On est aujourd’hui un exportateur d’énergie et ce sera également le cas pour les prochains hivers. »

« Les centres de décision n’étaient plus en Belgique [et grâce à l’accord,] notre pays reprend le contrôle sur un élément très important de son approvisionnement en énergie », a-t-il poursuivi.

Le « deal » avec Engie

L’accord conclu valide la prolongation de Doel 4 et de Tihange 3 pour une durée de dix ans, qui devrait débuter en novembre 2026 puisque les réacteurs devront d’abord être arrêtés pour effectuer des travaux de maintenance et des travaux techniques. Cette prolongation relèvera de la responsabilité d’Engie et de l’État belge, qui cogéreront (50-50) les réacteurs et partageront les coûts et les bénéfices de l’activité de production d’électricité.

L’accord prévoit également le début immédiat des études environnementales et techniques nécessaires à l’obtention des autorisations liées à la prolongation. 

En échange de la prolongation, le français Engie a obtenu un plafonnement du coût de la gestion des déchets nucléaires, ce qu’il désirait depuis longtemps déjà, rapporte La Libre. Cependant, le montant exact de celui-ci n’a pas encore été révélé. En outre, si Engie ne parvient pas à atteindre l’objectif de réouverture fixé, c’est-à-dire novembre 2026, elle peut dire adieu à ce plafonnement. Engie a donc indiqué qu’elle allait mettre en œuvre ses « meilleurs efforts pour redémarrer en novembre 2026 les unités nucléaires de Doel 4 et Tihange 3 ».

Avant la fermeture de Doel 3 (1006 MW) en septembre dernier, la capacité totale de la centrale de Doel était de 2 935 mégawatts (MW), contre 3 008 MW pour Tihange. Ensemble, les deux seules centrales électriques de Belgique représentaient 50 % de la consommation annuelle d’électricité du pays, soit 42 milliards de kWh par an.

Doel 4 est le plus gros réacteur de Doel avec une capacité de 1 039 MW. Tihange 3 est également le plus gros réacteur de Tihange avec une capacité de 1 038 MW.

Un accord qui ne fait pas l’unanimité

Certains partis n’ont pas bien reçu l’accord conclu. Pour le parti de droite Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA) par exemple, l’incertitude concernant l’approvisionnement en électricité existe toujours.

« Il ne s’agit que de prolonger la durée de vie de deux réacteurs, peut-être à partir de 2026, et d’une participation de 50 % du gouvernement fédéral dans [la gestion de] ces réacteurs. Cela dépend d’une étude qui aura lieu dans les prochaines semaines sur les coûts liés au traitement des déchets nucléaires. Ce n’est que lorsque ceux-ci seront clairs que les Français signeront définitivement », a souligné le spécialiste énergie de la N-VA, rapporte Le Soir.

Peter Mertens, député du Parti du travail de Belgique (PTB), a réagi sur Twitter à l’annonce de l’accord en indiquant que l’énergie est « un jeu simple », où l’on on « négocie pendant une éternité et où, à la fin, c’est Engie qui gagne. On dirait bien que l’addition pour le coût des centrales nucléaires va être présentée aux contribuables [encore une] fois ».

« Avec ce nouvel accord avec Engie, les citoyens devraient payer […] pour éponger la facture des déchets nucléaires et de la prolongation. Ça se passe comme ça apparemment : les profits sont privatisés, les pertes sont socialisées. »

Pour François De Smet, du parti centriste Démocrate fédéraliste indépendant (DéFI), on se trouve face à « un accord en pointillé et sans garantie ».

« Jamais un chat dans un sac n’aura coûté aussi cher », estime-t-il. M. De Smet déplore notamment le fait qu’il s’agit uniquement d’une obligation « de moyens, pas de résultats » et que la prolongation n’est pas suffisante. De plus « plus aucune centrale » ne sera ouverte durant l’hiver 2025, selon lui.