Nucléaire : Engie et la Belgique scellent leur accord pour prolonger deux réacteurs
Le groupe français Engie a confirmé mercredi (13 décembre) son engagement à prolonger de dix ans, jusqu’en 2036, l’activité de deux réacteurs nucléaires en Belgique, dans le cadre d’une coentreprise à parts égales avec l’État belge, une configuration inédite.
Le groupe français Engie a confirmé mercredi (13 décembre) son engagement à prolonger de dix ans, jusqu’en 2036, l’activité de deux réacteurs nucléaires en Belgique, dans le cadre d’une coentreprise à parts égales avec l’État belge, une configuration inédite.
Au jour de l’adoption du texte final de la COP28, Alexander De Croo a estimé que l’entente avec l’énergéticien français était « la réponse » de la Belgique à cet appel mondial à l’abandon progressif des énergies fossiles.
Prolonger les capacités nucléaires, c’est « décarboner notre production d’électricité », a affirmé le Premier ministre belge, en insistant aussi sur les investissements en cours pour développer l’éolien offshore en mer du Nord.
En 2021, avant les fermetures de certains réacteurs, les deux centrales du pays, Doel (2 935 MW) et Tihange (3 008 MW), représentaient 50 % de la consommation annuelle d’électricité du pays, soit 42 milliards de kWh.
Le pays a néanmoins décidé de fermer deux réacteurs : d’abord Doel 3 (1 006 MW) l’année dernière, puis Tihange 2 (1 008 MW).
L’accord
En janvier, Engie et le gouvernement ont convenu de prolonger les deux réacteurs nucléaires les plus récents pour une période de 10 ans à partir de 2025 : Doel 4 (1026 MW) et Tihange 3 (1030 MW), qui auraient dû cesser leurs activités à partir de l’été 2025, conformément à la loi belge de 2003 sur la sortie du nucléaire.
Fin juin, Engie et le gouvernement belge avaient arrêté le contenu de leur accord sur le nucléaire.
Un accord définitif a finalement été signé mercredi. Ce dernier prévoit de « mettre en œuvre les meilleurs efforts pour redémarrer les unités de Doel 4 et Tihange 3 dès novembre 2025 », a déclaré Thierry Saegeman, patron d’Engie Belgique, lors d’une conférence de presse avec le Premier ministre belge Alexander De Croo.
L’accord avec Engie, qui était en négociations depuis début 2022, doit désormais être examiné par la Commission européenne, gardienne du respect de la libre concurrence dans l’UE.
Il se décline en plusieurs contrats et textes législatifs, dont l’un modifie la loi belge de 2003 qui prévoyait une sortie définitive du nucléaire fin 2025.
Concrètement, le groupe français va verser à l’État belge un montant forfaitaire de 15 milliards d’euros pour les coûts futurs liés au traitement des déchets. À cette somme s’ajoutent 8 milliards prévus pour le futur démantèlement des sept réacteurs exploités depuis un demi-siècle.
Mercredi, les deux partenaires ont aussi précisé que la création de leur coentreprise nécessitait un investissement « de 1,6 à 2 milliards » d’euros, qui sera partagé équitablement. Une telle coentreprise « c’est tout à fait nouveau […] c’est un grand défi », a souligné Thierry Saegeman.
Les conséquences de la guerre en Ukraine sur les prix de l’énergie ont accéléré la décision de l’exécutif belge de renoncer à cette sortie.
Prochaines étapes
Le vice-Premier ministre David Clarinval (Mouvement Réformateur, Renew) a salué l’accord sur X (anciennement Twitter).
« Nous avons aussi prévu la possibilité d’installer des SMR [petits réacteurs modulaires] en Belgique ! Et nous ne prenons aucune mesure qui empêcherait la prolongation d’autres centrales dans le futur », s’est-il réjoui.
Les différents textes de loi vont à présent être soumis pour avis au Conseil d’État avant l’étape du parlement. L’objectif est qu’ils soient votés début 2024, d’ici à la fin de la législature, selon le cabinet de la ministre belge de l’Énergie, Tinne van der Straeten.
Le dossier est sensible politiquement. Certains partis de la coalition au pouvoir (composée des socialistes, libéraux, verts et chrétiens-démocrates) souhaitent que d’autres réacteurs restent en activité plus longtemps. Une option à laquelle les écologistes s’opposent, souhaitant se limiter à deux prolongations.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]