Nucléaire, solaire, éolien : Emmanuel Macron esquisse le « destin énergétique de la France »

Multiplier par dix la capacité du solaire, déployer une cinquantaine de parcs éoliens en mer, construire 6 EPR 2 : en déplacement à Belfort jeudi 10 février, Emmanuel Macron a détaillé les axes de la stratégie énergétique de la France pour les prochaines décennies.

Euractiv France
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Selon le chef de l’Etat, « la clé pour produire cette électricité la plus décarbonée, la plus sûre, la plus souveraine, est justement, d’avoir une stratégie plurielle ». [EPA-EFE/Jean-Francois Badias / POOL / POOL POOL PHOTO MAXPPP OUT]

Multiplier par dix la capacité du solaire, déployer une cinquantaine de parcs éoliens en mer, construire 6 EPR 2 : en déplacement à Belfort jeudi 10 février, Emmanuel Macron a détaillé les axes de la stratégie énergétique de la France pour les prochaines décennies. 

Le président a commencé son discours par un constat : « Même si nous baissons de 40 % nos consommations d’énergie, la sortie du pétrole et du gaz à l’horizon de trente ans implique que nous remplacions une part de la consommation d’énergie fossile par de l’électricité » a signalé le président.

« Nous devrons être en mesure de produire jusqu’à 60 % d’électricité de plus qu’aujourd’hui, » a-t-il souligné, l’enjeu majeur étant que cette électricité soit décarbonée.

Selon le chef de l’Etat, « la clé pour produire cette électricité la plus décarbonée, la plus sûre, la plus souveraine, est justement, d’avoir une stratégie plurielle ».

Des choix énergétiques ET industriels

Une stratégie qui commence par des investissements dans les énergies renouvelables. « Nous devons accroître notre capacité à produire du renouvelable » a ainsi assuré Emmanuel Macron. Pour y parvenir, le président a promis notamment « la levée des barrières réglementaires tant que les projets sont acceptés localement ».

Parmi les objectifs concrets fixés par le chef de l’Etat, on peut citer « [la multiplication] par dix [de] la capacité du solaire d’ici 2050 » afin de « dépasser 100 gigawatts », l’augmentation de 10 % de la part du gaz renouvelable d’ici 2030, la création d’une cinquantaine de parcs éoliens en mer afin de « viser 40 gigawatts en service en 2050 », et la multiplication par deux de la capacité de l’éolien terrestre.

« Dès cette année, nous mettrons en activité le premier parc éolien en mer, au large de Saint-Nazaire » a indiqué Emmanuel Macron. Le président a indiqué que l’objectif était de développer non seulement une énergie décarbonée mais également une filière industrielle. «  Nous allons continuer de développer l’emploi industriel et les investissements pour que ces choix forts de l’éolien en mer soient accompagnés de créations d’emplois partout sur notre territoire. »

6 EPR 2 aujourd’hui, 8 autres demain? 

Le mix énergétique annoncé par Emmanuel Macron fait également la part belle au nucléaire, alors que la Commission européenne vient tout juste d’intégrer cette énergie dans la taxonomie verte censée faciliter son financement par des investisseurs privés. 

Le président a en effet indiqué la construction de 6 nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR 2. Côté calendrier, il vise un début de chantier « à l’horizon 2028, pour une mise en service du premier réacteur à l’horizon 2035. »

Emmanuel Macron envisage également la possibilité d’en construire huit autres. « Nous allons engager dès les semaines à venir les chantiers préparatoires : finalisation des études de conception, saisine de la Commission nationale du débat public, définition des lieux d’implantation de trois paires d’EPR, montée en charge de la filière. »

Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé la prolongation des réacteurs existants. « Je souhaite qu’aucun réacteur nucléaire en état de produire ne soit fermé à l’avenir, compte tenu de la hausse très importante de nos besoins électriques. Sauf évidemment, si des raisons de sûreté s’imposaient. » Le chef de l’Etat demande ainsi « à EDF d’étudier les conditions de prolongation au- delà de 50 ans en lien avec l’Autorité de sûreté nucléaire ».

Une stratégie contestée

Emmanuel Macron a expliqué ce choix de mix énergétique en s’appuyant notamment sur les scénarios de RTE. « Nous n’avons d’autre choix que de miser en même temps sur ces deux piliers [le nucléaire et les énergies renouvelables]. C’est le choix le plus pertinent d’un point de vue écologique et le plus opportun d’un point de vue économique. Enfin, le moins coûteux d’un point de vue financier. C’est donc pour cela que c’est le choix que nous allons poursuivre. »

Ces arguments ne suffisent pas à convaincre l’ensemble de la classe politique. Les annonces d’Emmanuel Macron sur le nucléaire ont notamment suscité de vives réactions sur Twitter. « Le nucléaire est un renoncement aux énergies alternatives » estime ainsi Jean-Luc Mélenchon

« La faute stratégique d’Emmanuel Macron sur le nucléaire aura coûté à la France des années de retard, des milliers d’emplois et des centaines de millions d’euros. Tous les revirements du monde ne rattraperont pas ce gâchis incroyable » déplore Bruno Retailleau, le président du groupe des Républicains au Sénat.

« Emmanuel Macron condamne la France à l’obsolescence énergétique et industrielle programmée jusqu’à la fin du siècle. 6 #EPR = 6 fiascos. Sans aucun débat et pour un coût équivalent au budget de l’hôpital public ! Irresponsable ! » assène, de son côté, Yannick Jadot.

Pour le président du think tank Equilibre des énergies, Brice Lalonde, en revanche, la vision du président « est cohérente ». L’ancien ministre de l’Environnement estime que « le nucléaire et les renouvelables sont complémentaires. Il faut planifier leur développement (…). La France fait aujourd’hui le choix d’une politique de l’énergie accessible, décarbonée, souveraine. »

Avant de mettre en oeuvre tous les projets annoncés, le chef de l’Etat souhaite mettre en place « une large concertation du public (…) au second semestre 2022 sur l’énergie, puis des discussions parlementaires se tiendront en 2023 pour réviser la programmation pluriannuelle de l’énergie ».