Numérique en santé : les propositions des candidats à l’élection présidentielle

Les porte-paroles santé d’Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Valérie Pécresse et Emmanuel Macron ont présenté jeudi 24 février le programme des candidats - ou presque candidat - à l’élection présidentielle en matière de numérique en santé.

Euractiv France
Senior,Female,Scientist,Discusses,Scientific,Data,With,Her,Laboratory,Assistant.
L’un des enjeux majeurs de la transition numérique dans le domaine de la santé a fait consensus parmi les porte-paroles : la fracture numérique. Aujourd’hui, un Français sur deux se déclare éloigné du numérique en santé, selon la Fondation Roche.   [Gorodenkoff/Shutterstock]

Les porte-paroles santé d’Anne Hidalgo, Yannick Jadot, Valérie Pécresse et Emmanuel Macron ont présenté jeudi 24 février le programme des candidats – ou presque candidat – à l’élection présidentielle en matière de numérique en santé. 

Organisé par la Fondation Roche et l’ONG WeTechCare, l’événement réunissait citoyens, acteurs du numérique, comme le Health Data Hub et Doctolib, et associations de santé, telles que France Assos Santé. 

L’occasion pour les quatre porte-parole des candidats à l’élection d’avril 2022 de donner le point de vue de leur groupe politique sur la numérisation des données de santé. 

L’un des enjeux majeurs de la transition numérique dans le domaine de la santé a fait consensus parmi les porte-paroles : la fracture numérique. Aujourd’hui, un Français sur deux se déclare éloigné du numérique en santé, selon la Fondation Roche.  

« Il existe déjà des inégalités d’accès aux soins dans notre pays, ça serait dramatique que le numérique qui est porteur d’évolution aggrave ces inégalités », a déclaré Paul Chalvin, porte-parole d’Anne Hidalgo, premier à se lancer dans l’arène. 

Le traitement des données de santé « ne doit pas remplacer le fonctionnement de la santé au quotidien. Cela vient en plus, cela doit l’améliorer mais cela ne doit pas remplacer la relation médecin/malade », a averti de son côté François Braun, porte-parole de la République en Marche. 

Avant d’ajouter que « le numérique en santé n’a d’intérêt que s’il améliore la santé de nos concitoyens ou s’il améliore les conditions de travail des soignants ». 

En évoquant les patients justement, M. Braun a souligné qu’avoir accès aux informations des patients sera une « richesse phénoménale » pour le personnel de santé. 

Mais la fracture du numérique ne s’explique pas seulement par les compétences limitées de certaines personnes en informatique. « Il faut qu’il y ait des infrastructures qui n’existent pas aujourd’hui », a relevé Philippe Juvin, porte-parole de la candidate Les Républicains Valérie Pécresse, faisant référence notamment à des zones géographiques captant à peine la 3G. 

Éviter les discriminations 

Pour les écologistes, le stockage et la gestion des données de santé pose un autre « problème essentiel » : la question de la « discrimination » et de la « stigmatisation », indique Bechir Sacket, porte-parole de Yannick Jadot (Europe Écologie les Verts). 

Des associations représentant des personnes transgenres ont interpellé mercredi (23 février) le cabinet du Premier ministre et le Conseil du numérique en santé, a rapporté le porte-parole d’EELV. 

« Étant donné qu’il y a une stigmatisation, qui est reconnue dans le milieu médical, des personnes trans, il y a une inquiétude que la mise en place du fichier commun Mon espace santé (MES) puisse rendre possible un certain nombre de discriminations », alerte ce dernier. 

Lancé le 3 février dernier, Mon espace santé est un site en ligne qui permet aux Français de centraliser toutes leurs données de santé. Les professionnels de santé peuvent aussi y avoir accès. 

« Il est bon d’ouvrir les données, mais il est bon de s’interroger sur qui peut y avoir accès », poursuit le porte-parole EELV, précisant que les Verts seraient favorables à la mise en place d’un Conseil d’éthique afin de « faire des préconisations sur ces questions ». 

« C’est toujours compliqué pour un écologiste de parler de la e-santé, car nous sommes pour la sobriété énergétique et contre la 5G pour des raisons écologiques », a déclaré Bechir Sacket, avant de reconnaître dans la foulée « le sens et l’intérêt du développement du numérique en santé ».

Au PS, même son de cloche. « Il serait dramatique que des patients, dans la manière dont ils interagissent avec leur médecin, ne donnent pas une information par crainte que cette information ensuite soit piratée ou utilisée avec malveillance », a alerté M. Chalvin, représentant d’Anne Hidalgo. 

Protéger les données des patients

Au-delà des discriminations, le stockage des données pose la question de la sécurité des données des patients. 

Si « en matière de numérique, l’État doit assurer la sécurité des données », selon Philippe Juvin, « il doit faire son travail, mais ne doit faire que son travail ».

En d’autres termes, « la question de la souveraineté européenne de stockage de données est absolument fondamentale », a précisé Philippe Juvin qui s’est dit « frappé » par « l’échec retentissant » du Health Data Hub, plateforme de données de santé créée en novembre 2019 ayant pour but de faciliter le partage de ces données. 

 « Nous sommes incapables d’avoir des systèmes européens qui puissent assurer la sécurité des données. Un système français, c’est quasiment un fantasme à ce stade », avait fustigé quelques minutes plus tôt M. Sacket. 

Le virage du numérique en santé et les épineuses questions qu’il soulève ne sont pas nouveaux. Au cours du quinquennat d’Emmanuel Macron, des investissements ont été réalisés en ce sens, notamment dans le cadre du Ségur du numérique qui doit permettre l’investissement de deux milliards d’euros dans ce domaine, dont une partie pour MES, a rappelé M. Braun. 

« Le numérique en santé n’est plus un fantasme mais une réalité quotidienne », a-t-il ainsi résumé. 

Nul doute que cette « réalité quotidienne » sera un réel défi transversal pour le nouveau locataire de l’Élysée, à la fois enjeu de santé publique et de sécurité numérique.