Ocean Viking : la première vraie crise diplomatique entre France et Italie ?

Le gouvernement français a dénoncé jeudi (10 novembre) l’attitude « incompréhensible et inacceptable » de l’Italie qui a refusé d’accueillir les passagers du navire Ocean Viking, depuis plus de 15 jours en mer, ouvrant peut-être ainsi la première crise diplomatique entre les deux pays.

Euractiv France
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Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, en octobre dernier à l'Elysée, après un Conseil des ministres. [EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT-TESSON]

Le gouvernement français a dénoncé jeudi (10 novembre) l’attitude « incompréhensible et inacceptable » de l’Italie qui a refusé d’accueillir les migrants passagers du navire Ocean Viking, depuis plus de 15 jours en mer, ouvrant peut-être ainsi la première crise diplomatique entre les deux pays.

Au sortir du Conseil des ministres jeudi (10 novembre), le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé que la France accueillera « à titre exceptionnel » le navire Ocean Viking de l’ONG SOS Méditerranée et a durement attaqué le gouvernement italien de Giorgia Meloni, en fonction depuis moins de trois semaines.

Habituellement animée par le porte-parole du gouvernement seul, la présence du ministre de l’Intérieur à la conférence de presse de fin de Conseil des ministres est une preuve supplémentaire de la gravité de la crise entre France et Italie.

Violation du droit international par l’Italie

« La situation humanitaire sur le navire Ocean Viking […] appelle une action immédiate », a déclaré le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

Les 234 personnes à bord, toutes secourues en mer après les naufrages de leurs embarcations, courent des « risques très importants » après plus de 15 jours de navigation. Parmi eux, 57 enfants et des malades.

La France accueillera donc l’Ocean Viking en son port militaire de Toulon, mais juge que le navire se trouvait « sans aucune contestation possible sur la zone de recherche et de secours italienne ».

D’où la colère française : pour le ministre de l’Intérieur français, il n’y avait « aucun doute, au regard du droit international et au droit de la mer, que c’était à l’Italie de désigner immédiatement un port sûr pour accueillir ce bateau ».

L’Italie n’ayant pas procédé en ce sens, les autorités françaises ont « décidé de pallier [le] comportement inacceptable du gouvernement italien » et, a expliqué le ministre, « la France regrette très profondément que l’Italie ait pris le parti de ne pas se comporter comme un État européen responsable ».

Mesures de rétorsion

Des mots d’une rare dureté envers un partenaire historique comme l’Italie, accompagnés de mesures de rétorsion de la part de la France.

Alors que la France devait procéder à 3 500 relocalisations de réfugiés pour l’année 2023, au bénéfice de l’Italie, le ministre a expliqué qu’elle « suspend l’ensemble des relocalisations […] et appelle tous les autres participants au mécanisme européen, notamment l’Allemagne, à en faire de même ».

L’Allemagne s’était elle aussi engagée à relocaliser 3 500 personnes et n’a pas, au moment de la rédaction de cet article, indiqué si elle suivrait la France ou pas.

À cela s’ajoutera un « renforcement des contrôles aux frontières intérieures [de la France] avec l’Italie ». Mais surtout, a annoncé M. Darmanin, poids lourd des macronistes, cet épisode aura des « conséquences extrêmement fortes sur la relation bilatérale et sur la relation entre l’Europe et le gouvernement italien ».

Un effet boomerang assumé par le gouvernement français, pour mettre Giorgia Meloni et son gouvernement face à ses contradictions, et surtout lui montrer que ce type d’actes emportent des conséquences.

En effet, souligne M. Darmanin, « l’Italie a depuis plusieurs jours accepté plusieurs bateaux d’ONG sur son sol ». Or, elle ne l’a pas fait pour l’Ocean Viking, ce qui pourrait laisser entrevoir une attitude relevant davantage de la communication interne envers sa propre opinion publique.

Solidarité et réponse européennes

En tout état de cause, « l’Italie se met en dehors de la solidarité européenne et de ses engagements », ce qui ne peut qu’avoir des « conséquences extrêmement fortes sur la relation bilatérale [franco-italienne] et sur la relation entre l’Europe et le gouvernement italien », détaille le ministre français.

Si « l’Italie [n’a] pas été au rendez-vous de ce devoir d’humanité », c’est bien « le gouvernement italien [qui] est perdant » dans cette histoire, et qui paie les conséquences de s’être placé « en dehors de la solidarité européenne et de ses engagements ».

Le ministre français de l’Intérieur a également annoncé que la France, l’Allemagne et la Commission européenne organiseraient « une réunion permettant de tirer les conséquences de l’attitude italienne [et] de mieux réguler les actions de secours en mer par les navires d’ONG en Méditerranée ».

Il assure aussi avoir échangé avec nombre de ses homologues européens, qui « tous sont conscients qu’il faut désormais organiser les choses différemment pour pas que l’Italie puisse profiter de la solidarité tout en étant égoïste ».

Alors que « l’Italie devait accueillir ces personnes », M. Darmanin va même jusqu’à évoquer la possibilité de « suites juridiques » de la décision du gouvernement de Mme Meloni, qui, fustige-t-il à nouveau, est « inacceptable et incompréhensible » et montre le « manque d’humanité et de professionnalisme » des autorités italiennes.