PAC : un budget trop restreint pour faire face aux crises futures, selon le commissaire à l’Agriculture
Un budget plus conséquent doit venir renforcer la prochaine Politique agricole commune (PAC) pour faire face aux crises futures. C’est ce qu’a confié le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski à EURACTIV lors d’un entretien.
Un budget plus conséquent doit venir renforcer la prochaine Politique agricole commune (PAC) pour faire face aux crises futures. C’est ce qu’a confié le commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski à EURACTIV lors d’un entretien, tout en soulignant la nécessité d’équiper les agriculteurs de davantage d’outils de gestion de crise.
L’Union européenne dispose actuellement de l’un des programmes de subventions agricoles les plus importants au monde, qui représente 270 milliards d’euros, soit l’équivalent d’un tiers du budget de l’UE.
Toutefois, selon M. Wojciechowski, cette enveloppe est insuffisante pour faire face à la multitude de crises auxquelles le secteur sera confronté à l’avenir.
« Nous avons besoin d’une PAC plus robuste, ce qui signifie que nous avons également besoin de plus d’argent dans le budget de la PAC », a-t-il expliqué à EURACTIV lors d’un entretien en marge d’une audition au Parlement européen cette semaine.
Soulignant qu’entre la pandémie de Covid et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le secteur a connu une « crise quasi permanente » au cours des dernières années, le commissaire a prévenu que cela représentait un « risque sérieux » pour la sécurité alimentaire.
« Dans une perspective à long terme, il sera impossible d’assurer la sécurité alimentaire avec un budget aussi restreint », a-t-il averti, critiquant le fait que le budget actuel de la PAC, qui représente 0,4 % du PIB de l’UE, fait pâle figure en comparaison de ceux d’autres domaines politiques tels que la sécurité militaire, où ce chiffre s’élève à plus de 2 %.
« C’est notre défi : une PAC plus robuste pour la période post-2027 », a-t-il déclaré.
2023 : activation du fonds de crise
Pour le commissaire européen, la même logique devrait être étendue au fonds de réserve pour les crises.
Ce fonds — activé pour la première fois en avril — peut être utilisé pour financer des mesures exceptionnelles visant à lutter contre les perturbations du marché affectant la production ou la distribution.
Mais, selon le commissaire, cette somme n’est pas à la hauteur de ce qui est nécessaire pour soutenir les agriculteurs dans les moments difficiles.
« Il ne s’agit que de 500 millions d’euros, ce qui représente à peine 3 euros par hectare de terres agricoles dans l’UE », a-t-il expliqué, soulignant que la PAC ne dispose pas de suffisamment d’instruments pour faire face à une crise.
À ce titre, les agriculteurs de demain doivent également être dotés de « davantage d’instruments de gestion de crise », estime le commissaire, qui a également ajouté que le fonds de réserve de crise « sera probablement activé l’année prochaine ».
Un financement de la PAC centré sur les agriculteurs
Le commissaire européen à l’Agriculture s’est également dit préoccupé par le fait que le budget actuel de la PAC — sur lequel on compte de plus en plus pour financer les objectifs de la politique alimentaire phare de l’UE, la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork) — est trop restreint.
En juillet, par exemple, l’exécutif européen a annoncé que le programme de subventions agricoles de l’UE serait modifié pour financer ses plans de réduction des pesticides. Plus récemment, une ébauche de la prochaine communication de l’UE sur les engrais s’appuie également très largement sur la PAC pour soutenir le secteur face à la crise des engrais.
Si M. Wojciechowski reconnaît que l’industrie des engrais fait partie de l’écosystème alimentaire de l’UE, le financement pour les engrais devrait être trouvé ailleurs.
« Le budget de la PAC devrait être, avant tout, destiné aux agriculteurs », a-t-il déclaré avant d’ajouter qu’il est « généralement contre le fait de dépenser l’argent de la PAC pour d’autres objectifs [qui ne sont] pas directement destinés aux agriculteurs ».
Au lieu de cela, le commissaire a appelé à « davantage de synergie » entre la PAC et d’autres politiques, telles que la politique de cohésion et les fonds de relance, soulignant que les politiques devraient être « complémentaires ».
Il en va de même pour l’avenir du Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader), qui est actuellement financé par la PAC.
« Mais il devrait être financé par d’autres fonds également, comme les fonds de cohésion et de relance », a-t-il déclaré.
Le Parlement, une « force d’équilibre » pour la durabilité
Par ailleurs, le commissaire s’est dit favorable à un rôle important du Parlement européen dans la réforme de la politique de subventions agricoles du bloc.
En effet, le Parlement a contribué à équilibrer « l’approche durable d’un côté et l’accent mis sur la productivité de l’autre ».
Il a également joué un rôle clé dans la préservation de la dimension communautaire de la PAC, soulignant que la dernière réforme, qui visait à offrir une plus grande flexibilité aux États membres, risquait d’en faire un instrument plus national que communautaire.
Le commissaire européen a conclu en affirmant que ce risque a finalement été évité, et que le Parlement européen a joué un rôle très important pour cela.