Paix en Ukraine : les Européens veulent rester impliqués

Le sommet de vendredi dernier en Alaska entre Donald Trump et Vladimir Poutine a suscité de vives critiques en Europe, où les dirigeants tentent désormais de peser sur la suite des négociations.

AFP / EURACTIV.com
Trump, Putin set to hold closed-door talks on Ukraine
Donald Trump et Vladimir Poutine en Alaska le 15 août 2025. [Getty Images/Kremlin Press Office_Anadolu]

Samedi 16 août, le président américain Donald Trump a exclu tout cessez-le-feu immédiat entre la Russie et l’Ukraine à l’issue de son sommet avec le président russe Vladimir Poutine la veille. Il a affirmé qu’un accord de paix direct serait finalement nécessaire pour mettre fin à la guerre.

Si la Maison-Blanche et le Kremlin ont tous deux souligné des points d’accord lors de leurs discussions en Alaska, aucune avancée n’a été réalisée pour aboutir à un cessez-le-feu dans ce conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts jusqu’à présent.

Réactions européennes

Après la rencontre, plusieurs responsables politiques européens ont fustigé l’absence de résultat concret.

Pour la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, la Russie n’a pas l’intention de mettre fin à cette guerre d’elle-même. Vladimir Poutine a quitté Anchorage, où se tenait la réunion avec Donald Trump, sans prendre aucun engagement pour mettre fin à la guerre. « L’Europe continuera donc à soutenir l’Ukraine, notamment en travaillant sur un 19e paquet de sanctions contre la Russie », a-t-elle encore ajouté sur X.

« Ce à quoi nous avons eu droit pendant deux heures et demie était une parodie », a commenté Marie-Agnès Strack-Zimmermann, présidente de la commission Sécurité et Défense (SEDE) du Parlement européen, au journal allemand Die Welt. Elle a accusé Donald Trump d’avoir « complètement perdu sa boussole morale ».

Pour elle, le seul résultat de cette rencontre est « que [Vladimir] Poutine est de retour sur le tapis rouge de la scène internationale ».

Même constat du côté de l’ancien ambassadeur allemand à Washington, Wolfgang Ischinger, qui a résumé : « Pas de cessez-le-feu, pas de paix. Aucun progrès réel – un 1-0 clair pour Poutine. Pas de nouvelles sanctions. Et pour les Ukrainiens : rien. »

Les capitales d’Europe centrale et orientale se sont montrées particulièrement critiques.

Si le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan Lipavsky, a salué les efforts de Washington en faveur de la paix, il a averti samedi que « le problème est l’impérialisme russe, pas le désir de l’Ukraine de vivre librement. […] Si Poutine était sérieux au sujet des discussions de paix, il n’aurait pas attaqué l’Ukraine toute la journée aujourd’hui ».

La ministre lituanienne à la Défense, Dovilė Šakalienė, a dénoncé les « menaces voilées » du président russe et qualifié de « manipulation » son avertissement à l’Ukraine et à l’UE de ne pas saboter les pourparlers.

Le Hongrois Viktor Orbán, fidèle à sa ligne habituelle, a quant à lui loué la rencontre entre les deux présidents : « Durant des années, nous avons vu les deux plus grandes puissances nucléaires démanteler leur coopération […]. Cela est désormais terminé. Le monde est aujourd’hui plus sûr qu’hier ».

D’un cessez-le-feu à un « grand accord de paix », Donald Trump change de cap

Alors qu’il avait fait du cessez-le-feu une priorité, Donald Trump a surpris en annonçant dès le lendemain du sommet qu’il visait dorénavant un accord de paix global, même sans cessez-le-feu.

Sur la chaîne télévisée américaine conservatrice Fox News, il a précisé que l’Europe « devait s’impliquer un peu » dans le processus de paix, mais que la responsabilité principale revenait au président ukrainien Volodymyr Zelensky. De son côté, Vladimir Poutine a fait savoir qu’il souhaitait que les Européens soient exclus des négociations. Le président russe les a expressément mis en garde contre toute « tentative visant à perturber ces progrès naissants par des provocations ou des intrigues en coulisses ».

Volodymyr Zelensky a insisté sur le fait qu’« une vraie paix durable doit être atteinte, pas seulement une nouvelle pause entre deux invasions ». Plus tard, il a rappelé que Moscou rejette les appels au cessez-le-feu, ce qui complique les perspectives d’accord.

 

Vers une rencontre Trump-Poutine-Zelensky ?

Donald Trump a laissé entendre qu’il souhaitait organiser une rencontre en sa présence, avec Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky, dès cette semaine, possiblement en Europe.

Le chancelier allemand Friedrich Merz a confirmé cette information, ajoutant que les Européens avaient « proposé qu’un lieu soit trouvé en Europe ». Mais une telle perspective se heurte au mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale contre le président russe, qui rendrait difficile cette éventualité.

En attendant, les Européens multiplient les concertations. Dimanche, Emmanuel Macron, Friedrich Merz et le Premier ministre britannique Keir Starmer ont réuni en visioconférence la Coalition des volontaires pour discuter des pourparlers de paix. Volodymyr Zelensky était également présent.

« Si des progrès ont été réalisés, la prochaine étape doit être la poursuite des discussions avec Volodymyr Zelensky », a expliqué Keir Starmer.

Lundi 18 août, Ursula von der Leyen et d’autres responsables européens sont à Washington alors que Donald Trump y rencontre le président ukrainien à 19h, heure française. Ensuite, les dirigeants européens se joindront à eux.

« À la demande du président Zelensky, je participerai demain à la réunion avec le président Trump et d’autres dirigeants européens à la Maison-Blanche », a déclaré la présidente de la Commission européenne.

Les dirigeants européens tiendront une « réunion préparatoire » avec le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy avant des discussions cruciales avec Donald Trump à Washington, a annoncé l’UE lundi. L’ordre du jour d’Ursula von der Leyen, publié par la Commission européenne, indique que cette réunion aura lieu avant une réunion multilatérale avec Trump à la Maison Blanche. Aucun autre détail n’a été fourni.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, Emmanuel Macron, Friedrich Merz, Keir Starmer, la Première ministre italienne Giorgia Meloni et le président finlandais Alexander Stubb seront aussi présents à Washington. Ces deux derniers entretiennent par ailleurs de bonnes relations avec Donald Trump.

Seront notamment évoquées les garanties de sécurité et d’éventuelles concessions territoriales.

Garanties de sécurité

Au cœur des débats donc, la question des garanties de sécurité pour l’Ukraine.

Sur X, Emmanuel Macron avait appelé samedi à ce qu’un futur accord comprenne des « garanties de sécurité indéfectibles » et a mis en garde contre la « propension bien établie de la Russie à ne pas tenir ses propres engagements ».

De son côté, Donald Trump a évoqué un mécanisme inspiré de l’article 5 de l’OTAN, signifiant que Kiev bénéficierait de la sécurité collective sans toutefois mentionner d’adhésion formelle à l’Alliance, afin de ménager Moscou.

L’envoyé spécial de Donald Trump en Russie, Steve Witkoff, a déclaré dimanche sur CNN que le président américain et son homologue russe s’étaient mis d’accord sur des « garanties de sécurité solides » pour l’Ukraine.

Mais Volodymyr Zelensky, s’exprimant aux côtés de la présidente de la Commission dimanche, a rejeté l’idée que la Russie offre des garanties de sécurité à son pays.

Plus tard, sur X, il a ajouté que la participation des Etats-Unis aux garanties de sécurité pour l’Ukraine était une « décision historique ». « Les garanties de sécurité […] doivent être très concrètes, assurer une protection sur terre, dans les airs et en mer, et être élaborées avec la participation de l’Europe », a-t-il précisé.

Ursula von der Leyen a salué « la volonté de Donald Trump de contribuer à des garanties de type Article 5 » et assuré que l’Union européenne était prête à « faire sa part ».

La question territoriale, un sujet explosif

Selon plusieurs sources, Vladimir Poutine a demandé à Donald Trump que l’Ukraine se retire des régions de Donetsk et de Louhansk, en échange d’un gel des lignes de front à Kherson et Zaporijia.

« Le président ukrainien a refusé de quitter le Donbass », a indiqué un responsable proche des pourparlers.

Lors d’une conférence de presse aux côtés de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dimanche à Bruxelles, Volodymyr Zelensky s’est montré ferme : « La Constitution ukrainienne rend impossible toute cession de territoire ». Étant donné l’importance du sujet, il a ajouté que « la question territoriale ne devrait être discutée que par les dirigeants ukrainiens et russes lors d’une réunion trilatérale entre l’Ukraine, les États-Unis et la Russie ». Mais, a-t-il averti, « jusqu’à présent, la Russie n’a donné aucun signe qu’une telle réunion trilatérale aura lieu. Et si la Russie refuse, de nouvelles sanctions devront suivre ».

De son côté, Ursula von der Leyen a rappelé que « les frontières internationales ne peuvent pas être modifiées par la force ». Le chancelier allemand Friedrich Merz a quant à lui assuré sur la chaîne ARD que Donald Trump « n’avait fait aucune concession à Moscou concernant le territoire ukrainien ».

Dans une déclaration commune publiée samedi, plusieurs dirigeants européens insistent sur le fait que « les frontières internationales ne doivent pas être modifiées par la force ».

La Russie occupe actuellement environ 20 % du territoire ukrainien (sans compter la Crimée, annexée en 2014).

Sanctions et unité occidentale

La déclaration commune de samedi, signée par Ursula von der Leyen, Emmanuel Macron, Giorgia Meloni, Friedrich Merz, Keir Starmer, Alexander Stubb, le Premier ministre polonais Donald Tusk, et le président du Conseil européen Antonio Costa, rappelle la ligne dure des Européens.

« Nous continuerons à renforcer les sanctions et les mesures économiques plus larges afin d’exercer une pression sur l’économie de guerre russe jusqu’à ce qu’une paix juste et durable soit rétablie », peut-on lire dans la déclaration.

Les signataires ont exprimé leur volonté de « travailler avec le président Donald Trump et le président Zelensky en vue d’un sommet trilatéral avec le soutien de l’Europe ». Ils ont également insisté sur le fait que Moscou « ne peut avoir de droit de veto » sur l’adhésion éventuelle de l’Ukraine à l’Union européenne ou à l’OTAN.

L’UE prépare son 19e paquet de sanctions, attendu pour début septembre.

(asg)