Paraguay : controverse politique sur une aide de l'UE à l'éducation

Une aide de l'Union européenne à l'éducation au Paraguay agite la classe politique de ce pays d'Amérique du Sud, après son rejet par les députés qui ont argué d'un risque d'interférence dans les programmes, notamment sur les questions de genre, ce qu'a démenti l'UE.

Le palais législatif, siège de Congrès du Paraguay, situé dans la capitale Asunción [Don Mammoser/Shutterstock]

Une aide de l’Union européenne à l’éducation au Paraguay agite la classe politique de ce pays d’Amérique du Sud, après son rejet par les députés qui ont argué d’un risque d’interférence dans les programmes, notamment sur les questions de genre, ce qu’a démenti l’UE.

Dans un communiqué lundi (5 décembre), la délégation de l’UE à Asuncion a exprimé sa « profonde préoccupation face au projet de loi visant à abroger la convention de financement » entre l’UE et le Paraguay.

« Nous regrettons la désinformation engendrée et les éventuelles répercussions », poursuit le texte, auquel se sont associées les ambassades de pays membres de l’UE et du Royaume-Uni au Paraguay.

La semaine dernière, la Chambre basse a approuvé une dérogation à un accord de financement entre l’UE et le Paraguay, qui bloquerait le déboursement de 38 millions d’euros. Le projet de dérogation doit à présent passer devant le Sénat.

Le refus, a expliqué le chef du groupe du Parti Colorado (conservateur) au pouvoir, Basilio Nuñez, est motivé par « la pression » pour que l’aide soit liée à un projet de « transformation éducative » visant à introduire « l’idéologie de genre » dans l’enseignement, et placer « la société au-dessus de la famille en tant que garante des enfants ».

L’UE assure qu’ « elle ne décide pas du contenu du schéma éducatif au Paraguay. Cette responsabilité revient aux autorités nationales ».

Elle a rappelé en outre que l’aide, dont 47 millions d’euros sur 85 ont déjà été exécutés, est destinée « aux priorités définies par le secteur éducatif », notamment « kits scolaires, alimentation, textes éducatifs et infrastructure ». Et qu’elle est « sans conditions ».

Le président paraguayen Mario Abdo Benitez, également du Parti Colorado, mais d’un courant distinct, a dénoncé le vote « immature » des députés.

Il y a vu une « manœuvre électorale et une manipulation », peu avant les primaires du 18 décembre en vue de la présidentielle d’avril 2023. Lui-même et son prédécesseur à la présidence, Horacio Cartes, y soutiennent des candidats rivaux.

À l’inverse, des parlementaires opposés au chef de l’Etat le soupçonnent de vouloir tirer profit politique des retombées de l’aide européenne dans le cadre de la campagne.

M. Abdo a assuré qu’il utiliserait son veto pour empêcher que l’aide européenne ne soit suspendue si le Sénat votait comme la Chambre basse, ce qui aurait pour effet de renvoyer le texte devant les sénateurs, où il aurait alors besoin d’une majorité renforcée.