Parlement européen : le président du PPE se réjouit d'une majorité avec le groupe d'extrême droite CRE

Manfred Weber, président du PPE de centre-droit, a salué ses propres efforts visant à bâtir une « majorité élargie » qui pourrait rassembler les deux grandes franges politiques du Parlement européen et inclure les Conservateurs et Réformistes européens d’extrême droite.

/ EURACTIV
European Parliament session in Strasbourg
Manfred Weber, président de groupe du Parti populaire européen (PPE). [EPA-EFE/TERESA SUAREZ]

Manfred Weber, président du Parti populaire européen (PPE) de centre-droit, a salué ses propres efforts pour bâtir une « majorité élargie » qui pourrait rassembler les deux grandes franges politiques du Parlement européen et inclure les Conservateurs et Réformistes européens (CRE) d’extrême droite.

Alors que le vote pour confirmer la future Commission européenne se déroule mercredi 27 novembre en plénière du Parlement, l’issue semble déjà scellée : le nouveau Collège de commissaires d’Ursula von der Leyen (PPE) recevra le soutien des eurodéputés et prendra bel et bien ses fonctions le 1er décembre. C’est toutefois ce que pense une douzaine de législateurs et de conseillers avec lesquels Euractiv s’est entretenu.

Une personne se réjouit particulièrement de cette approbation rapide : le président du PPE, l’Allemand Manfred Weber. Son groupe, le plus grand du Parlement européen, est parvenu à faire valider tous les commissaires désignés appartenant à sa famille politique, soit une quinzaine.

Manfred Weber est également convaincu qu’il tient les rênes d’une nouvelle « majorité élargie », qui lui permettrait d’être fermement ancré en tant que faiseur de rois du Parlement durant la prochaine législature quinquennale (2024-2029).

« Ma majorité, si je puis dire, est en train de devenir une réalité […] parce que nous avons besoin de stabilité au sein du Parlement européen. Sans elle, nous ne pouvons pas défendre les intérêts de l’Europe », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Strasbourg mardi 26 novembre.

Cette majorité, qui pourrait s’étendre du groupe libéral Renew Europe au groupe d’extrême droite CRE, est porteuse d’un « message positif de stabilité », selon Manfred Weber.

Pendant de nombreuses années, une coalition pro-UE composée de trois groupes — PPE, Renew et Socialistes et Démocrates (S&D) — a dominé le Parlement européen.

Mais les élections européennes de juin 2024 et les performances réalisées par les partis d’extrême droite, ont ouvert la voie à une situation nouvelle : la possibilité pour le PPE de former une majorité « alternative » où son groupe s’allierait aux groupes d’extrême droite CRE, Patriotes pour l’Europe et Europe des nations souveraines, afin de mettre en minorité la gauche.

Le rapprochement entre le PPE et le groupe CRE s’est notamment illustré lors des négociations menées en coulisses ce mois-ci pour valider la composition de la nouvelle Commission.

Manfred Weber, qui a soutenu le candidat du groupe CRE pour un poste de vice-président à la Commission, l’Italien Raffaelle Fitto, a rappelé mardi que « s’il n’y avait pas eu le groupe CRE [à la Commission], il n’y aurait pas eu de nomination [de Teresa] Ribera [membre des S&D] ». Le sort de la socialiste espagnole est en effet lié au soutien de Renew et des S&D à Raffaele Fitto, dans le cadre d’un accord auquel Manfred Weber a joué un rôle central.

Durant la législature à venir, Manfred Weber dictera largement les choix stratégiques du PPE, décidant au cas par cas s’il faut s’appuyer sur la coalition traditionnelle ou se tourner vers de nouveaux partenaires pour faire avancer son programme politique.

Un coup dur pour les forces pro-UE

Le flirt du PPE avec l’extrême droite a été vivement critiqué par S&D et Renew, des groupes pour lesquels une coalition alternative de droite mettrait en péril à la fois leur influence et l’avenir des orientations politiques pro-UE affichées par Ursula von der Leyen avant sa réélection en juillet dernier.

Iratxe García Pérez, présidente du groupe S&D, a réitéré son opposition à toute collaboration avec le groupe CRE lors d’une conférence de presse à Strasbourg mardi 26 novembre.

Elle a insisté sur le fait que son groupe s’engageait à travailler avec Renew, le PPE et les Verts au cours des cinq prochaines années, réaffirmant son attachement à la « Déclaration de coopération de la plateforme » signée le 20 novembre entre les groupes S&D, Renew et le PPE.

La présidente de Renew Europe, Valérie Hayer, a exprimé une opinion similaire lors d’un point presse plus tôt dans la journée de mardi.

« Il n’y a pas de majorité possible positive pour l’agenda européen avec l’extrême droite. […] La vraie coalition, celle qui existe et qui fonctionne, c’est la coalition centrale S&D-Renew-PPE », a déclaré celle qui avait promis pendant la campagne des Européennes qu’elle ne travaillerait « jamais » avec le groupe CRE et qu’elle confronterait Ursula von der Leyen si nécessaire.

Mais en créant cette « majorité élastique », dans laquelle le PPE peut chercher du soutien dans les deux directions, « Manfred Weber a brillamment joué ses cartes », confie à Euractiv un législateur S&D qui se prépare à un quinquennat « conflictuel ».

Opposée à toute « coopération structurelle » avec les Conservateurs et Réformistes, Valérie Hayer a toutefois laissé entendre qu’elle était prête à travailler avec des partis nationaux spécifiques au sein du groupe, citant la Nouvelle Alliance flamande (N-VA) belge et le Parti démocratique civique (ODS) tchèque, un parti conservateur et eurosceptique, comme étant des partenaires plus acceptables. Parallèlement à cela, elle a exclu toute collaboration avec le parti français d’extrême droite Reconquête ! et le parti polonais Droit et Justice (PiS).

Pour leur part, les dirigeants du groupe CRE ont rejeté l’idée qu’ils font désormais partie de la majorité de travail du Parlement. La semaine dernière, Nicola Procaccini, co-président du groupe, a déclaré que, malgré la confirmation de Raffaele Fitto, « il n’y avait pas de majorité Ursula [PPE, S&D, Renew, Verts/ALE] hier », et qu’« il n’y a pas de majorité Venezuela [PPE, CRE, Patriotes, Europe des nations souveraines] aujourd’hui ».

[Édité par Anne-Sophie Gayet]