Participation des femmes à la vie politique : davantage d’efforts nécessaires dans l’UE
Pour mieux comprendre les obstacles auxquels les femmes sont confrontées dans leur participation à la vie politique, les autorités des États membres doivent fournir davantage de données ventilées par sexe, a expliqué Jéromine Andolfatto, du Lobby européen des femmes, à Euractiv.
Pour mieux comprendre les obstacles auxquels les femmes sont confrontées dans leur participation à la vie politique, les autorités des États membres doivent, entre autres, fournir davantage de données ventilées par sexe, a expliqué Jéromine Andolfatto, chargée de mission des politiques et des campagnes au Lobby européen des femmes, à Euractiv.
Les informations qualitatives et quantitatives sur le vote des femmes sont insuffisantes, a déclaré Mme Andolfatto, soulignant que tous les pays de l’UE ne publient pas de données sur le vote en fonction du sexe.
« Le manque de données sur la participation politique des femmes est un défi. Nous avons demandé à certaines autorités électorales nationales de publier ces informations, afin d’identifier les tendances et les causes de l’inégalité », a déclaré la chargée de mission du Lobby européen des femmes, un réseau d’ONG européennes qui défendent les droits des femmes et l’égalité des sexes.
Parmi les données qui pourraient permettre de mieux comprendre les réalités auxquelles sont confrontées les femmes qui cherchent à devenir plus actives sur le plan politique, l’on peut citer des informations sur les parcours et origines des électrices.
De telles informations pourraient aider à lutter contre la discrimination et lever les obstacles rencontrés par certaines femmes qui souhaitent participer à la vie politique en raison de leur identité ou de leur situation (origine ethnique, handicap…).
Cependant, « il ne s’agit pas seulement d’aller voter », a souligné l’experte, mais aussi de savoir comment ces femmes « s’impliquent dans l’activisme politique et font entendre leur voix ».
Obstacles
« Lorsque j’étais petite fille, les femmes n’avaient pas les mêmes droits [que les hommes] », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, dans une allocution à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes.
Elle a insisté sur le fait que la participation des femmes en politique était désormais plus visible au niveau de l’UE, puisque « pour la première fois depuis le début de l’Union, quatre femmes sont à la tête » d’institutions, à savoir la présidente du Parlement européen Roberta Metsola, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE) Christine Lagarde, celle de la Banque européenne d’investissement (BEI) Nadia Calviño et elle-même.
Elle est également revenue sur les avancées de l’UE lors de la législature actuelle, telles que la directive européenne pour lutter contre les violences faites aux femmes, approuvée début février par les institutions — un texte qui va « dans la bonne direction » selon Mme Andolfatto.
Elle a toutefois insisté sur le fait que le chemin vers une égalité « totale » serait encore « long ». Et c’est notamment le cas dans la sphère politique.
En ce 8 mars, la Commission européenne et le Haut Représentant de l’Union Josep Borrel ont publié une déclaration dans laquelle ils soulignent qu’« aujourd’hui, le pourcentage de femmes en politique est encore loin d’être représentatif de la diversité de nos sociétés ».
En effet, la proportion globale de femmes membres d’un parlement est actuellement de 33 % en moyenne dans les États membres de l’UE et de 26,5 % au niveau mondial.
Selon Mme Andolfatto, cette sous-représentation provient en partie du fait que les femmes en politique continuent de faire l’objet de toute une série d’attaques et de discriminations visant à délégitimer leur travail.
« Lorsque nous parlons des obstacles auxquels se heurtent les femmes qui se présentent comme candidates, entre autres, le sexisme en est la cause première. C’est l’expression d’une relation de pouvoir historique inégale qui vise à laisser les femmes dans une position subordonnée, à les rendre moins crédibles. »
« Le sexisme peut donc s’exprimer de différentes manières, notamment par la violence à l’encontre des femmes en politique », a déclaré Mme Andolfatto.
Elle a souligné que certaines femmes, comme celles qui sont plus jeunes ou qui appartiennent à une minorité religieuse, sont particulièrement vulnérables aux attaques.
Mme Andolfatto a mis en avant une étude publiée en 2018 par le Conseil de l’Europe et l’organisation internationale de l’Union interparlementaire, qui s’est penchée sur les obstacles auxquels les femmes engagées en politique sont confrontées une fois élues.
« L’étude a révélé que plus de 85 % des femmes élues au parlement avaient subi des violences psychologiques et que plus de 46 % d’entre elles avaient reçu des menaces de violence ou de viol. »
En outre, « 58 % d’entre elles ont été la cible d’attaques sexistes et de harcèlement en ligne ». Un tiers des femmes politiques ont déclaré que cela avait eu un impact négatif sur leur liberté d’expression.
La Commission et le Haut représentant ont insisté sur le fait que l’année 2024 était une année électorale dans de nombreux pays du monde et ont exhorté les femmes à exercer leur droit de vote, tout en déplorant le fait que dans certaines régions du monde « les femmes sont malheureusement encore empêchées de participer à la vie publique et, dans certains contextes, sont totalement exclues du processus décisionnel et de l’espace public ».