Pays-Bas : un candidat du centre-droit fragilisé par une polémique sur les droits des homosexuels à la veille des législatives

Le spectaculaire retour du centre-droit sur la scène politique néerlandaise, à l’approche des élections législatives du mercredi 29 octobre, pourrait bien avoir été compromis par une controverse autour de propos tenus par le chef du parti sur les droits d’un élève homosexuel.

EURACTIV.com
Plenary debate of the Dutch Parliament
Henri Bontenbal (CDA). [Getty Images/John Beckmann_DeFodi Images News]

Henri Bontenbal, ancien consultant en énergie âgé de 42 ans, a réussi à redonner un souffle à l’Appel chrétien-démocrate (CDA) — une formation en perte de vitesse depuis plusieurs années. Les derniers sondages le plaçaient à égalité pour la deuxième place avec l’ancien commissaire européen Frans Timmermans, à la tête de l’alliance entre les écologistes et la gauche (GroenLinks-PvdA).

Mais le candidat centriste s’est retrouvé dans une situation embarrassante après une intervention télévisée la semaine dernière lors de laquelle il a suggéré qu’un élève homosexuel scolarisé dans une école chrétienne publique pourrait choisir de fréquenter un autre établissement s’il se sentait mal à l’aise en raison de son identité sexuelle.

Des propos perçus comme discriminatoires dans un pays profondément attaché à ses valeurs de tolérance et de liberté individuelle.

Henri Bontenbal s’est excusé pour cette maladresse, affirmant que l’erreur est humaine. Toutefois, les sondages suggèrent qu’il a perdu cinq des 25 sièges qui lui étaient initialement attribués en raison de l’incident.

« S’il n’avait pas commis cette erreur la semaine dernière, il serait très probablement en tête de tous les sondages à l’heure actuelle », estime Tom-Jan Meeus, journaliste politique au journal néerlandais NRC.

Affiche de campagne de Henri Bontenbal au Parlement européen, à Bruxelles. [Photo : Euractiv/Eddy Wax]

Cet épisode constitue l’un des rares accrocs d’une campagne jusque-là marquée par la discrétion et la retenue. Henri Bontenbal mise sur une image de stabilité et de décence, cherchant à tourner la page des années de turbulences et de polarisation qui ont secoué la vie politique néerlandaise.

Pour Jeroen Lenaers, eurodéputé du CDA, la controverse témoigne même du succès de la campagne du parti.

Une position pro-européenne

Sous l’impulsion de Henri Bontenbal, le CDA a aussi amorcé un virage pro-européen.
Après plusieurs années de recul électoral au profit de nouveaux partis de centre-droit, comme le Mouvement agriculteurs-citoyens (BBB) ou le Nouveau contrat social (NSC), souvent porteurs d’un euroscepticisme modéré, le CDA prône désormais une approche plus pragmatique vis-à-vis de Bruxelles.

Remco de Boer, un chercheur qui a animé pendant deux ans un podcast sur la politique énergétique avec Henri Bontenbal, a déclaré que le leader du CDA estime « qu’il faut vraiment se tourner vers l’Europe, vers la législation européenne » et faire tout ce qui est nécessaire.

Le CDA s’est également ouvert à l’idée d’autoriser une dette paneuropéenne pour les dépenses de défense, ce à quoi les Pays-Bas, pays traditionnelement frugal, se sont souvent opposés.

« Dans le cadre d’un instrument de crise très spécifique, nous ne sommes pas contre [cela], nous sommes ouverts à la discussion. Par exemple dans le domaine de la défense », a expliqué Tom Berendsen, un eurodéputé du CDA.

À l’heure où l’UE peine à trouver des moyens d’aider financièrement l’Ukraine pour les deux prochaines années, il pourrait s’agir d’une bonne nouvelle pour beaucoup.