Pêche au thon rouge : La France attend des explications

Paris a réclamé à la Commission européenne, jeudi 10 juin, les chiffres qui l’ont amenée à fermer la pêche au thon rouge. En attendant, elle a annoncé qu’elle se conformerait à la décision européenne.

EURACTIV.fr
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Paris a réclamé à la Commission européenne, jeudi 10 juin, les chiffres qui l’ont amenée à fermer la pêche au thon rouge. En attendant, elle a annoncé qu’elle se conformerait à la décision européenne.

L’agitation autour de la campagne 2010 de pêche de thon rouge se poursuit. La commissaire européenne à la pêche, Maria Damanaki, a annoncé la fermeture de la pêche au thon rouge en Méditerranée et dans l’Atlantique-est, mercredi 9 juin à minuit. La Commission a motivé ce choix en indiquant que les quotas de pêche attribués aux bateaux grecs, espagnols et français avaient été atteints.

Mais Paris demande à Bruxelles des éclaircissements. La France a annoncé, jeudi 10 juin, qu’elle acceptait de se conformer à la décision européenne, mais a exigé que la Commission lui communique les données qui ont motivé l’annonce de la commissaire grecque. Faute de quoi Paris demande à l’UE de lever son interdiction « à partir du samedi 12 juin, 00h00 GMT, pour une durée maximale de 48 heures jusqu’à la consommation complète de ce sous-quota ».

De son côté, le  président du syndicat des thoniers, Mourad Kahoul, dénonce un « ramassis de mensonges ». « La Commission est soumise au gros lobby écologique », dénonce-t-il. Sur les 2021,9 tonnes que les 17 thoniers senneurs industriels français sont autorisés à capturer, il affirme à Euractiv.fr que seulement 62% des quotas ont été réellement pêchés.

Mourad Kahoul, reçu par Bruno Le Maire, ce jeudi 10 juin, a jugé leur rencontre « très positive » et s’est déclaré « sur la même longueur d’onde » que le ministre, qui a déclaré la veille devant l’Assemblée nationale que la « pêche est respectueuse de la ressource halieutique (…) puisque le quota (est) défini par des scientifiques et qu’il est en baisse de 40% en 2010 par rapport à l’année 2009 ».

Des déclarations contestées par le WWF, pour qui le quota français n’est pas le fruit d’études scientifiques mais « le résultat d’une décision politique », déclare Charles Braine, responsable « Pêche » durable de l’organisation en France.

Pour le WWF, à la menace pesant sur les thons rouges s’ajoute le fait que « la pêche industrielle a évincé petit à petit la véritable pêche artisanale ». Interrogé à ce sujet par Euractiv.fr, Mourad Kahoul accuse les écologistes de ne pas connaître le sujet. « Il n’existe même pas de pêche industrielle », assène-t-il. La pêche des thoniers est journalière et n’induit en effet pas de transformation à bord, explique-t-il.

Selon lui, toutes les conditions d’un respect des quotas de pêche sont de plus assurées puisque chaque thonier paie 26.000 euros un observateur « assermenté » par la Commission Internationale pour la Conservation des Thonidés de l’Atlantique (CICTA).

Mais la bataille des chiffres devrait prendre fin rapidement, explique le porte-parole de la commissaire Damanaki, Olivier Drewes, à Euractiv.fr. La Commission doit en effet affiner ses données, vendredi 11 juin, avant de les fourni à la France. Pour l’heure, il affirme que, selon les chiffres du 10 juin, les thonniers ont capturé 93% de leur quota annuel.

POSITIONS

Dominique Vlasto, députée européenne (UMP-PPE) se dit « exaspérée par ces décisions prises brutalement et sans concertation, comme si les pêcheurs étaient de mauvais élèves et la Commission européenne une maîtresse d’école qui punit ». Elle juge « insupportable » l’annonce de la commissaire Damanaki qui reprend selon elle « les mauvaises habitudes de ses prédécesseurs ».

Les Verts/ALE félicitent Mme Damanaki pour sa décision qui limite le risque « de fragiliser encore plus les stocks en baisse constante » de thons rouges. Il s’agit d’une « décision logique et courageuse », selon l’eurodéputé vert Jean-Paul Besset. Un avis partagé par sa collègue Sandrine Bélier. Elle appelle l’Union Européenne à prolonger cette étape et « à porter cette position à l’échelle internationale dans le cadre de la CITES (Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) et aux États membres d’adopter les mesures nécessaires ».

Alain Cadec (UMP – PPE), vice-président de la commission de la Pêche, appelle la Commission européenne à revenir sur sa décision « arbitraire et injuste ». Il insiste sur le fait que la pêche au thon rouge respecte la réglementation européenne comme le droit européen et que la Commission a cédé aux pressions d’ONG, qui ont « utilisé récemment la violence ».

Pour Charles Braine, responsable Pêche durable de WWF France, « malgré ce que pourrait penser l’opinion publique, cela n’augure rien de bon ». La décision de la Commission indique les armements industriels français, espagnols et grecs ont déjà rempli leurs quotas en moins d’une semaine » explique-t-il. Un témoignage supplémentaire selon lui d’une « disproportion entre l’état du stock et les capacités de pêche ».