Pêche électrique : le gouvernement néerlandais veut revenir sur l’interdiction de l’UE

Dans son plan pour l’agriculture, le gouvernement néerlandais réclame la réautorisation de la pêche à impulsion électrique, interdite dans l’UE depuis 2021, ce qui pourrait relancer une querelle diplomatique, notamment avec la France et la Belgique.

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Selon ses opposants, cette pratique consistant à envoyer des signaux électriques pour étourdir et effrayer les poissons avant qu'ils ne soient pris dans les filets a des conséquences néfastes sur la faune aquatique. [Hindrik Johannes de Groot / Shutterstock]

Dans son plan pour l’agriculture, le gouvernement néerlandais réclame la réautorisation de la pêche à impulsion électrique, interdite dans l’UE depuis 2021, ce qui pourrait relancer une querelle diplomatique, notamment avec la France et la Belgique.

Le nouveau gouvernement de coalition de droite des Pays-Bas a publié vendredi 13 septembre son plan gouvernemental pour l’agriculture et la pêche, dans lequel il a annoncé son intention de réautoriser cette pratique controversée, en mettant fin aux « réglementations européennes obstructives ».

Cette annonce intervient dans un contexte d’intense lobbying de la part de l’industrie de la pêche néerlandaise pour faire tomber l’interdiction européenne, en vigueur depuis 2021.

Le gouvernement néerlandais, formé par le Parti pour la liberté (PVV) d’extrême droite, le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD, libéral), le Nouveau contrat social anticorruption et le mouvement agraire BoerBurgerBeweging (BBB), souhaite mettre « un nouveau cap » en matière d’agriculture et de pêche.

« La sécurité alimentaire et l’innovation dans l’agriculture, l’horticulture et la pêche sont essentielles », peut-on lire dans le plan, qui ajoute que La Haye souhaite “créer un soutien en Europe” pour réautoriser la pêche à impulsion électrique.

Ailleurs dans l’UE, la France, principale puissance de pêche en mer du Nord, et la Belgique ont toujours pris position contre cette pratique, qu’elles ont d’ailleurs interdite avant l’échéance européenne de 2021.

En 2018, la France a pris la tête d’une coalition, comprenant des ONG, des pêcheries artisanales, des hôtels de luxe et des chefs étoilés, pour inciter le Parlement européen à interdire cette pratique, car elle « menace la productivité des océans et tout un secteur de la pêche », indique un rapport de 2018 de l’ONG Bloom.

Le lobbying des Pays-Bas

L’interdiction de la pêche à impulsion électrique remonte à 1998, avant que l’UE ne l’autorise de nouveau en 2006 à titre « expérimental » dans la partie sud de la mer du Nord. Les États membres avaient le droit de consacrer 5 % de leur flotte à cette pratique.

Entre 2006 et 2021, ce sont principalement des navires néerlandais (84 en 2018) qui ont pratiqué cette pêche en mer du Nord.

Selon ses opposants, cette pratique consistant à envoyer des signaux électriques pour étourdir et effrayer les poissons avant qu’ils ne soient pris dans les filets a des conséquences néfastes sur la faune aquatique.

En revanche, ses partisans affirment que cette méthode est plus sûre pour l’environnement que d’autres types de chalutage — comme le chalutage de fond — car elle réduit les émissions de carbone en diminuant la consommation de carburant et cause moins de dégâts au fond de la mer.

Ces avantages ont été reconnus dans une étude du Conseil international pour l’exploration de la mer (CIEM), une organisation intergouvernementale spécialisée dans les sciences marines.

Les pêcheurs néerlandais affirment également que l’interdiction de l’UE n’est pas fondée sur des preuves scientifiques, et qu’elle entravera l’innovation dans le secteur de la pêche.

En 2019, les Pays-Bas sont allés jusqu’à faire appel de la décision de l’UE, avant que la Cour de justice de l’Union européenne ne se prononce en faveur de la législation européenne.

L’interdiction pourrait théoriquement, sur la base des dernières données scientifiques, faire l’objet d’une révision, mais reste à savoir quelle sera la position de la Commission — qui a fluctué ces dernières années — et des autres États membres.

[Édité par Anna Martino]