Pêche en eau profonde : une négociation à couteaux tirés

La commissaire à la Pêche Maria Damanaki veut interdire la pêche au chalut, au grand dam de la France.

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La commissaire à la Pêche Maria Damanaki veut interdire la pêche au chalut, au grand dam de la France.

Durcir la règlementation et supprimer certaines autorisations de pêche telle est la ligne de la réforme de la pêche en eaux profondes proposée par la Commission. 

La commissaire chargée du dossier, Maria Damanaki, a rendu public son projet jeudi 19 juillet, avec une semaine de retard. Le commissaire français, Michel Barnier, avait demandé un délai supplémentaire « compte tenu des répercussions économiques, sociales et humaines, que pourrait avoir une telle mesure ». La France et l’Espagne sont les deux pays les plus visés par les projets d’interdiction. 

Pratique destructrice

Le repos n’aura été que de courte durée puisque le texte présenté n’a en rien été modifié, a-t-on appris de source européenne. L’article 9 propose que « les autorisations de pêche (…) pour les navires utilisant des chaluts de fond ou des filets maillants de fond expirent au plus tard deux ans après l’entrée en vigueur du présent règlement ». 

Après cette date, plus aucune autorisation de pêche pour les navires ciblant les espèces d’eau profonde avec ces engins ne sera ni délivrée ni renouvelée. Une condamnation à mort pour tout un pan du secteur de la pêche. La Commission considère ses pratiques comme extrêmement destructrices pour les écosystèmes marins. 

Défaite de la raison

Pour le député européen Alain Cadec (UMP/PPE), Maria Damanaki a utilisé sa méthode habituelle, « radicale et brutale », sans prendre en compte les avis scientifiques qui font état d’une amélioration des stocks de poissons.

La position socialiste est similaire. Isabelle Thomas (S&D) a fait part de « sa plus grande incompréhension (…). Ma stupeur est d’autant plus grande que cette interdiction aura un impact socio-économique dévastateur sur des territoires maritimes tels que la Bretagne, détruisant des centaines d’emplois directs et un nombre inquantifiable d’emplois indirects ». 

Parmi les entreprises qui seront le plus exposées, la Scapêche, connue pour fournir Intermarché, est en première ligne. Contacté par EURACTIV.fr, son directeur n’était pas surpris. « Ce texte correspond à ce qu’on pouvait percevoir depuis plusieurs mois, mais il est en totale contradiction avec les avis scientifiques et les efforts consentis par les professionnels ». Pour Tristan Douard, il s’agit « d’une défaite de la raison. La position de la Commission est purement politique ».

Si le règlement entre en vigueur en l’état, il estime que 40% du chiffre d’affaires de ses six bateaux de Lorient disparaitra. Et autant d’emplois. 

Pas avant 2014

De leur côté, les ONG crient victoire. « L’adoption de ce texte marque une avancée décisive dans la protection des océans profonds. La Commission européenne a fait preuve de vision et de courage en décidant de mettre fin à une aberration écologique et économique », a réagi Claire Nouvian, de Bloom, qui se bat depuis plusieurs années pour l’interdiction de la pêche en eaux profondes. « C’est rassurant de voir que les commissaires et notamment Mme Maria Damanaki ne se sont pas laissés influencer ».

Mais rien n’est encore décidé. Les États et le Parlement doivent tous deux valider le texte, selon la procédure de co-décision. Le ministre français délégué à la Pêche, Frédéric Cuvillier, a d’ores et déjà annoncé qu’il s’opposerait à une telle interdiction « sans discernements » de certains engins de pêche. Il considère que de telles propositions « ne seraient pas acceptables ». 

Les députés devraient être saisis du dossier à la fin septembre. Le temps des négociations, le règlement ne devrait pas rentrer en vigueur avant 2014.