Pedro Sánchez reconduit pour un nouveau mandat à la tête du gouvernement sur fond de controverse

Pedro Sánchez a été reconduit par le parlement en tant que Premier ministre avec une majorité absolue (179 voix), notamment grâce au soutien des partis indépendantistes catalan et basque, obtenu dans le cadre d’accords controversés.

Euractiv.com
Spanish Congress of Deputies votes on the investiture bid of Acting Prime Minister Pedro Sanchez
Le Partido Popular et le parti d’extrême droite Vox avaient voté contre la reconduction de Pedro Sánchez et ont soutenu qu’ils allaient intensifier leur « résistance » démocratique à la loi d’amnistie pour les indépendantistes catalans, y compris au niveau de l’UE, au sein du Parlement européen. [[EPA/JUAN CARLOS HIDALGO]]

Le chef du Parti socialiste-ouvrier espagnol (PSOE), Pedro Sánchez, a été reconduit par le parlement en tant que Premier ministre jeudi (16 novembre) avec une majorité absolue (179 voix), notamment grâce au soutien des partis indépendantistes catalan et basque, obtenu dans le cadre d’accords controversés.

Le parti libéral Partido Popular (PP, Parti populaire européen), qui est la principale force d’opposition, et le parti d’extrême droite Vox (Conservateurs et Réformistes européens), ont voté contre cette reconduction (171 voix). Ils ont soutenu qu’ils allaient intensifier leur « résistance » démocratique à la loi d’amnistie pour les indépendantistes catalans — un accord controversé conclu par M. Sánchez pour s’assurer leur soutien — et ce y compris au niveau de l’UE, au sein du Parlement européen.

La première session du débat d’investiture du Premier ministre a débuté mercredi (15 novembre) avec les mots durs de Santiago Abascal, président de Vox, qui a comparé M. Sánchez à Adolf Hitler et l’a accusé d’avoir « organisé un coup d’État » avec l’accord d’amnistie. Pour rappel, cette loi a pour objectif d’amnistier les personnes impliquées dans la tentative sécessionniste de 2017 en Catalogne.

Le porte-parole du PSOE au parlement, Patxi López, a reproché jeudi au PP son opposition ferme à la loi d’amnistie et ses attaques contre le Premier ministre et a demandé au parti de faire preuve de « modération » dans ses déclarations, qui le rapprochent selon lui de l’extrême droite.

« Ne continuez pas à nourrir la bête [de Vox], car elle finira par vous dévorer. Ne transformez pas votre frustration de ne pas être au gouvernement en invitation à la haine », a averti M. López, rapporte le journal espagnol El País.

« Légitime, démocratique et constitutionnel »

Dans son discours, M. Sánchez a déclaré qu’une nouvelle ère s’ouvrait désormais en Espagne et que le gouvernement progressiste accorderait davantage d’attention à la « plurinationalité » de l’État. De manière symbolique, il a remercié dans les langues co-officielles du pays (basque, catalan/valencien et galicien) les partis nationalistes et séparatistes qui l’ont soutenu.

Selon la chaîne de radio et de télévision publique RTVE, le Premier ministre a souligné que son investiture était « légitime » et que son gouvernement serait « légitime, démocratique et constitutionnel ». Il a également demandé au PP d’admettre sa « défaite » à la suite des élections anticipées du 23 juillet.

M. Sánchez a obtenu le soutien des partis séparatistes catalans Ensemble pour la Catalogne (JxCat) et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC), des partis indépendantistes basques PNV (nationaliste modéré) et EH Bildu (nationaliste d’extrême gauche), du parti régional Coalition canarienne (îles Canaries) et de la formation régionale de Galice, le Bloc nationaliste galicien (BNG).

Vox, qui a annoncé cette semaine qu’il allait poursuivre M. Sánchez en justice pour des faits de « coopération avec le terrorisme » en relation avec la future loi d’amnistie, est la troisième force du parlement et gouverne avec le PP dans plusieurs régions et municipalités du pays.

Le soutien apporté par les séparatistes catalans et basques, qui assureront la stabilité de la législature pour les quatre années à venir y compris l’approbation du budget national —, a été assorti de conditions.

La semaine dernière, le dirigeant de JxCat et ancien président catalan Carles Puigdemont, en exil en Belgique depuis le référendum de 2017, a averti M. Sánchez qu’il surveillerait de près, par le biais de plusieurs commissions de contrôle et d’un « médiateur international », que l’accord conclu entre son parti et le PSOE soit pleinement respecté.

De son côté, la porte-parole d’EH Bildu au parlement, Mertxe Aizpurua, a prévenu M. Sánchez que le parti, avec ses six sièges, le soutenait « sans jeux, spéculations, menaces ou avertissements », mais que ce soutien était accordé en échange du transfert de plus de compétences nationales vers la région du Pays basque.

Il ne s’agit pas d’un « chèque en blanc », a-t-elle souligné.

Le premier mandat de M. Sánchez a débuté en 2018 et a pris fin en janvier 2020. Son partenaire de coalition était alors Unidas Podemos (Gauche européenne).

Son second mandat a duré de 2020 à juillet 2023, date à laquelle des élections générales anticipées ont eu lieu.

Le nouveau gouvernement « Sánchez III », en coalition avec la plateforme progressiste Sumar, est entré officiellement en fonction ce jeudi avec le vote au parlement.

Un nouveau mandat salué à Bruxelles

Les dirigeants des institutions européennes ont félicité M. Sánchez pour sa reconduction et ont exprimé leur souhait de continuer à travailler avec lui pour renforcer l’Europe.

« Félicitations, cher Pedro Sánchez, pour votre réélection au poste de Premier ministre de l’Espagne. Je me réjouis de poursuivre notre travail ensemble pour rendre l’Union européenne plus forte et prête à relever les défis qui l’attendent », a déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel, sur X.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a elle aussi félicité le dirigeant socialiste.

« L’UE est confrontée à des défis importants. Je me réjouis de travailler de concert pour les relever avec succès et faire avancer le projet européen », a-t-elle affirmé.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]