Plan industriel vert de l’UE : la France en attend davantage sur le volet financier
Si les politiques et industriels français ont favorablement accueilli mercredi l’annonce d’un Plan pour l’industrie verte pour contrer l’IRA états-unien, ils attendent dorénavant des garanties sur le plan financier, entre facilitation des aides d’États et création d’un fonds de souveraineté.
Si les politiques et industriels français ont favorablement accueilli mercredi l’annonce d’un Plan pour l’industrie verte pour contrer l’IRA états-unien, ils attendent dorénavant des garanties sur le plan financier, entre facilitation des aides d’États et création d’un fonds de souveraineté.
Environnement règlementaire prévisible et simple, accès rapide aux financements, renforcement des compétences, chaînes d’approvisionnement résilientes, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a présenté mercredi (1er février) les contours du plan industriel du Pacte vert (Green Deal) européen.
L’objectif est de renforcer la compétitivité du marché européen face au regain de protectionnisme économique des grandes puissances mondiales, de la Chine aux États-Unis, en passant par l’Inde ou le Royaume-Uni.
En France, politiques et représentants de l’industrie ont accueilli favorablement l’annonce de la Commission. Le ministre de l’Économie, Bruno le Maire, qui se rendra à Washington le 7 février, a ainsi vanté par communiqué des « propositions fortes » qui vont « dans le bon sens » pour porter ce que le gouvernement français appelle le « Made in Europe ».
Tous attendent donc le prochain conseil européen réunissant les 27 prévu les 9 et 10 février durant lequel la Commission avancera une première proposition. La France aura les yeux rivés sur un point en particulier : le cadre financier.
La planche à billets
« Si nous nous réjouissons d’un futur cadre règlementaire pour l’industrie décarbonée, il faut aussi un cadre financier plus précis », confie ainsi à EURACTIV France Simon Pujau, chargé des relations institutionnelles au sein du lobbyiste France Hydrogène.
Le gouvernement français ne dit pas autre chose.
D’abord, Paris a fait part mi-janvier aux autres capitales de l’Union qu’elle souhaitait drastiquement alléger la réglementation européenne sur les aides d’États. La capitale française peut compter Berlin de son côté.
L’exécutif européen n’y serait pas non plus insensible, puisqu’il a lancé mercredi une consultation auprès des États membres pour transformer l’encadrement temporaire de crise des aides d’État en un encadrement temporaire de crise et de transition.
Un nouveau fonds européen ?
La France défend aussi ardemment la création d’un fonds de souveraineté européen qui permettrait d’investir directement dans les entreprises.
La délégation française du groupe Renew Europe (centre) au Parlement européen aurait d’ailleurs porté l’initiative, avance l’eurodéputé Christophe Grudler dans un communiqué.
S’il s’est donc réjoui de l’annonce de Mme von der Leyen, « nous attendons encore les détails », a-t-il ajouté.
Il a également rappelé à EURACTIV France que son groupe préparait une résolution parlementaire en ce sens, visant à demander des « critères plus précis » pour le fonds.
Le vote est prévu en plénière au Parlement européen entre le 13 et le 16 février prochain.
Dans l’émission La faute à l’Europe ? diffusée mercredi sur franceinfo plus, l’eurodéputé Emmanuel Maurel (Gauche unie), déclare lui aussi que « cela ne suffit pas ».
En parallèle des 350 à 400 milliards d’euros dont pourrait être doté le fonds, il ajoute qu’il « faut revoir les règles de la concurrence et des aides d’États ».
Tous comptes faits, le principe d’un fonds spécial ne fait pas encore l’unanimité au sein des 27, mais les décideurs français peuvent compter sur le soutien du commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, mais aussi de la présidence de la Commission.
Et le prix de l’énergie ?
Du côté des industriels, Cyrille Mounier, délégué général de la fédération industrielle Aluminium France, se concentre sur les prix.
« Il manque un volet prix de l’énergie » dans le Plan, déclare-t-il à EURACTIV France. Or, « il n’y aura pas de plan industriel sans un prix de l’électricité compétitif, donc une révision du marché européen de l’électricité désindexé du prix du gaz », complète-t-il.
M. Grudler précise à EURACTIV France que suite à la présentation du plan, ses homologues de la délégation française au sein du groupe du Parti populaire européen (droite) se seraient concentrés en particulier sur ce point.
S’il y en a encore, les doutes sur l’importance que revêt pour l’industrie européenne la future réforme du marché européen de l’électricité commencent donc à s’estomper.