Politique climatique : le ministre allemand de l’Agriculture met en garde contre une « guerre culturelle »

Le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Özdemir, a mis en garde contre la polarisation des débats sur l’agriculture et la politique climatique, tout en critiquant les tentatives de torpiller la législation environnementale de l’UE.

Euractiv.com
Weekly Cabinet meeting of the German government in Berlin
Les commentaires de Cem Özdemir interviennent dans un contexte de controverse accrue autour d’éléments clés du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) proposé par la Commission européenne et de sa branche agricole et alimentaire, la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork). [EPA-EFE/Filip Singer]

Le ministre allemand de l’Agriculture, Cem Özdemir (Verts), a mis en garde contre la polarisation des débats sur l’agriculture et la politique climatique, tout en critiquant les tentatives de torpiller la législation environnementale de l’UE.

S’exprimant lors de la Journée annuelle des agriculteurs organisée par l’Association des agriculteurs allemands (VdB), M. Özdemir a souligné l’importance d’un échange constructif et respectueux avec ceux qui ont des opinions différentes.

« Actuellement, j’ai l’impression que chaque désaccord qui pourrait être résolu en s’asseyant ensemble, en écoutant et en discutant, risque de se transformer en guerre culturelle », a-t-il affirmé. « Je mets en garde contre cette polarisation. »

En particulier lorsqu’il s’agit de sujets sensibles tels que l’avenir de l’élevage ou les projets de l’UE visant à réduire l’utilisation des pesticides, les intérêts de toutes les parties concernées doivent être soigneusement pesés, a souligné le ministre écologiste.

« Veillons à ce que, dans la mesure du possible, nous ne décidions pas avec une majorité de 51 % contre les 49 % restants », a-t-il ajouté.

La protection du climat « n’est pas à discuter »

Les commentaires de M. Özdemir interviennent dans un contexte de controverse accrue autour d’éléments clés du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) proposé par la Commission européenne et de sa branche agricole et alimentaire, la stratégie « de la ferme à la table » (Farm to Fork).

Après s’être déclaré « parti des agriculteurs » en amont des prochaines élections européennes, le Parti populaire européen (PPE) de droite a mené une campagne contre les législations climatiques et environnementales, comme le règlement sur la restauration de la nature proposé par la Commission ou le règlement sur les pesticides (SUR).

Dans ce contexte, M. Özdemir a souligné que si les détails concrets de ces projets peuvent toujours être discutés, l’objectif général de la protection du climat et de l’environnement ne peut être remis en question, d’autant plus que les agriculteurs sont affectés par le changement climatique.

« Quand je vois comment certains à Bruxelles s’attaquent aux mesures de protection de notre environnement et de nos ressources naturelles, nous ne parlons plus de détails, nous parlons de questions fondamentales », a-t-il ajouté.

Drame alimentaire

Cem Özdemir a également souligné la polarisation croissante du débat public en Allemagne sur des sujets tels que l’élevage ou la politique alimentaire.

Récemment, de fausses informations diffusées sur Internet ont prétendu que le ministre voulait interdire la consommation de viande, une affirmation qu’il a déclarée totalement infondée.

« En tant que ministre de l’Agriculture de ce pays, je dis que chaque citoyen de ce pays peut manger autant de viande qu’il le souhaite », a-t-il souligné.

Depuis que M. Özdemir est entré en fonction en promettant de se concentrer sur des régimes alimentaires plus sains et plus respectueux du climat, les tentatives du ministre pour atteindre cet objectif ont souvent suscité la controverse, de nombreuses personnes l’accusant de dicter aux Allemands leurs choix en matière d’alimentation.

Dans le même temps, le ministre des Verts doit également tenter de combler le fossé entre les intérêts des agriculteurs et les attentes de son parti en matière d’action climatique et de sujets épineux tels que les nouvelles techniques génomiques.

Dans ce contexte, le plaidoyer de M. Özdemir en faveur de la dépolitisation du débat sur l’agriculture et l’alimentation peut également être vu comme une tentative de rendre cette situation plus gérable : si l’agriculture et la durabilité sont montées l’une contre l’autre et présentées comme fondamentalement opposées, il n’y aura pas de place pour trouver un compromis entre les agriculteurs et les Verts.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]