Pour les écologistes, le budget présenté par la Commission sonne le glas du financement de l’environnement
Alors que la Commission propose une hausse du budget 2028-2034, les écologistes s’inquiètent : l’environnement semble relégué au second plan, et la suppression du programme LIFE, seul outil autonome pour le financement de l’action climatique, cristallise les critiques.
Avec sa proposition de budget de l’Union pour la période 2028-2034, les groupes et législateurs écologistes accusent l’exécutif européen de réduire la priorité accordée à l’action environnementale et ont averti que la société civile pourrait être exclue du processus d’élaboration des politiques.
La Commission européenne prévoit notamment la suppression le programme LIFE, le seul mécanisme de financement autonome de l’UE pour l’action environnementale. Le projet de budget septennal réduit également le financement global des objectifs politiques en matière de climat et de biodiversité.
L’exécutif européen défend au contraire une approche plus cohérente, vantant une rationalisation du financement environnemental dans un cadre financier pluriannuel (CFP) porté à 2 000 milliards d’euros sur sept ans.
« Nous aurons un objectif de dépenses pour le climat et la biodiversité, donc une intégration [dans les autres politiques de l’UE, NDLR], de 35 % pour le nouveau CFP », a déclaré mercredi 16 juillet la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, aux journalistes. « Cela représente environ 700 milliards d’euros. »
Ces fonds devront soutenir l’objectif de neutralité climatique d’ici 2050 et enrayer la perte de biodiversité. Cependant, comparé au budget actuel, ils marquent un recul, puisque celui-ci prévoit 658 milliards d’euros pour le climat et 113 milliards pour la biodiversité.
À partir de 2028, les fonds destinés au climat et à l’environnement seront répartis entre deux grands blocs : d’une part, un volet « transition propre et décarbonation industrielle » au sein du Fonds pour la compétitivité (FEC) de 410 milliards d’euros, d’autre part, environ 1 000 milliards destinés à des priorités telles que l’économie, la prospérité rurale ou la sécurité.
« Notre proposition pour le prochain CFP montre que nous restons fermement attachés aux priorités environnementales », a assuré la commissaire à l’Environnement, Jessika Roswall. « L’eau, la circularité, la nature et la bioéconomie occupent une place importante dans le nouveau fonds pour la compétitivité et dans les plans nationaux. »
Moins d’argent pour la nature
Plusieurs ONG s’alarment d’un recul du financement environnemental, notamment pour la nature et la biodiversité.
« La disparition du programme LIFE tel que nous le connaissons dans le nouveau CFP n’est pas une simplification, c’est un sabotage », a fustigé Patrick ten Brink, secrétaire général du Bureau européen de l’environnement (BEE), une ONG qui regroupe plusieurs associations. « Le programme LIFE existe pour une raison. Il produit des résultats ciblés et rentables pour la nature, le climat et la santé publique. »
Ester Asin, directrice du bureau européen du Fonds mondial pour la nature (WWF), a averti que l’objectif de 35 % pourrait n’être qu’une simple façade.
« En regroupant toutes les dépenses environnementales sous un seul objectif, il existe un réel danger que la biodiversité soit mise de côté au profit de priorités industrielles qui pourraient être présentées comme des investissements verts », a-t-elle déclaré.
D’autres ont averti que la réforme budgétaire proposée pourrait en réalité creuser le déficit de financement de la restauration de la nature, actuellement estimé à 19 milliards d’euros par an.
« Nous sommes profondément préoccupés par l’absence de financement dédié à la biodiversité, alors qu’il est désormais proposé de fusionner le financement LIFE avec d’autres programmes », a affirmé Andras Krolopp, responsable de la politique en matière de biodiversité chez The Nature Conservancy.
Les préoccupations des groupes de la société civile ont également été relayées au Parlement européen.
« Il est irresponsable et imprudent de proposer de mettre fin au programme LIFE et de supprimer le financement de la biodiversité », a déploré Rasmus Nordqvist, eurodéputé écologiste et l’un des négociateurs du CFP au sein de la commission des Budgets (BUDG) du Parlement.
Les ONG menacées ?
La suppression du programme LIFE représente également une menace existentielle pour de nombreuses ONG environnementales qui bénéficient actuellement de 15 millions d’euros de subventions directes pour couvrir une partie de leurs frais de fonctionnement.
La Commission affirme que ce soutien pourrait à l’avenir être versé par le biais de programmes nationaux, mais on ne sait pas encore comment les fonds seront alloués et si les groupes militants seront en mesure de répondre à des critères non précisés liés à la compétitivité ou aux objectifs politiques nationaux.
« [En] supprimant LIFE, le financement de base des ONG environnementales pourrait disparaître, laissant la société civile sans ressources suffisantes pour soutenir la mise en œuvre, l’application et la mobilisation du public », a averti le BEE.
« Le CFP doit permettre aux acteurs de la société civile de participer efficacement à l’élaboration des politiques au niveau de l’UE », a conclu Rasmus Nordqvist. « Il est essentiel de garantir le droit de chacun à une participation significative aux processus décisionnels et à l’ensemble du cycle de mise en œuvre du budget de l’UE. »
[Édité par Anne-Sophie Gayet]