Pour lutter contre les épidémies du bétail, l'UE souhaite mettre fin aux abattages massifs et intensifier la vaccination

Le responsable agricole de l'UE, Christophe Hansen, travaille actuellement sur une stratégie pour le bétail, qu'il prévoit de dévoiler d'ici juillet.

EURACTIV.com
Protesting farmers in Greece gather outside Ministry of Rural Development and Food
Des agriculteurs participent à une manifestation devant le ministère du Développement rural et de l'Alimentation, pour protester contre les retards dans le versement des subventions et l'impact de l'épidémie de variole ovine qui sévit actuellement, à Athènes, en Grèce, le 11 novembre 2025. [Costas Baltas/Anadolu via Getty Images]

L’UE est frappée par une vague de maladies du bétail, qui attise le mécontentement des agriculteurs. En Grèce, les éleveurs ont recours à des vaccins illégaux pour lutter contre la variole, tandis qu’en France et en Espagne, les abattages obligatoires visant à contenir une nouvelle maladie du bétail poussent les agriculteurs à bout.

La Commission a déclaré jeudi que les efforts actuels pour éradiquer les maladies animales, notamment l’abattage de troupeaux entiers lorsqu’une infection est détectée, étaient désormais obsolètes.

« L’abattage massif d’animaux lors d’épidémies n’est plus acceptable pour la société aujourd’hui », peut-on lire dans un document d’information consulté par Euractiv, présenté lors d’une réunion avec des organisations d’agriculteurs et des ONG présidée par le responsable agricole de l’UE, Christophe Hansen.

Le document soutient que l’UE devrait intensifier les vaccinations, tout en reconnaissant que cela poserait des défis. Les produits provenant d’animaux vaccinés, qui sont porteurs d’anticorps, peuvent facilement faire l’objet de restrictions de la part des partenaires commerciaux – un risque que la Commission prévoit de traiter par la voie diplomatique.

M. Hansen travaille actuellement sur une stratégie pour le bétail, qu’il prévoit de dévoiler d’ici juillet. Dans les semaines à venir, la Commission devrait également présenter son évaluation de la législation sur la santé animale.

Vaccinations illégales en Grèce

Les agriculteurs grecs luttent contre la variole ovine et caprine depuis l’été 2024, le virus ayant décimé des troupeaux et contraint à des abattages préventifs.

« Environ 460 000 moutons et chèvres, jeunes et adultes, ont été enterrés », a déclaré Tsompanos Christos, membre de l’Association hellénique de l’élevage, à Euractiv.

Cette situation intervient alors que le gouvernement refuse de vacciner les animaux, ce qui, selon les responsables, pourrait entraîner des restrictions sur les précieuses exportations de feta.

Frustrés, certains éleveurs se tournent désormais vers le marché noir pour protéger leurs troupeaux.

Les douaniers grecs ont intercepté plusieurs cartons de vaccins importés clandestinement de Turquie ces derniers mois, les autorités avertissant que ce commerce illégal sabote les efforts visant à contenir le virus.

« Les vaccins non approuvés actuellement en circulation ne permettent pas de distinguer sérologiquement les animaux infectés des animaux vaccinés », a déploré le gouvernement dans un communiqué la semaine dernière, avertissant que les travaux de laboratoire pourraient devenir « pratiquement impossibles ».

Avertissements de Bruxelles

La réponse d’Athènes a provoqué la colère des éleveurs, déjà ébranlés par des scandales de corruption, et suscite désormais l’inquiétude à Bruxelles.

La semaine dernière, le parti socialiste grec d’opposition (Pasok) a révélé une lettre du commissaire européen à la santé, Oliver Várhelyi, appelant le gouvernement à vacciner ou à faire face à des mesures plus strictes de la part de Bruxelles.

« Il existe des preuves accablantes que les mesures mises en œuvre en Grèce depuis plus d’un an ne sont pas suffisantes », aurait déclaré M. Várhelyi. « Si la Grèce ne gère pas correctement la situation, la Commission a l’obligation de veiller à ce que toutes les mesures nécessaires soient prises ».

Un porte-parole de la Commission a confirmé à Euractiv que les responsables européens exhortaient Athènes à vacciner les animaux afin d’enrayer le virus. « Nous sommes en contact étroit avec les autorités grecques, tant au niveau technique que politique, et nous nous tenons prêts à fournir un soutien scientifique et technique dans la mesure du possible », a assuré le porte-parole dans un courriel.

Frustration en France et en Espagne

Pendant ce temps, la France et l’Espagne luttent contre la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui a signé son retour dans l’UE l’année dernière après presque une décennie d’absence.

Les éleveurs ont été durement touchés par les protocoles vétérinaires visant à contenir ce virus hautement contagieux, notamment l’abattage de troupeaux entiers lorsqu’une infection est détectée.

En France, la frustration a coïncidé avec le mécontentement suscité par les accords commerciaux et a poussé les agriculteurs à descendre dans la rue en masse.

Les fausses informations se sont propagées presque aussi rapidement que la maladie. Un syndicat de vétérinaires, par exemple, a dû démentir les affirmations en ligne selon lesquelles des professionnels étaient menacés pour avoir refusé de procéder aux abattages obligatoires.

« Il y a de fausses informations qui disent que ce n’est pas une maladie, il y a des affirmations anti-vaccins… mais les agriculteurs ne sont pas des théoriciens du complot. Les malentendus proviennent de la peur et de la confusion », a indiqué un porte-parole du syndicat agricole Coordination Rurale à Euractiv.

Les agriculteurs français ont fait pression sur Paris – et Bruxelles – pour assouplir les règles sanitaires qu’ils jugent trop strictes.

En Espagne, où la maladie a frappé en octobre, les éleveurs de bétail se sont également interrogés sur les mesures d’abattage préventif de l’UE, destinées à garantir l’éradication totale mais de plus en plus considérées comme aveugles.

« Vous voyez ces vaches ? Elles ont l’air en pleine forme, aucune ne semble malade. Mais leurs jours sont comptés. Après-demain, elles seront toutes mortes », peut-on voir dans une vidéo qui circule en ligne en Espagne. Un clip complémentaire montre le même champ vide et se termine par un appel à la désobéissance.

Sarantis Michalopoulos et Alice Bergoënd ont contribué à cet article.