Pour relancer l’économie, Berlin mise sur une réduction de la bureaucratie et de meilleures conditions pour les start-ups

En Allemagne, les représentants de la coalition tripartite au pouvoir espèrent que la réduction des formalités administratives, les énergies renouvelables et de meilleures conditions pour les start-ups permettront de sortir du marasme économique.

Euractiv.com
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Dans ses prévisions pour l’ensemble de l’année 2023 publiées en juillet, le FMI s’attend à ce que l’économie allemande se contracte de 0,3 % cette année, faisant du pays un retardataire par rapport à toutes les autres grandes économies, qui parviennent à afficher des taux de croissance positifs cette année. [<a href="https://www.shutterstock.com/de/image-photo/frankfurt-germany-september-2022-close-view-2207725477" target="_blank" rel="noopener">SHUTTERSTOCK/FrimuFilms</a>]

Alors que l’Allemagne est la moins performante des grandes économies en termes de croissance économique en 2023, selon le Fonds monétaire international (FMI), les représentants de la coalition tripartite au pouvoir espèrent que la réduction des formalités administratives, les énergies renouvelables et de meilleures conditions pour les start-ups permettront de sortir de ce marasme.

Dans ses prévisions pour l’ensemble de l’année 2023 publiées en juillet, le FMI s’attend à ce que l’économie allemande se contracte de 0,3 % cette année, faisant du pays un retardataire par rapport à toutes les autres grandes économies, qui parviennent à afficher des taux de croissance positifs cette année.

Si ces chiffres ont déclenché un débat en Allemagne sur la manière de surmonter le marasme économique du pays, les solutions proposées par les membres de la coalition gouvernementale composée de sociaux-démocrates (SPD, Socialistes et Démocrates européens), de Verts et de libéraux (FDP, Renew Europe) divergent fortement.

Le ministre des Finances, Christian Lindner (FDP), qui a habituellement une approche stricte en matière de fiscalité et se montre sceptique à l’égard des mesures qui pèsent sur les finances publiques, a proposé un régime d’allègement fiscal annuel de 6 milliards d’euros pour les entreprises. Ce dernier a été temporairement interrompu en raison de différends internes au sein de la coalition.

Sandra Detzer, députée et porte-parole des Verts pour les affaires économiques, a déclaré que, bien qu’elle soutienne le paquet d’allègements fiscaux, « plus importantes que les impulsions à court terme, cependant, sont les réformes à long terme visant à renforcer la compétitivité de l’Allemagne, qui ont été retardées depuis si longtemps ».

« L’expansion des énergies renouvelables pour une énergie bon marché, la loi sur l’immigration de la main-d’œuvre qualifiée pour lutter contre la pénurie de travailleurs qualifiés et le contrôle des pratiques pour moins de charges bureaucratiques sont des étapes importantes de la coalition pour que l’Allemagne redevienne un lieu d’implantation pour les entreprises », a ajouté Mme Detzer.

Bien que les nouvelles sources d’énergie renouvelable, telles que l’énergie éolienne et solaire, aient des coûts de production inférieurs à ceux des autres sources d’énergie, les experts ne croient pas que l’Allemagne bénéficie d’un avantage concurrentiel à cet égard, car elle manque, par exemple, de capacités d’hydroélectricité flexible, contrairement à d’autres pays européens.

Libéraux et conservateurs veulent réduire la charge bureaucratique

Son homologue libéral, Reinhard Houben, député du FDP et porte-parole pour les affaires économiques, a indiqué qu’après l’adoption du paquet d’allègements fiscaux, « la prochaine étape est un paquet d’allègement de la charge bureaucratique, que [le ministre de la Justice] Marco Buschmann lancera cette année ».

M. Buschmann, qui avait annoncé qu’il présenterait une liste de propositions visant à réduire la charge bureaucratique dans le courant de l’année, a déclaré en mai dernier que si son gouvernement « montrait la voie en matière de réduction de la bureaucratie dans notre propre pays, […] de nombreuses exigences et règlementations sont décidées au niveau européen ».

Par conséquent, il a annoncé qu’il soutiendrait l’appel du président français Emmanuel Macron (Renaissance, Renew Europe) en faveur d’une « pause » sur la nouvelle législation environnementale au niveau de l’UE. Cet appel du président de la République avait également été soutenu par le Premier ministre belge Alexander De Croo (Open VLD, Renew Europe) ainsi que par les partis d’opposition allemands CDU/CSU (Parti populaire européen), marquant ainsi un contraste avec l’avis de Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne et membre de la CDU.

Loi sur le financement des start-up

Interrogée sur la manière d’améliorer la croissance économique, Verena Hubertz, cheffe de groupe parlementaire adjointe du SPD, le principal parti gouvernemental, a vanté les mérites d’un projet de loi sur les conditions de financement des start-ups adopté par le gouvernement la semaine dernière.

« Le format facilité de participation au capital des employés attirera des talents internationaux recherchés vers la scène des start-ups en particulier », a déclaré Mme Hubertz, elle-même fondatrice d’une start-up avant de rejoindre le parlement, à EURACTIV.

Tout en saluant globalement la proposition comme « un pas décisif vers de meilleures conditions pour l’actionnariat salarié en Allemagne », l’association allemande des start-up a également déclaré qu’elle regrettait l’absence d’un modèle d’imposition plus simple pour les actions détenues par les employés.

« Cela aurait été un instrument puissant, en particulier dans le contexte de la concurrence internationale pour les talents », a affirmé Christian Miele, directeur de l’association, dans un communiqué, ajoutant qu’il espérait des améliorations de la loi au cours du processus parlementaire.

« Nous comptons sur les membres du Bundestag allemand. La loi sur le financement futur montrera à quel point la coalition SPD, Verts et FDP prend au sérieux le renforcement de l’implantation des start-ups », a ajouté M. Miele.

Les nouvelles règles visent également à faciliter l’accès aux capitaux des marchés boursiers pour les entreprises qui n’y sont pas encore cotées, en leur permettant de créer des sociétés-écrans dont le seul but est de lever des capitaux — à l’instar du modèle des « Sociétés d’acquisition à vocation spécifique » (Special Purpose Acquisition Companies, SPAC) aux États-Unis.

« En simplifiant la règlementation, nous améliorons l’accès des entreprises au marché boursier. Cela nous donnera un élan supplémentaire », a expliqué Mme Hubertz.

Toutefois, la Confédération allemande des syndicats (Deutscher Gewerkschaftsbund, DGB) a critiqué le projet de loi.

« La DGB estime que le projet de loi repose sur une hypothèse erronée : le renforcement des possibilités de financement des entreprises sur le marché des capitaux n’améliorera pas les conditions-cadres pour les investissements futurs tant que les entreprises serviront principalement les intérêts des actionnaires », a écrit la fédération dans un communiqué en mai.

« Le passé récent le montre : l’augmentation des bénéfices des sociétés cotées en bourse n’est pas utilisée pour financer de nouveaux investissements, mais pour payer des dividendes et procéder à des rachats d’actions », a-t-elle ajouté.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]