Pourquoi la congélation de vos ovocytes ne garantit pas la maternité
La congélation des ovocytes est souvent présentée comme un moyen d’autonomisation pour les femmes mais le processus n’offre aucune garantie de grossesse et peut également entraîner des désagréments physiques et psychologiques.
Si les campagnes autour de la congélation des ovocytes se multiplient ces dernières années, laissant la possibilité aux femmes de reporter leur maternité, nombre d’entre elles se retrouvent embarquées dans un processus médical bien plus ardu qu’elles ne l’avaient imaginé.
Lorsque Simone — prénom d’emprunt —, a eu 34 ans, sa relation qui durait depuis plusieurs années, a pris fin. La jeune française, une informaticienne indépendante basée en Belgique, n’était pas sûre de vouloir des enfants, mais elle souhaitait pouvoir conserver cette option pour l’avenir.
La congélation des ovocytes est souvent présentée comme un moyen d’autonomisation pour les femmes, leur permettant de reporter et de choisir le moment de la maternité. Mais, il faut aussi préciser que le processus, qui n’offre par ailleurs aucune garantie de grossesse, peut également entraîner des désagréments physiques et psychologiques.
L’incertitude demeure, même après le « succès » de la congélation des ovocytes en vue d’une utilisation future.
Alors que Simone a opté pour ce qu’on appelle l’autoconservation des ovocytes dans le cadre sociétal, qui consiste à congeler ses ovocytes sans raison médicale, d’autres femmes choisissent cette procédure pour préserver leur fertilité avant de subir des traitements agressifs, dans le cadre d’un cancer notamment. Le procédé est le même : test de fertilité, traitement par injection d’hormones, échographies et intervention chirurgicale pour extraire les ovules à congeler.
Une étude portant sur 1 131 femmes âgées en moyenne de 31 ans, publiée en janvier 2025, a révélé que l’intérêt pour la congélation des ovocytes était le plus élevé chez les femmes célibataires, sans enfant et hautement qualifiées. L’étude a également montré que l’intérêt pour ce protocole augmentait avec l’âge.
Simone fait partie d’un nombre croissant de femmes qui tentent de préserver leur avenir reproductif en congelant leurs ovocytes en vue d’une éventuelle fécondation in vitro ultérieure. Dans son cercle d’amis, le sujet revient régulièrement dans les discussions, preuve que les jeunes générations de femmes sont de plus en plus conscientes que la qualité et la quantité de leurs ovocytes diminuent avec l’âge.
Bien qu’il n’existe pas de données exhaustives au niveau de l’UE, la littérature médicale fait état d’environ 60 000 procédures en Europe au cours des dernières décennies. De nombreuses cliniques de fertilité proposent également la congélation des ovocytes, souvent présentée comme un acte d’émancipation pour les femmes modernes : « Votre vie, votre rythme. La congélation des ovocytes est un choix proactif, pas un compromis », affirme l’une des cliniques.
Simone a entendu parler pour la première fois de la congélation des ovocytes à l’âge de 20 ans, lorsque sa mère le lui a suggéré comme cadeau d’anniversaire. Mais à l’époque, la maternité ne figurait pas sur la liste de ses priorités. Dix ans plus tard, elle a consulté un hôpital français, où un premier test hormonal a évalué sa réserve ovarienne, c’est-à-dire la capacité de ses ovaires à fournir des ovocytes capables d’être fécondés.
Les résultats ont été décevants. Sa réserve était si faible que les médecins l’ont placée dans un « parcours de préservation d’urgence », normalement utilisé pour les patientes ayant des problèmes médicaux, comme celles qui se préparent à une chimiothérapie.
« C’était une terrible nouvelle », s’est-elle souvenue. Les médecins lui ont dit que le fait de prélever moins de dix ovocytes réduisait considérablement les chances de succès, car des ovocytes peuvent être perdus pendant l’extraction, la congélation, le stockage, la décongélation et la fécondation, et même dans ce cas, tous les embryons ne s’implantent pas avec succès.
Pour procéder à une opération d’extraction et de congélation des ovocytes, il fallait disposer d’au moins trois ovocytes viables.
« Je n’avais que trois ovocytes, et l’un d’entre eux était trop gros », explique Simone à propos de sa première tentative infructueuse. C’est à ce moment-là qu’elle a réalisé à quel point le processus pouvait être imprévisible, même pour les femmes plus jeunes.
Trois décennies de congélation
La première grossesse à partir d’un ovocyte congelé a été signalée en 1986, mais les taux de réussite sont restés faibles jusqu’aux années 2000, lorsque la vitrification, une technique de congélation rapide, a considérablement amélioré leur survie.
La congélation des ovocytes a d’abord gagné en popularité aux États-Unis. Elle a pris son essor en 2014, lorsque des entreprises comme Apple et Facebook ont commencé à proposer cette procédure à leurs employés. Des célébrités telles que la star de téléréalité Kourtney Kardashian, qui a suivi ce traitement à 39 ans, ont également contribué à sensibiliser le public.
La demande s’est ensuite étendue à l’Europe, où certains employeurs, comme la société pharmaceutique allemande Merck, proposent désormais de prendre en charge une partie des frais pour leurs employés.
Malgré les progrès scientifiques, les médecins soulignent que cette procédure comporte encore une incertitude importante quant à une éventuelle grossesse future. « En moyenne, environ 85 % des ovocytes congelés survivent au processus de décongélation », a expliqué Michel De Vos, directeur médical du service de diagnostic et de traitement de la fertilité à l’hôpital universitaire de Bruxelles, à propos du taux de survie dans sa clinique.
Toutefois, pour les femmes qui congèlent leurs ovocytes entre 35 et 37 ans, une dizaine d’ovules décongelés offrent environ 50 % de chances de naissance, a-t-il ajouté.
« La congélation des ovocytes n’est jamais une garantie. Nous ne pouvons pas atteindre un taux de réussite de 100 %, mais la congélation augmente les chances d’une grossesse future, en particulier lorsque les femmes utilisent les ovocytes après l’âge de 40 ans », a poursuivi Michel De Vos.
Lorsque le médecin de Simone a annulé son opération de prélèvement 24 heures avant la date prévue en raison de son faible nombre d’ovocytes, Simone a ressenti « tristesse et colère ». Elle a immédiatement tenté une deuxième fois, rassurée par le médecin qui lui a dit qu’il était possible d’obtenir de meilleurs résultats avec une dizaine d’ovocytes.
Les injections quotidiennes d’hormones, destinées à stimuler la production d’ovules, ont repris.
« J’avais l’impression d’injecter du poison dans mon corps », a relaté Simone, décrivant une expérience partagée par de nombreuses femmes ayant suivi le même traitement hormonal, même si la quantité et la durée dépendent de chaque individu.
Son ventre était gonflé, elle avait l’air enceinte, et la chute hormonale qui a suivi l’a laissée mentalement épuisée. De Vos a noté que l’inconfort physique, les fluctuations hormonales et la tension émotionnelle font partie des aspects les plus difficiles du processus.
La deuxième tentative de Simone a été encore plus décevante : seuls deux ovocytes ont été prélevés, et celui précédemment surdimensionné s’était transformé en kyste, bloquant complètement un ovaire. « C’était un cauchemar. J’ai tout recommencé, pour rien. »
Bien que son assurance maladie française ait couvert la plupart des frais, elle a tout de même dû payer environ 1 000 euros pour deux tentatives. Malgré le coût et les deux échecs, Simone n’a pas abandonné et a entamé une troisième tentative en novembre.
Une union, de nombreuses règles
La congélation des ovocytes, qu’elle soit motivée par des raisons sociales ou médicales, reste inégalement réglementée dans l’Union européenne.
La Hongrie, la Lituanie, Malte et la Slovénie n’autorisent pas l’autoconservation des ovocytes dans le cadre sociétal. D’autres pays, tels que l’Espagne, la République tchèque, la Lettonie, le Danemark et l’Allemagne, le permettent, mais les conditions requises varient. La Grèce et le Portugal sont devenus des destinations prisées pour la congélation des ovocytes, en partie parce que les coûts de la procédure y sont moins élevés.
En République tchèque et en Grèce, l’autoconservation des ovocytes dans le cadre sociétal, coûte environ 2 300 euros, y compris un an de stockage mais hors médicaments, tandis qu’un service similaire coûte environ 3 000 euros en Espagne.
La congélation médicale des ovocytes est strictement réglementée et généralement remboursée, bien que les règles varient d’un État membre à l’autre.
L’Autriche autorisera les femmes à congeler leurs ovocytes pour des raisons personnelles à partir de 2027, après que la plus haute juridiction du pays a jugé que l’interdiction précédente violait les droits reproductifs.
En Belgique, les femmes doivent payer elles-mêmes la totalité du coût de l’autoconservation des ovocytes dans le cadre sociétal, soit en moyenne environ 5 000 euros, en fonction des besoins hormonaux, qui constituent la partie la plus coûteuse.
Marie,dont le prénom a été modifié, est une professeure de sociologie allemande de 32 ans qui a vécu cette procédure en Belgique. Elle a payé 2 700 euros. « J’ai eu de la chance car je n’ai pas eu besoin de beaucoup d’hormones. En effet, plus la prédiction du nombre d’ovocytes est précise, moins le traitement est lourd », explique-t-elle.
En Allemagne, Marie aurait payé beaucoup plus : entre 2 300 et 4 000 euros pour l’intervention, jusqu’à 1 800 euros pour les médicaments et jusqu’à 600 euros par an pour le stockage.
Marie a entendu parler pour la première fois de la congélation des ovocytes lorsque son gynécologue lui a demandé si elle envisageait d’avoir des enfants à 28 ans, puis à nouveau à 30 ans.
« Je me suis soudainement sentie vieille », se rappelle-t-elle. Pourtant, à la clinique de fertilité, les médecins lui ont dit qu’elle était encore « jeune pour congeler ses ovocytes », même si elle a reporté la procédure d’un an pour terminer son doctorat, puis a commencé à 31 ans.
Après avoir terminé la procédure, quatre de ses ovocytes ont été congelés. Les médecins lui ont conseillé de répéter le processus pour améliorer ses chances d’en obtenir davantage, mais elle a décidé de ne pas le faire, invoquant sa déception, ainsi que l’intensité et le coût du traitement.
« Je vais voir où la vie me mènera dans les deux ou trois prochaines années. Peut-être que j’essaierai à nouveau à 35 ans, ou que j’arrêterai complètement de penser aux enfants, ou peut-être que je tomberai enceinte naturellement ».