Pratiques commerciales déloyales, liens avec Moscou : Ursula von der Leyen et Emmanuel Macron devraient interpeller le président chinois
L’UE devrait mettre en garde, lundi (6 mai), le président Xi Jinping contre les pratiques commerciales déloyales à l’égard de l’Europe et encourager Pékin à jouer un rôle plus important dans les négociations diplomatiques sur la guerre en Ukraine.
Les dirigeants de l’UE devraient mettre en garde, lundi (6 mai), le dirigeant chinois Xi Jinping contre les pratiques commerciales déloyales de la Chine à l’égard de l’Europe. Ils comptent également encourager le pays à jouer un rôle plus important dans les négociations diplomatiques concernant la guerre en Ukraine.
Les discussions trilatérales entre le président français Emmanuel Macron, son homologue chinois Xi Jinping et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen à Paris interviennent dans un contexte de tensions accrues au sujet des sanctions mutuelles que les deux blocs s’imposent, de la stratégie de réduction des risques économiques de l’UE à l’égard de la Chine et d’une initiative chinoise similaire visant l’Occident.
Selon des responsables de l’UE, la France et l’UE entendent adresser deux messages principaux à Pékin : l’un sur les pratiques chinoises conduisant à une distorsion du marché et l’autre sur le soutien aux capacités militaires de la Russie dans le cadre de la guerre en Ukraine.
Mme von der Leyen devrait adopter une position plus ferme sur les pratiques commerciales déloyales, tandis que M. Macron devrait mettre en garde M. Xi contre les conséquences que le soutien à la Russie impliquaient.
« Notre intérêt est d’obtenir de la Chine qu’elle pèse pour la stabilité de l’ordre international. Ce n’est pas l’intérêt de la Chine aujourd’hui d’avoir une Russie déstabilisatrice de l’ordre international […] », a déclaré M. Macron dans un récent entretien avec l’hebdomadaire The Economist. « Il faut donc travailler avec la Chine pour construire la paix », a-t-il poursuivi.
Toutefois, il a ajouté que l’Europe devait défendre ses « intérêts stratégiques » dans ses relations économiques avec le géant asiatique, car ce dernier ne respecte pas les règles du commerce international.
Concurrence déloyale
« Nous devons agir pour nous assurer que la concurrence est loyale et qu’elle n’est pas faussée », a déclaré Mme von der Leyen à plusieurs médias, dont Euractiv, en amont des discussions de lundi.
Elle a affirmé que lors de ses précédentes rencontres avec le chef d’État chinois — deux rencontres l’année dernière —, elle avait clairement indiqué que les déséquilibres actuels en matière d’accès au marché n’étaient pas viables et qu’ils devaient être corrigés.
« La Chine, grâce à des subventions massives [à ses industries], produit actuellement plus qu’elle ne vend en raison de la faiblesse de sa propre demande intérieure, ce qui conduit à une offre excédentaire de produits chinois subventionnés, tels que les véhicules électriques et l’acier, et donc à un commerce déloyal », a-t-elle affirmé.
L’UE a récemment ouvert une enquête sur des allégations de pratiques « discriminatoires » contre ses produits sur les marchés publics chinois de dispositifs médicaux. Ce à quoi Pékin a répondu en accusant Bruxelles de « protectionnisme ».
Cette enquête est la dernière en date d’une série d’enquêtes anti-subventions menées par la Commission européenne contre la Chine au cours des derniers mois, notamment sur les ventes de véhicules électriques, de trains, de panneaux solaires et d’éoliennes.
« L’Europe ne peut accepter de telles pratiques de distorsion du marché qui pourraient conduire à la désindustrialisation en Europe », a insisté Mme von der Leyen.
La cheffe de l’exécutif de l’UE a indiqué qu’elle « encourageait le gouvernement chinois à remédier à ces surcapacités à court terme », ajoutant que l’UE « collaborera étroitement avec les pays du G7 et les économies émergentes qui sont davantage touchées par les distorsions de marché de la Chine ».
Elle a réaffirmé que « l’UE devrait réduire les risques dans ses relations, mais ne pas se dissocier de la Chine », en référence à sa doctrine présentée il y a plus d’un an et qui, depuis lors, a guidé la politique commerciale de l’Union européenne avec Pékin.
Diviser pour mieux régner
La réaction de la Chine a été relativement « discrète », Pékin cherchant à éviter une escalade d’enquêtes anti-subventions, qui pourrait compromettre l’objectif stratégique plus large du président chinois, à savoir creuser un fossé entre l’Europe et les États-Unis, analyse Alicia García-Herrero, chercheuse du groupe de réflexion Bruegel, pour Euractiv.
Selon elle, les objectifs plus immédiats de la visite du président chinois sont de convaincre Emmanuel Macron de se distancer de la position récemment plus dure de l’exécutif européen vis-à-vis de Pékin et d’encourager Paris à ne pas soutenir la reconduction de Mme von der Leyen pour un second mandat à la tête de la Commission, cette dernière étant nettement plus ferme que lui envers Pékin.
« M. Xi n’est pas en mission pour réparer les relations [avec l’UE], car de son point de vue, tout va bien : il affirme qu’il n’y a pas de surcapacités [des industries chinoises] et que ce qui se passe entre la Chine et la Russie n’est qu’une activité commerciale normale », a expliqué Janka Oertel, directrice du programme Asie du Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), dans des commentaires envoyés par courriel à Euractiv.
Elle ajoute que les messages délivrés lundi par les Européens ne devraient pas avoir un effet significatif sur le comportement de la Chine.
Le défi pour M. Macron et Mme von der Leyen sera d’envoyer un signal clair que l’Europe est prête à utiliser les outils qu’elle a mis en place ces dernières années pour défendre ses industries de la concurrence déloyale et qu’elle est prête à sanctionner davantage d’entreprises chinoises pour leur soutien critique à l’effort de guerre de Moscou.
Toutefois, les responsables de l’UE considèrent qu’il s’agit d’un défi, car la visite de M. Xi a été initiée par Pékin pour montrer que les relations avec l’Europe sont encore relativement bonnes malgré les problèmes et les divisions internes.
« En regardant les capitales qu’il a choisies — Paris, Budapest, Belgrade — il a choisi celles où il sera probablement bien accueilli », a fait remarquer un responsable de l’UE.
« [Xi] a trois objectifs très différents : [l’un] consiste à démontrer qu’il est un membre bienvenu de la communauté internationale et qu’il a des amis au sein du G7, en France », a indiqué Mme Oertel.
Les deux autres étapes lui permettraient « d’aborder l’hypocrisie américaine et les excès de l’OTAN en commémorant le 25e anniversaire du bombardement par l’OTAN de l’ambassade de Chine à Belgrade » et de « souligner les opportunités de coopération avec la Chine, notamment dans les technologies vertes, en Hongrie ».
[Édité par Anne-Sophie Gayet]