Protéines végétales : le Commissaire à l’agriculture annonce une stratégie européenne pour 2024

À l’occasion de la visite du Commissaire européen à l’Agriculture au Salon de l’agriculture, celui-ci a soutenu le plan protéine de la France et annoncé une stratégie européenne en 2024.

EURACTIV France avec AFP
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À l’occasion de la visite du commissaire européen à l’Agriculture au Salon de l’agriculture, celui-ci a soutenu le plan protéine de la France et annoncé une stratégie européenne en 2024.

Le Commissaire européen à l’Agriculture Janusz Wojciechowski était invité, jeudi matin (2 mars) lors du Salon international de l’agriculture, à un échange sur le thème des protéines, auquel étaient conviés le ministre français Marc Fesneau et des membres de l’interprofession.

Un an après le déclenchement de la guerre en Ukraine, la production de protéines végétales est considérée comme un enjeu majeur de souveraineté alimentaire dans l’Union européenne.

« Nous sommes à 50 % d’autonomie en matières riches en protéines. En Europe, c’est 35 %. Notre objectif est d’arriver, en France, à 60 % d’autonomie en 2030 », annonce à EURACTIV Benjamin Lammert, président de l’interprofession des huiles et protéines végétales Terres Univia, également présent lors de l’échange.

Que ce soit en France ou en Europe, ces protéines essentielles sont encore largement importées des pays tiers. Le soja, par exemple, est importé à 90 % du Brésil ou des États-Unis.

Pour y remédier, la France a lancé en 2021 le plan « protéines végétales » afin de réduire cette dépendance, que ce soit pour la nourriture animale (soja, légumineuses, et les oléagineux) ou l’alimentation humaine.

Cela se matérialise depuis deux ans par des aides à l’investissement pour adapter le matériel et à l’accompagnement des agriculteurs, pour près de 110 millions d’euros.

Le gouvernement soutient également des programmes de recherche et développement, dans le but de rendre les semences plus adaptées au changement climatique ou aux maladies.

Autre volet du plan : la promotion des protéines végétales dans l’alimentation humaine : « La consommation de lentilles et de pois chiche baisse. Nous encourageons particulièrement les jeunes et la restauration collective », ajoute Benjamin Lammert.

Un observatoire et une stratégie européenne

Il y a encore un an, une stratégie européenne consacrée aux protéines ne figurait toujours pas dans les priorités de la Commission.

Conséquences de la guerre en Ukraine, les impératifs de souveraineté alimentaires et la pression du Parlement européen semblent avoir fait virer de bord l’exécutif européen.

« Une stratégie européenne des protéines sera lancée au premier trimestre 2024 », déclare le Commissaire durant l’échange.

Sur la base d’un rapport publié en 2018, la Commission entend s’appuyer d’abord sur la PAC et les plans stratégiques nationaux qui comportent des soutiens spécifiques. En France, les aides aux protéines végétales mobilisent 2 à 3,5 % du budget du premier pilier.

« Il faut aller plus loin que la PAC et étudier la totalité des systèmes agricoles et alimentaires », insiste M. Wojciechowski. Il mise notamment sur « la recherche et le développement pour augmenter la production de plantes », notamment via le programme Horizon Europe pour la période 2021-2027.

« Cette nouvelle stratégie sera très large, elle fera la promotion de la production de protéines, et donnera les moyens d’augmenter la part de protéines d’origine végétale dans l’alimentation humaine », ajoute-t-il.

Cette stratégie, proche du plan français, est une bonne nouvelle pour les représentants des producteurs hexagonaux, qui y voient un moyen de créer une synergie entre les pays européens. « Tout ce qui donne de la clarté va fluidifier le secteur », concède Benjamin Lammert.

Ce dernier confie à EURACTIV avoir proposé au Commissaire de lui fournir des retours d’expérience du plan français. Créer des jonctions entre la recherche et les applications sur le terrain, puis accompagner davantage les agriculteurs font partie des axes de progression, selon M. Lammert.

« Il faut accélérer la recherche : nous sommes en retard sur les semences, les variétés, les alternatives aux produits phytosanitaires. Nous devons pousser à une stratégie européenne », souligne à son tour le ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire Marc Fesneau.

De par la capacité des légumineuses à capter l’azote en le restituant au sol, ces plantes, par ailleurs peu consommatrice d’engrais, sont au cœur de la stratégie européenne de la ferme à la table, déclinaison agricole du Pacte vert pour l’Europe.

« La stratégie française en matière de protéagineux peut renforcer la sécurité alimentaire, tout en réduisant les impacts environnementaux », résume Janusz Wojciechowski sur son compte Twitter à l’issue de l’échange, avant de déambuler dans le Salon de l’agriculture.