Qatargate : une enquête qui pose « beaucoup de questions », selon l’avocat de Marc Tarabella
L’avocat de l’eurodéputé Marc Tarabella a commenté, les récents développements dans l’enquête du Qatargate, à savoir le retrait du juge d’instruction Michel Claise, ainsi que la relation entre l’eurodéputée Marie Arena et l’ancien eurodéputé Pier-Antonio Panzeri.
L’avocat de l’eurodéputé Marc Tarabella, Maxim Töller, a commenté, mardi (20 juin), les récents développements dans l’enquête du Qatargate, à savoir le retrait du juge d’instruction Michel Claise de l’enquête, ainsi que la relation entre l’eurodéputée Marie Arena et l’ancien eurodéputé Pier-Antonio Panzeri.
S’exprimant sur la chaîne de télévision belge RTL, Maxim Töller a rappelé que l’eurodéputée belge Marie Arena (Socialistes et Démocrates, S&D) avait été déclarée innocente dès le début par M. Panzeri, le cerveau présumé du système de corruption mis en place au sein de l’UE. Ce dernier avait déclaré qu’elle n’avait rien à voir avec l’affaire lorsqu’il avait signé un accord de repenti avec la justice belge. Cependant, pour l’avocat de Marc Tarabella (S&D), la relation entre Mme Arena et M. Panzeri soulève des interrogations car, « selon des informations qui nous reviennent de tous côtés », cette relation semble « plus importante que ce qui a été décrit jusqu’à présent ».
Selon lui, cet élément met en doute les propos du repenti, sur lesquels l’avocat a par ailleurs toujours émis des réserves. « La parole corrompue d’un homme corrompu », martèle-t-il.
L’avocat a également été interrogé sur l’annonce faite lundi (19 juin) de la décision du juge d’instruction Michel Claise de se dessaisir du dossier.
Lundi soir, le juge a interrogé l’eurodéputé italien Andrea Cozzolino. Ce dernier, député européen socialiste dont l’immunité a été levée et qui a été exclu de son groupe parlementaire (S&D) en même temps que M. Tarabella, a été arrêté il y a quatre mois en Italie dans le cadre de l’enquête. Il était depuis lors assigné à résidence dans le pays dans l’attente de l’exécution d’un mandat d’arrêt européen.
Me Claise devait se prononcer sur l’éventuelle arrestation de M. Cozzolino mardi, après l’avoir à nouveau entendu. Toutefois, le juge a annoncé tard dans la soirée de lundi qu’il préférait se retirer de l’enquête, en raison d’allégations de conflit d’intérêts.
Le conflit d’intérêts résiderait dans le fait que le fils du juge Claise et le fils de Marie Arena auraient des liens étroits et dirigeraient même une entreprise ensemble depuis 2018.
Cette information a été présentée par Maxim Töller, qui avait déjà demandé l’éviction du juge d’instruction plus tôt cette année. La dernière fois, la procédure n’avait pas abouti, compte tenu du principe de présomption d’innocence. Cette fois-ci, une procédure de récusation n’a pas été introduite et il a suffi à M. Töller de montrer les preuves qu’il a découvertes ce week-end sur les liens au juge lui-même, qui a décidé de faire un pas de côté.
M. Töller a souligné le fait que Mme Arena n’a jamais été interrogée ou inculpée dans le cadre de l’enquête sur le Qatargate, alors qu’elle serait proche du principal suspect, Pier-Antonio Panzeri, et que son nom a été mentionné à plusieurs reprises dans le dossier.
Selon Maxim Töller, il y a « beaucoup de questions » qui se posent sur la manière dont l’instruction a été menée, en particulier concernant l’impartialité du juge Me Claise. Il souligne également le fait que le nom de Marie Arena a été mentionné « dès le premier jour » de l’enquête, ce qui pourrait suggérer que le juge a dissimulé ce conflit d’intérêts dont il était certainement au courant.
« Il y a un conflit d’intérêts potentiel qui s’aggrave encore lorsqu’on sait que le comptable de la société de ces deux jeunes hommes est également le comptable qui a été perquisitionné parce que c’est le comptable de sociétés, d’ASBL qui ont un rapport avec M. Panzeri », a ajouté M. Töller, des propos repris par la RTBF.
« On se demandait depuis un moment pourquoi on ne vérifiait pas la parole de M. Panzeri, pourquoi on ne vérifiait pas les éléments, tant à charge qu’à décharge, puisque le seul élément contre M. Tarabella, c’est la parole de M. Panzeri », a poursuivi l’avocat. « Quand on s’est posé ces questions-là, quand on réfléchit à ces éléments-là, petit à petit, on a relevé certains éléments, certains problèmes qui nous semblent justifier l’éviction, ou le départ en l’occurrence, du juge d’instruction », a-t-il ajouté.
Ces révélations sur Marie Arena interviennent après que l’ancienne vice-présidente du Parlement européen Eva Kaili a souligné, au début du mois, le fait que l’eurodéputée belge « avec laquelle M. Panzeri a voyagé au Qatar et au Maroc, ne sera jamais inquiétée [par la justice] ».
Les avocats d’Eva Kaili ont par ailleurs réagi à l’annonce de la récusation du juge Claise mardi après-midi. « Avec un étonnement douloureux, nous sommes informés que le fils du juge d’instruction et le fils de Marie Arena sont en charge d’une entreprise de cannabis médical ! [Il s’agit d’une entreprise de CBD] Cette information, qui n’a pas été démentie, suscite de grandes et évidentes interrogations sur l’impartialité des devoirs d’enquête », expliquent-ils selon la RTBF.
Ils demandent dès lors au Parquet fédéral belge de mener l’enquête sur d’éventuelles « omissions délibérées » lors de l’enquête menée par le juge Claise.
[Édité par Théophane Hartmann]