« Que Dieu bénisse l'Union européenne »

Également dans l'édition de lundi : Bill White, députés européens français, Islande, Chine

/ EURACTIV.com

Vous lisez Rapporteur ce lundi 29 juin. Ici Eddy Wax à Bruxelles, accompagné de Nicoletta Ionta.

À retenir :

🟢 Faible participation de l’UE à la fête organisée par Trump à Bruxelles

🟢 Rencontre avec les députés européens français qui façonnent 2027

🟢 L’Islande rejette le statut de membre de seconde zone au sein de l’UE


L’Europe, vue de Bruxelles


Bill White, l’envoyé MAGA en Belgique, a déclaré hier soir à la foule que 8 850 personnes ont assisté à sa fête organisée à l’occasion du Jour de l’Indépendance américaine. « Pourquoi faut-il que ce soit si grand ? », a-t-il demandé. « Parce que nous sommes les États-Unis d’Amérique. »

Au parc du Cinquantenaire, White a fait étalage d’un exceptionnalisme américain sans complexe, en privatisant pour la soirée une grande partie du quartier européen à Bruxelles. C’était une véritable vitrine des piliers de la culture américaine : Budweiser, hot-dogs, pom-pom girls, feux d’artifice, musique country et casquettes de baseball fabriquées en Chine. Les entreprises sponsors ont financé l’événement à hauteur de 5,5 millions de dollars, a-t-il précisé.

Mais alors que de nombreux fêtards européens rentraient chez eux avec leurs sacs cadeaux aux couleurs du drapeau américain, un peu éméchés et rassurés quant aux relations transatlantiques, on avait aussi le sentiment que les deux camps avaient passé la soirée à des fêtes différentes, célébrant des visions contrastées du passé américain et de l’avenir de l’Europe.

Pour les Européens, c’était l’occasion de célébrer les aspects de l’histoire américaine qu’ils admirent. Dans son discours, le Premier ministre belge Bart De Wever a mis l’accent sur la Déclaration d’indépendance des États-Unis, citant la réflexion de l’ancien président américain Calvin Coolidge selon laquelle les valeurs morales doivent primer sur la réussite matérielle.

Pour les Américains, il s’agissait d’un événement MAGA tape-à-l’œil. White a longuement présenté une gigantesque bague en or incrustée de diamants, réalisée par des joailliers juifs d’Anvers en guise de cadeau pour Donald Trump. « C’est embarrassant », a murmuré un fonctionnaire de l’UE debout à côté de moi.

Lorsque son micro a enfin fonctionné, Alexis Wilkins, la compagne du directeur du FBI Kash Patel, a entonné l’hymne national. White s’en est également pris aux médias pour leur couverture de la fête et s’est moqué de la chanteuse Katy Perry, pour ne pas s’être présentée. « On s’en fiche », a-t-il lancé.

Les orateurs européens ont mis l’accent sur les liens culturels qui nous unissent. Trump, s’adressant à la foule dans un message vidéo projeté sur l’arc de triomphe, a évoqué la défense de « notre civilisation commune ».

Mais quelle est la vision de l’administration américaine pour la prochaine ère de cette civilisation ? On aurait peut-être pu trouver une réponse en se promenant dans l’enceinte réservée aux VIP, en la personne de Tom Van Grieken, chef du parti d’extrême droite flamand Vlaams Belang.

La faible présence de hauts responsables de l’UE en dit long sur l’état des relations transatlantiques, quelques jours après la dernière menace tarifaire de Trump. Seuls trois des 27 commissaires européens ont fait le déplacement : Andrius Kubilius, Maroš Šefčovič et Oliver Várhelyi.

Ni António Costa, ni Kaja Kallas, ni Ursula von der Leyen n’étaient présents ; cette dernière avait toutefois envoyé son bras droit, Björn Seibert. Roberta Metsola, la représentante européenne la plus en vue présente, a été la seule oratrice à reconnaître qu’il y avait eu récemment des « désaccords ».

« Que Dieu bénisse l’Union européenne », a déclaré White.

La fête est finie, et l’Europe le sait. Au moins, les Européens sont toujours dans les pensées et les prières des Américains.

Les députés européens français du centre à garder à l’œil

À un dernier été de la campagne présidentielle française, qui va bientôt battre son plein, les principaux candidats ont déjà commencé à se mettre en jambe, écrit Elisa Braun.

Derrière les apparitions soigneusement mises en scène et les premiers rassemblements de campagne, les équipes se mettent en place – et bon nombre des acteurs clés ne sont pas seulement basés à Paris, mais aussi entre Bruxelles et Strasbourg.

Au cours des prochains jours, Euractiv vous fera découvrir les réseaux bruxellois des candidats à la présidentielle.

Nous commençons par le centre pro-européen fragmenté avant de nous tourner vers l’extrême droite et la gauche, en présentant les députés européens qui contribuent à façonner la course bien avant le début officiel de la campagne. Lisez la première partie de la série d’Elisa.

Ne diluez pas l’adhésion à l’UE, demande l’Islande

Alors que l’Islande se prépare à un référendum sur la réouverture des négociations d’adhésion à l’UE, la ministre des Affaires étrangères, Þorgerður Katrín Gunnarsdóttir, adresse un message à Bruxelles : ne créez pas de membres de seconde zone.

Elle a exhorté l’UE à « faire preuve de prudence » face aux propositions visant à retarder l’octroi des droits de vote et de veto à part entière aux nouveaux adhérents, avertissant que cela pourrait saper le soutien à l’élargissement – y compris lors du référendum islandais du 29 août. Elle s’est toutefois dite « plutôt confiante » quant à la capacité de l’Islande à négocier un accord favorable si les électeurs se prononcent en faveur de la reprise des négociations.

Ses remarques interviennent après l’évocation par plusieurs dirigeants de l’UE d’une étude de modèles d’adhésion progressive qui accorderaient aux pays candidats l’accès à certaines parties de l’Union avant leur adhésion à part entière. Lisez l’intégralité de l’interview de Magnus Lund Nielsen ici.

La Chine vient frapper à la porte

Le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, rencontre aujourd’hui à Bruxelles Maroš Šefčovič, le commissaire européen au Commerce, pour une journée de discussions visant à apaiser les tensions entre Bruxelles et Pékin, rapporte Thomas Moller-Nielsen.

Cette rencontre fait suite à la demande formulée en début de mois par les dirigeants de l’UE à la Commission européenne d’« élaborer et, à terme, compléter » ses outils de défense commerciale afin de protéger les industries européennes en difficulté face à la flambée des importations chinoises.

Cette formulation marque un recul par rapport à la rhétorique plus belliciste employée par certains dirigeants avant le sommet, alors que certaines capitales craignaient de provoquer des mesures de rétorsion de la part de Pékin.

Wang devrait également insister auprès de Šefčovič sur sa proposition d’un instrument « dédié » destiné à aider les entreprises de l’UE à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement en s’affranchissant de la Chine, une idée que le commissaire au commerce a évoquée plus tôt ce mois-ci.

Voici trois nouveaux articles d’Euractiv :


Les capitales


PARIS 🇫🇷

La France a enregistré environ 1 000 décès supplémentaires depuis mercredi dernier, alors qu’une vague de chaleur exceptionnelle s’est abattue sur le pays, selon des données préliminaires de santé publique publiées dimanche. Ces chiffres ne couvrent qu’environ 60 % des décès, ce qui laisse penser que le bilan final sera nettement plus élevé. Les personnes âgées de 65 ans et plus ont été les plus touchées, en particulier celles décédées à domicile, ce qui a relancé les appels à prendre des nouvelles des personnes isolées et vulnérables.

– Charles Szumski

BELGRADE 🇷🇸

Le président Aleksandar Vučić a annoncé qu’il démissionnerait dans les semaines à venir et ferait campagne pour le Parti progressiste serbe (SNS), au pouvoir, lors des prochaines élections législatives sous la bannière « Serbie unie ». Annonçant cette décision lors d’un rassemblement de son parti à Belgrade, Vučić a déclaré qu’il s’agirait de son dernier discours devant une foule aussi nombreuse en tant que président. Cet événement a marqué le lancement de la campagne électorale du SNS alors que se poursuivent les manifestations antigouvernementales menées par les étudiants. Lisez l’article complet.

– Pavle Kosić

VARSOVIE 🇵🇱

La Pologne et les États-Unis sont entrés dans une nouvelle phase de négociations concernant l’implantation d’une base militaire américaine permanente, a déclaré dimanche le ministre de la Défense, Władysław Kosiniak-Kamysz. Il a précisé que la révision des forces mondiales menée par le Pentagone déterminerait la décision finale, Poznań et Wrocław figurant parmi les principales candidates. Varsovie prépare actuellement des propositions de financement afin d’étendre la présence permanente des États-Unis au-delà des quelque 10 000 soldats actuellement stationnés en Pologne.

– Charles Szumski

MADRID 🇪🇸

La course effrénée de l’Espagne pour atteindre l’objectif de 2 % de dépenses de défense fixé par l’OTAN met en évidence les limites de son industrie de défense nationale. Après avoir presque doublé les dépenses militaires pour les porter à environ 33,9 milliards d’euros en 2025, les experts avertissent que le secteur manque de capacité industrielle, de main-d’œuvre qualifiée et de planification à long terme pour absorber efficacement ces investissements. Selon eux, un soutien accru aux PME et une stratégie industrielle plus claire sont nécessaires pour éviter les retards et les dépassements de coûts. Lisez l’article complet.

– Inés Fernández-Pontes

BUCAREST 🇷🇴

L’impasse politique en Roumanie ne semble pas près de se dénouer après la reconnaissance par le président Nicușor Dan que les efforts visant à former une majorité parlementaire excluant l’extrême droite avancent plus lentement que prévu. Les partis de centre-droit ont proposé Siegfried Mureșan, figure de proue du PPE, au poste de Premier ministre, tandis que le centre-gauche soutient Sorin Grindeanu. Le Premier ministre par intérim Ilie Bolojan reste en fonction alors que le Parlement s’apprête à suspendre ses travaux.

– Matei Rosca

KIEV 🇺🇦

Volodymyr Zelenskyy a déclaré que « personne ne nous dira quels héros honorer » en dévoilant son projet de Panthéon national destiné à rendre hommage à ceux qui se sont battus pour l’indépendance de l’Ukraine. Cette annonce intervient alors que le différend avec la Pologne s’aggrave suite à la décision de Kiev de donner à une unité militaire le nom des « Héros de l’UPA », ce qui a entraîné une série de réactions réciproques entre les deux pays en matière de distinctions honorifiques.

– Charles Szumski

PODGORICA 🇲🇪

Le différend frontalier de longue date entre le Monténégro et la Croatie a refait surface après la déclaration du président Jakov Milatović affirmant que le cap Oštro appartient au Monténégro, ce qui a suscité une vive réprobation de la part de Zagreb et soulevé de nouvelles questions concernant l’adhésion du pays à l’UE. Selon les experts, un arbitrage sur la frontière terrestre est peu probable sans le consentement de la Croatie ; ils estiment par ailleurs que Podgorica dispose d’arguments juridiques plus solides dans le différend maritime, domaine dans lequel Zagreb conserve un levier sur les ambitions d’adhésion du Monténégro.

– Bronwyn Jones


Editrices.teurs : Eddy Wax, Nicoletta Ionta, Christina Zhao, Sofia Mandilara, Charles Szumski

Contributeurs.trice : Magnus Lund Nielsen, Elisa Braun, Thomas Moller-Nielsen

Traductrice : Clara Vassent