Rapprocher les Verts et le PPE, la nouvelle mission de Virginijus Sinkevičius

Nouvellement élu eurodéputé au sein du groupe des Verts/ALE, le commissaire sortant à l’Environnement Virginijus Sinkevičius se positionne comme le pont entre son groupe et le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, même si ce dernier n’a pas inclus les Verts dans son alliance.

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European Parliament plenary session in Strasbourg
Virginijus Sinkevičius, décrit comme « le pari le plus risqué de [Ursula] von der Leyen », s’est vu confier le portefeuille de l’environnement et des océans en 2019, à l’âge de 28 ans, devenant ainsi le plus jeune commissaire de l’histoire de l’Union. [EPA-EFE/JULIAN WARNAND]

Nouvellement élu eurodéputé au sein du groupe des Verts/ALE, le commissaire sortant à l’Environnement Virginijus Sinkevičius se positionne comme le pont entre son groupe et le Parti populaire européen (PPE) de centre droit, même si ce dernier n’a pas inclus les Verts dans son alliance.

Le responsable politique lituanien, commissaire au sein du collège de centre droit dirigé par Ursula von der Leyen, entre maintenant au Parlement européen après avoir été élu au scrutin européen début juin alors qu’il se présentait avec le parti écologiste conservateur Union des démocrates « Pour la Lituanie », qui fait désormais partie du groupe des Verts/ALE.

Virginijus Sinkevičius, décrit en 2019 comme « le pari le plus risqué de [Ursula] von der Leyen », s’est vu confier le portefeuille de l’environnement et des océans à l’âge de 28 ans, devenant ainsi le plus jeune commissaire de l’histoire de l’Union.

En 2019, il avait été proposé pour ce rôle par l’Union lituanienne agraire et des verts, un parti conservateur et écologiste qui cherchait à rejoindre les rangs des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) d’extrême droite, après avoir quitté le groupe des Verts/ALE.

L’homme politique a, pendant la dernière législature, piloté les dossiers controversés du Pacte vert pour l’Europe (Green Deal), tels que le règlement visant à réduire les déchets d’emballage, décrit comme l’un des dossiers ayant fait l’objet du plus important effort de lobbying de ces dernières années, et une révision des règles de l’UE en matière d’émissions industrielles.

Malgré une relation tendue entre les Verts et Ursula von der Leyen due aux revirements de cette dernière sur plusieurs dossiers environnementaux, y compris les nouvelles règles environnementales de la Politique agricole commune (PAC) et la loi sur les systèmes alimentaires durables, M. Sinkevičius a salué le soutien de la présidente de la Commission lors de la précédente législature.

S’adressant à Euractiv, il a remercié Ursula von der Leyen de lui avoir permis d’« aller de l’avant » avec son ambitieux portefeuille environnemental.

Jongler entre les Verts et le centre droit

Le fait de siéger avec les Verts au Parlement pour la législature 2024-2029 signifie toutefois une perte d’influence pour Virginijus Sinkevičius. Le PPE a en effet jusqu’à présent rejeté les appels des écologistes à former une coalition unie à la suite des récentes élections européennes.

Pour Ursula von der Leyen, chercher le soutien des Verts à sa reconduction à la tête de la Commission est une solution de dernier recours, si elle ne parvient pas à ses fins avec le seul soutien des Socialistes et Démocrates (S&D) et des libéraux de Renew.

L’ancien commissaire lituanien espère cependant que le PPE changera sa position et permettra aux Verts de participer à la coalition « en tant que partenaires égaux ».

Selon M. Sinkevičius et son parti, « les Verts peuvent jouer un rôle important dans la construction d’une coalition forte ». De plus, ils disposent d’un « programme ambitieux » et d’un nombre « confortable » de voix pour assurer le soutien d’une majorité au Parlement pour la nomination du président et du collège de commissaires. Il affirme également que son groupe est prêt à « réconcilier les positions ».

Il s’est souvent retrouvé aux prises avec les intérêts environnementaux d’une part et agricoles de l’autre. Plusieurs dossiers qu’il a menés — tels que la loi sur la restauration de la nature, les règles anti-déforestation, les règlementations sur les émissions industrielles et la loi sur la santé des sols — ont eu un impact considérable sur le secteur de l’agriculture.

« Je pense que mon travail au sein de la Commission a également prouvé que j’étais capable de rapprocher des positions parfois très éloignées en faisant un effort supplémentaire », a-t-il déclaré.

En septembre 2023, face à l’opposition croissante des responsables politiques et des agriculteurs à la loi sur la restauration de la nature, le commissaire lituanien avait prévenu les eurodéputés écologistes que maintenir le même niveau d’ambition environnementale qu’en 2019 serait difficile.

Malgré l’opposition observée l’année dernière, le commissaire à l’Environnement a proposé une loi sur les sols, une initiative litigieuse précédemment bloquée par le Conseil. La Commission a toutefois fini par réduire considérablement ses ambitions initiales.

« Il faut un équilibre dans tout, et nous devons bien sûr veiller à ce que l’UE renforce sa compétitivité dans le domaine des technologies propres […]. Dès le départ, il ne s’agissait pas de notre politique climatique, mais de notre politique de compétitivité. »

Il cherche également à passer d’une approche exclusivement axée sur l’environnement et la pêche à une approche axée sur l’économie et l’innovation, qui devraient être les priorités du prochain cycle législatif de l’UE.

Une position modérée

Tout en défendant les valeurs écologistes, M. Sinkevičius s’est fait l’écho du langage utilisé par le PPE sur les politiques environnementales.

À l’instar du centre droit, l’ancien commissaire a reproché à la PAC et à ses nouvelles exigences environnementales, nécessaires pour bénéficier de subventions, d’avoir embrasé les manifestations d’agriculteurs du début de l’année 2024.

« [Les règles de la PAC] ont été proposées par la Commission précédente avant le Green Deal, et elles ont été finalisées dans le cadre de ce mandat, mais lors de négociations entre les ministres de l’Agriculture et la commission AGRI du Parlement », a-t-il expliqué.

« Elles ont donc très peu à voir avec la politique environnementale. »

Cette démarche s’inscrit dans la lignée des mesures prises par la Commission pour apaiser les agriculteurs, annoncées par Ursula von der Leyen en mars, en supprimant la plupart des règles environnementales de la PAC.

Virginijus Sinkevičius a reproché aux « grandes entreprises agroalimentaires » de l’UE de nuire au modèle des petites exploitations et a souligné la répartition inéquitable des subventions de la politique agricole, une position exprimée à maintes reprises par les Verts.

Il a réitéré les appels de la droite et des libéraux selon lesquels l’UE devrait se concentrer sur la mise en œuvre des politiques, plutôt que sur l’expansion du Green Deal. La priorité devrait être de réduire la bureaucratie.

Lorsqu’on lui a demandé s’il fallait proposer davantage de législations sur le Green Deal, il a répondu : « Je ne pense pas ».

« Nous avons fait un parcours parfait, et il est maintenant temps de passer à la mise en œuvre », a-t-il ajouté, une approche similaire à celle d’Ursula von der Leyen.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]