Reconnaissance d'un État palestinien : quand le clivage droite-gauche reprend ses droits
Les têtes de listes aux élections européennes ont montré à quel point elles étaient divisées sur la question de la reconnaissance d'un État palestinien lors d’un débat lundi soir sur BFMTV.
Lors d’un débat organisé lundi soir (27 mai), les candidats aux Européennes ont pu faire étalage de leurs divisions sur la question de la reconnaissance d’un État palestinien. Si la gauche y est unanimement favorable, le centre et la droite estiment que reconnaître aujourd’hui un État palestinien serait faire un cadeau au Hamas.
À ceux qui pensaient que le clivage entre la gauche et la droite n’existait plus en France, le débat sur la reconnaissance d’un État palestinien est venu rappeler quelques vérités. Lors d’une discussion organisée lundi par BFMTV, les principaux candidats aux Européennes se sont écharpés durant de longues minutes.
À gauche, des communistes en passant par les Écologistes, de La France insoumise (LFI) aux socialistes, le message est clair : cette reconnaissance doit intervenir rapidement, pour avancer vers la solution dite « à deux États ».
À l’inverse, les têtes de liste de la majorité présidentielle Besoin d’Europe, mais aussi celles de la droite et de l’extrême droite estiment que les conditions pour une reconnaissance ne sont pas réunies, et que cette dernière pourrait renforcer le Hamas.
Dans une ordonnance rendue vendredi (24 mai), la Cour internationale de justice (CIJ) a appelé le gouvernement israélien à « arrêter immédiatement son offensive militaire, et toute autre action menée dans le gouvernorat de Rafah, qui serait susceptible de soumettre le groupe des Palestiniens de Gaza à des conditions d’existence capables d’entraîner sa destruction physique totale ou partielle ».
Israël, ajoute la Cour, doit assurer « sans restriction et à grande échelle », l’accès à l’aide humanitaire.
Un appel largement ignoré par le gouvernement de Benyamin Nétanyahou, qui poursuit son offensive. Un bombardement des forces armées israéliennes sur un camp de réfugiés de la ville de Rafah a fait dimanche 45 morts, dont des femmes et des enfants, selon le Hamas.
« Qui se réjouira ? Le Hamas »
Les images de ces bombardements sont « insoutenables », a déclaré durant le débat Valérie Hayer, la tête de la liste Besoin d’Europe. Néanmoins, « les conditions ne sont pas réunies » pour une reconnaissance d’un État palestinien, a-t-elle ajouté. « Si nous reconnaissons un État palestinien, qui se réjouira ? Le Hamas ».
L’Espagne, l’Irlande et la Norvège ont officiellement reconnu l’État de Palestine mardi (28 mai), suivant l’exemple de 142 pays avant eux, dont la quasi-totalité non membres de l’UE. En effet, seulement sept États membres reconnaissaient un État palestinien avant ce mardi :Bulgarie, Chypre, Hongrie, Malte, Pologne, Roumanie et Suède.
Si la position de Valérie Hayer se distingue de celle du numéro 2 de la liste, Bernard Guetta, qui appelait lundi à une reconnaissance « dans le principe », elle est parfaitement alignée sur celle d’Emmanuel Macron.
Et, manifestement, alignée aussi sur ses adversaires de droite et d’extrême droite.
François-Xavier Bellamy, tête de liste du parti Les Républicains (LR), explique que « reconnaître la Palestine serait donner raison à ceux qui ont déclenché l’enfer du 7 octobre [l’attaque terroriste du Hamas contre Israël, qui a fait plus de 1 200 morts], c’est-à-dire le Hamas et ceux qui aujourd’hui créent l’enfer que subit la population palestinienne ».
Il a reproché à La France insoumise (LFI) — qui a mis la question palestinienne au cœur de sa campagne — d’utiliser le conflit afin de « chercher une clientèle électorale ». La solution à deux États devrait être une finalité, a affirmé François-Xavier Bellamy, mais la situation diplomatique actuelle ne s’y prête pas.
Jordan Bardella, tête de liste du Rassemblement national (RN), a tenu le même discours, reprochant à la gauche de n’avoir pas su condamner aussi fermement les attentats du 7 octobre.
Marion Maréchal fait quant à elle un lien direct entre le Hamas et les Frères musulmans, estimant qu’un soutien à la reconnaissance d’un État palestinien ne ferait qu’« attiser les flammes de l’antisémitisme ».
Suivre l’exemple de l’Espagne
Les positions des partis de gauche sont bien sûr totalement différentes.
« Il y a [à Gaza] un massacre qui est en cours […] Il y a un camp humanitaire qui a été pris pour cible par le gouvernement de Benyamin Nétanyahou », a déclaré Manon Aubry, la tête de liste de LFI. « Il n’est plus possible de détourner le regard », a-t-elle ajouté.
Manon Aubry appelle à des sanctions contre le gouvernement israélien, à un embargo sur l’envoi d’armes, à l’annulation de l’accord d’association UE-Israël et à la reconnaissance immédiate d’un État palestinien.
La solution à deux États a été « repoussée » pendant trop longtemps, estime de son côté le socialiste Raphaël Glucksmann. Souvent critiqué à gauche pour avoir été trop timoré sur la guerre qui sévit au Proche-Orient depuis octobre, le candidat socialiste a clairement indiqué lundi que « le moment était venu » de suivre l’exemple de l’Espagne, de l’Irlande et de la Norvège, en reconnaissant un État palestinien.
Le communiste Léon Deffontaines et la candidate écologiste Marie Toussaint ont abondé dans le même sens, sans équivoque.
Les candidats de gauche ont particulièrement visé Valérie Hayer, reprochant à la majorité présidentielle son manque de volonté politique pour faire un pas en avant sur la question de la reconnaissance. « J’espérais que la France aurait modifié sa position », a déclaré Raphaël Glucksmann lundi.
Dans un communiqué de presse publié la semaine dernière, le ministère français des Affaires étrangères a confirmé que « la France ne considère pas que les conditions étaient à ce jour réunies pour que [la reconnaissance d’un État palestinien] ait un impact réel dans ce processus [de paix] ».
[Édité par Laurent Geslin et Anna Martino]