Reconstruction de l’Ukraine : vers un nouveau plan Marshall ?
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le chancelier allemand Olaf Scholz ont appelé à la mise en place d’un plan Marshall en amont de la Conférence de Berlin sur la reconstruction de l’Ukraine qui se tient ce mardi (25 octobre).
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et le chancelier allemand Olaf Scholz ont appelé à la mise en place d’un plan Marshall en amont de la Conférence de Berlin sur la reconstruction de l’Ukraine qui se tient ce mardi (25 octobre).
Selon les dernières estimations de l’école d’économie de Kiev, l’invasion russe a entraîné des dommages à hauteur de plus de 127 milliards de dollars. Début septembre, une évaluation conjointe réalisée par la Banque mondiale, la Commission européenne et le gouvernement ukrainien a évalué le coût de la reconstruction à environ 349 milliards de dollars.
Les experts ukrainiens, des gouvernements du G7 et des institutions de l’UE discuteront de la source de financement ainsi que de la manière d’utiliser les fonds le plus efficacement possible lors de la Conférence internationale d’experts sur le redressement, la reconstruction et la modernisation de l’Ukraine. Cette Conférence est organisée par la Commission européenne et le gouvernement allemand, qui assure actuellement la présidence du G7.
À l’approche de la Conférence, M. Scholz et Mme von der Leyen ont publié un article d’opinion dans lequel ils ont tenté de faire comprendre l’importance de celle-ci.
« La conception de la reconstruction détermine le type de pays que sera l’Ukraine à l’avenir », peut-on lire dans l’article.
« Il s’agit ni plus ni moins de créer un nouveau plan Marshall pour le XXIe siècle », écrivent-ils, faisant référence au programme dirigé par les États-Unis qui a aidé à la reconstruction de l’économie européenne après la Seconde Guerre mondiale.
Ils n’ont toutefois pas donné davantage de détails sur la forme que devrait prendre ce nouveau plan Marshall, si ce n’est qu’il devrait être mené conjointement avec les membres du G7 et que la transparence financière était une condition préalable.
Les deux dirigeants européens ont également déclaré que l’aide à l’Ukraine était dans l’intérêt de l’UE puisque le pays est désormais candidat à l’adhésion et qu’il défend les intérêts du bloc. Toutefois, l’UE s’est montrée lente pour accorder une aide financière à l’Ukraine jusqu’à présent.
Sur les 9 milliards d’euros d’aide macrofinancière promis en mai de cette année, les États membres de l’Union européenne n’ont pu se mettre d’accord que sur la répartition de 6 milliards d’euros jusqu’à présent.
Pendant ce temps, l’État ukrainien a dû se maintenir à flot et continuer à financer ses efforts militaires, raison pour laquelle il a commencé à monétiser sa dette.
Le graphique ci-dessous, réalisé par Elina Ribakova de l’Institut de finance internationale, montre qu’une grande partie du financement du gouvernement ukrainien provient de la Banque nationale d’Ukraine (NBU), ce qui risque d’aggraver une inflation qui dépasse déjà les 20 %.
4. Ukraine needs funding, but also a credible macro framework. One cannot be caught in a program like Argentina or Egypt where the lack of a credible macro framework meant the gap was an ever-increasing number. The NBU is the largest "donor" to the budget it prints money. pic.twitter.com/65Hnzwqtq0
— Elina Ribakova 🇺🇦 (@elinaribakova) October 17, 2022
Au 3 octobre, les États-Unis avaient fourni 52,3 milliards d’euros d’aide au gouvernement ukrainien, tandis que l’Union européenne et ses États membres avaient accordé 29,2 milliards d’euros, selon l’institut Kiel pour l’économie mondiale.
La lenteur de l’UE à accorder une aide financière n’est pas passée inaperçue. Dans une étude sur la reconstruction de l’Ukraine, le German Marshall Fund affirme que la Commission européenne ne devrait pas être la principale institution chargée de l’effort de reconstruction « car Bruxelles n’a ni le poids politique ni le poids financier nécessaires » pour cela.
Selon le German Marshall Fund, ce sont plutôt les membres du G7 qui devraient diriger la reconstruction du pays et le premier coordinateur de la plateforme RebuildUkraine devrait être américain. Si l’on en croit l’étude, l’UE ne devrait jouer un rôle plus important que plus tard, à mesure que l’Ukraine progresse dans son chemin vers l’adhésion au bloc.
Outre les questions relatives à la structure de l’effort de reconstruction, la Conférence de Berlin abordera également la question de la corruption et la manière de l’éviter ainsi que la possibilité d’utiliser la reconstruction pour moderniser l’industrie ukrainienne.
« C’est un moment où certains des objectifs vers lesquels nous travaillons dans l’UE, par exemple, la transition écologique et la transition numérique, devraient également être présents dans la discussion autour de la reconstruction de l’Ukraine », a confié le président du Comité européen des régions, Vasco Cordeiro, à EURACTIV avant la Conférence, où il plaide pour l’inclusion des gouvernements infranationaux dans l’effort de reconstruction.