Réduire les émissions de CO2 dans l'UE est « fondamental » pour les pays en développement

Il est crucial pour le monde en développement que l'UE fasse passer son objectif de réduction des émissions à 30 % par rapport aux niveaux de 1990, a expliqué un haut responsable en Europe du Groupe des 77 rassemblant des pays en développement.

EURACTIV.com
pa ousman.jpg
pa ousman.jpg

Il est crucial pour le monde en développement que l'UE fasse passer son objectif de réduction des émissions à 30 % par rapport aux niveaux de 1990, a expliqué un haut responsable en Europe du Groupe des 77 rassemblant des pays en développement.

S'appuyant sur une analyse de l'UE divulguée la semaine dernière, Pa Ousman, qui préside également le groupe des pays les moins avancés (PMA), a déclaré que faire passer l'objectif européen de 20 à 30 % serait bien moins coûteux que prévu en raison du ralentissement des activités économiques en Europe.   

« Je pense que l'UE est à présent en mesure de garantir qu'une seconde période d’engagement dans le cadre du protocole de Kyoto sera réalisable », a-t-il déclaré à EURACTIV.

Il a ensuite affirmé qu'il était favorable à cette initiative « absolument essentielle ».

Lors du Sommet de Durban sur le changement climatique de décembre dernier, les dirigeants se sont mis d'accord sur une feuille de route proposée par l'UE afin que les négociations puissent aboutir en 2015 à la conclusion d'un traité mondial sur le climat comprenant des objectifs contraignants en matière de réduction des émissions. Ce traité devrait entrer en vigueur en 2020 au plus tard.

Si ces délais n'étaient pas respectés, les espoirs de voir le réchauffement climatique limité à 2 degrés Celsius pourraient s'envoler. Les experts estiment qu'au-delà de ce seuil, les effets du réchauffement pourraient être désastreux et irréversibles.

Un régime de conformité solide

L'accord de 2015 devra faire l'objet d'un consensus international, d'ores et déjà mis en péril par la décision du Canada de se désengager du protocole de Kyoto. Selon M. Ousman, cette décision est une invitation à réfléchir à la manière dont cet accord devrait être appliqué.

« Le régime de conformité doit être plus solide », a-t-il affirmé. « Cela est difficile, dans la mesure où un régime de conformité n'a jamais été imposé dans ce processus multilatéral. Son application reste peu rigoureuse. J'espère que nous parviendrons à mettre en place un régime de conformité solide après 2020. »

M. Ousman s'est exprimé depuis Londres, où il affirme avoir réfléchi avec ses collègues européens dans l'optique de renforcer leur collaboration et d'élargir ce groupe pour prendre des décisions suite au Sommet de Durban.

Une nouvelle alliance informelle entre l'UE et les pays en développement s'est forgée au cours de l'année passée, au fil des réunions qui ont eu lieu en marge des conférences internationales. Cette alliance a notamment porté ses fruits à Durban.

« Nous entretenons de très bonnes relations avec les pays moins développés et plus vulnérables », a déclaré à EURACTIV la commissaire à l'action pour le climat, Connie Hedegaard, en décembre dernier.

Elle a toutefois ajouté : « Ils doivent se rendre compte que sans l'aide des économies émergentes, nous ne pourrons tout simplement pas avancer à l'échelle et à la vitesse nécessaire. » 

Des responsabilités communes mais différenciées

À Durban, l'engouement de l'UE pour une seconde période du protocole de Kyoto est venu s'ajouter aux hésitations de certains pays du groupe d'économies émergentes BASIC (le Brésil, l'Afrique du Sud, l'Inde et la Chine) quant à la nature exacte de leurs « responsabilités communes mais différenciées », consolidant ainsi les relations entre l'UE et les PMA.

L'Europe a prouvé qu'elle était le « leader mondial » pour le climat, a déclaré M. Ousman à EURACTIV. Il a toutefois laissé entendre que « toute la difficulté résidera dans les détails » des négociations à venir.

« Nous attendons avec impatience les propositions des parties pour les objectifs quantifiés de réduction d'émissions », a-t-il affirmé. « Ces propositions nous indiqueront très clairement les niveaux d'engagement des pays. »

Le mois prochain, le groupe des PMA se rassemblera au Bangladesh pour discuter de sa stratégie. D'autres réunions seront organisées en amont de la conférence de l'ONU Rio+20 sur le développement durable, qui se déroulera le 20 juin prochain.