Retraites : Emmanuel Macron garde le cap et tente de renouer avec les syndicats

À la veille de la 10ème journée de mobilisation mardi (28 mars) contre la réforme des retraites, Emmanuel Macron a appelé l’exécutif d’Élisabeth Borne à « continuer à tendre la main » aux syndicats, critiquant au passage l’attitude de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

Euractiv France
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Emmanuel Macron a demandé à ses soutiens de « travailler avec les partenaires sociaux, apaiser, continuer à mettre en place les réformes et réparer les services publics », ont indiqué à la presse des participants. [Shutterstock/Victor Joly]

À la veille de la 10ème journée de mobilisation mardi (28 mars) contre la réforme des retraites, Emmanuel Macron a appelé l’exécutif d’Élisabeth Borne à « continuer à tendre la main » aux syndicats, critiquant au passage l’attitude de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon.

Une réunion avec les dirigeants de la majorité présidentielle avait lieu lundi (27 mars). Selon des fuites dans la presse, le président a affirmé sa volonté d’apaiser les tensions qui traversent le pays, alors que ce mardi est attendue une nouvelle grève qui s’annonce massive : la dixième organisée à l’appel des syndicats.

S’exprimant devant la Première ministre Élisabeth Borne, certains ministres de poids et les chefs des groupes parlementaires et des partis politiques qui composent la majorité présidentielle, Emmanuel Macron leur a demandé de « travailler avec les partenaires sociaux, apaiser, continuer à mettre en place les réformes et réparer les services publics », ont indiqué à la presse des participants.

Il a aussi appelé les responsables politiques qui le soutiennent à « continuer à tendre la main aux forces syndicales ». Il a par ailleurs taclé l’attitude du mouvement de Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise, dont le « projet politique » est de « tenter de délégitimer » les institutions.

Le président de la République, déterminé à aller jusqu’au bout du processus, espère aboutir à une promulgation de la loi actant la réforme des retraite, puis à son entrée en vigueur d’ici la fin de l’année.

Parmi les syndicalistes, le chef de file de la CFDT, Laurent Berger, a déclaré qu’il n’accepterait pas la « main tendue » du chef de l’État tant que la réforme n’est pas mise de côté.

En attendant l’avis du Conseil constitutionnel, qui doit le rendre dans les semaines à venir, la loi ne peut être promulguée. Certains constitutionnalistes jugent le risque de censure par le Conseil constitutionnel comme étant élevé. L’inconstitutionnalité de certains articles isolés de la réforme ne fait quasiment plus aucun doute, notamment celui obligeant les entreprises de plus de 300 salariés à créer un index senior, un indicateur montrant le nombre des salariés âgés de plus d’un certain âge.

Cette inconstitutionnalité pourrait être déclarée aussi sur le reste du texte, considère le constitutionnaliste Dominique Rousseau dans un entretien accordé au Monde lundi. Selon lui, « les débats ont été précipités à l’aide d’outils comme l’article 47.1, détourné de son usage habituel », ils ont « manqué au principe constitutionnel de ‘clarté et de sincérité’» et « que l’Assemblée nationale n’a pas voté le texte », en raison de l’activation de l’article 49.3 de la Constitution — qui permet de considérer un texte comme adopté à défaut de l’adoption d’une motion de censure par l’Assemblée.

En attendant cette décision, l’intersyndicale ne désespère pas de continuer à remplir les rues des villes françaises. Selon une note du renseignement territorial, citée par de nombreux médias, dont l’AFP, « 650  000 à 900  000 personnes défileront partout en France mardi, dont 70 000 à 100  000 personnes à Paris ». Les mêmes services estiment que la présence des « jeunes » dans les rues, à l’appel des organisations lycéennes et universitaires, pourrait doubler, voire tripler par rapport à la mobilisation du 22 mars dernier.

L’évolution serait donc à la hausse, à en croire les données des mêmes renseignements territoriaux pour la mobilisation du 22 mars, puisqu’ils estimaient une présence de 600  000 à 800  000 manifestants dans le pays, dont 40  000 à 70  000 à Paris. Des chiffres inférieurs à ceux constatés par le ministère de l’Intérieur après la journée de grève en question, qui a comptabilisé 119  000 manifestants à Paris, et 1,09 million dans le pays — la CGT en revendiquait plus du triple.

Les services du ministère de l’Intérieur anticipent toutefois « des risques très importants de troubles à l’ordre public », avec « plus de 1 000 éléments radicaux » qui risquent d’infiltrer les cortèges des grandes villes.

En réponse, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a annoncé, en conférence de presse lundi soir, déployer « un dispositif de sécurité inédit », avec plus de 13 000 policiers et gendarmes pour encadrer la manifestation nationale, dont 5 500 rien qu’à Paris.