Roumanie : le maire libéral de Bucarest remporte le second tour de la présidentielle
Les Roumains ont finalement élu, dimanche 18 mai, le maire centriste de Bucarest, Nicușor Dan, comme président, face au candidat d'extrême droite George Simion, qui avait remporté le premier tour du scrutin.
Les Roumains ont finalement élu, dimanche 18 mai, le maire centriste de Bucarest, Nicușor Dan, comme président, face au candidat d’extrême droite George Simion, qui avait remporté le premier tour du scrutin.
Avec plus de 90 % des bulletins dépouillés, Nicușor Dan recueille environ 54 % des suffrages, tandis que George Simion en obtient un peu plus de 46 %.
S’adressant à ses partisans, Nicușor Dan a déclaré que la société roumaine avait fait preuve d’une grande force, mais que des difficultés économiques se profilaient à l’horizon.
« Il y aura une période difficile, nécessaire au rééquilibrage économique pour jeter les bases d’une société saine. Gardez espoir et soyez patients », a déclaré le candidat libéral à ses partisans, peu après l’annonce des premiers sondages à la sortie des urnes.
George Simion, leader de l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR), a dans un premier temps rejeté les résultats et affirmé qu’il avait remporté le scrutin. Il a finalement félicité son adversaire, tout en promettant de « poursuivre le combat ».
Âgé de 38 ans et admirateur déclaré de Donald Trump, George Simion avait largement dominé le premier tour début mai avec près de 41 % des voix, soit le double du maire de Bucarest, porté par un vent de colère face aux « politiciens voleurs » au pouvoir depuis 1989 et aux difficultés économiques d’un des pays les plus pauvres de l’UE.
Mais sa progression a été freinée par plusieurs maladresses entre les deux tours et surtout par une mobilisation massive des électeurs soucieux de défendre la démocratie, estime l’analyste Sergiu Mișcoiu de l’Université Babeș-Bolyai, cité par l’AFP.
Le taux de participation s’est élevé à près de 65 %, contre seulement 53 % au premier tour.
Deux visions pour la Roumanie
Ce scrutin a opposé deux visions radicalement différentes pour l’avenir de la Roumanie.
D’un côté, George Simion, fervent critique des « politiques absurdes de l’UE », hostile à l’aide militaire à l’Ukraine et promoteur d’une politique de neutralité, bien qu’il nie toute proximité avec Vladimir Poutine.
De l’autre, Nicușor Dan, candidat indépendant, qui s’est positionné comme une figure modérée et technocratique, défendant les institutions démocratiques, les liens avec l’UE et l’OTAN, ainsi que le soutien à l’Ukraine.
Sa victoire incarne un rejet des discours nationalistes et eurosceptiques, et un choix en faveur d’une Roumanie pleinement ancrée dans le projet européen, dans un contexte régional marqué par la montée de l’extrême droite.
George Simion a suscité la controverse dans les derniers jours de la campagne en accusant le président français Emmanuel Macron de « tendances dictatoriales » et en attaquant le soutien occidental à l’Ukraine.
Ce scrutin a été organisé à la suite de l’annulation de l’élection présidentielle de 2024 en raison d’une ingérence russe présumée en faveur du candidat d’extrême droite Călin Georgescu, qui a été disqualifié par la suite. Călin Georgescu a ensuite soutenu George Simion.
La victoire de Nicușor Dan est vue d’un bon œil à Bruxelles et dans les 27 États membres de l’UE. Sur le plan intérieur, il devra cependant composer avec un parlement fragmenté et une opposition d’extrême droite bien implantée.
La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a salué le choix des Roumains en faveur d’une « Europe forte », et Emmanuel Macron a souligné que « la démocratie » l’a emporté « malgré les nombreuses tentatives de manipulation ».
Du côté de l’Ukraine, le président Volodymyr Zelensky a qualifié ce résultat de « succès historique », insistant sur le rôle crucial d’une Roumanie stable et alliée dans la région.